lundi 12 mars 2018

Korn : Follow the Leader

Au plan pénal, il ne subsiste pas le moindre raisonnable doute : Follow the Leader est le véritable acte de naissance de La Bête Immonde, le Néo, avec ses riffs à stick large et son rap-metal pour pois sauteurs en pantalons sacs-à-patates. Tout ce qui était difformité inquiétante chez Korn devient systématiquement gimmick et variété de burger à la carte dans tous les magasins Fnac du pays - mec va-z-y, imite encore un peu le clébard comme tu as fait sur "Twist", tsé, c'était trop chanmé, et toi dude tiens va-z-y, mets-en partout des petits couinements ambiance Cypress Hill ; hey va-z-y gros, enlève trois-quatre notes à ce riff, il est trop technique - Mais, euh, il en a que cinq ? - Vires-en quatre je te dis, et à tous les autres aussi pendant que t'y es, elles servent à rien et les kids les entendent pas de toutes manières, c'est prouvé. Niveau riffs, il faut admettre ce paradoxe spatio-temporel : Follow the Leader, c'est déjà du Skrillex. Tout sans exception y est simplifié - alors que rien n'était déjà bien compliqué, s'agissant de Korn... Et tout cela le plus naturellement du monde, comme si le ver était dans le fruit depuis le commencement, et que la monstruosité de Korn et Life is Peachy était la larve de cette monstruosité plus grande encore, que l'on regarderait ici s'extraire de sa chrysalide en frétillant des ses grosses pattes gourdes. Le léviathan, quoi. D'ailleurs y a pas de secret : ils ont invité leur foutu putain de tatoueur, à poser son flow dessus, kiltran : si ça n'est pas le signal du tous aux abris...
Follow the Leader est une version digest - mais pas forcément digeste - de Life is Peachy, une version pocket, livrée avec la paille pour la boire dans le tromé, parce que les kids ils aiment les pailles ; une version facile à écouter, la version qui a fini par se choper un boulot, alors elle fait soigneusement toujours les mêmes blagues et raconte les mêmes week-ends à la machine à café, pour gommer la peur chez les collègues, parce qu'elle essaie de le garder ce boulot - et quelque part vous me direz que cet album est cela même, au sens parfaitement littéral. Mais indépendamment de toutes sempiternelles considérations de vétéran sur le fait de survivre, vous savez le pire ? C'est que cet album n'est même pas si mauvais ; enfin, certains morceaux le sont vraiment, en particulier un. Certes ; mais (on ne compte pas "Got the Life", d'accord ? c'est pas de jeu, un carnage pareil) il y en a quelques uns de vraiment bons de bout en bout, et globalement un bon paquet de simplement gâchés par un art du refrain pop-wave-dépressif pas encore maîtrisé à tous les coups, en tous les cas souvent pas aussi gracieux qu'il sait pourtant l'être, probablement contaminé par l'humeur générale patibulaire qui a été décidée, étouffé, abalourdi par la décision collective de jouer les durs qui riffent tout un disque sur une corde (avouez que, pour un groupe fameux pour ses guitares qui en possèdent huit ou douze, je ne sais plus...) : si ce n'est pas flagrant sur "Pretty" ou "Seed", je ne sais pas ce qui l'est ; mais où néanmoins leur petite technique de l'ambiance rap-malsain à deux balles, si elle peut paraître une version largement dévoyée des immersions cauchemardesques des deux premiers albums, démontre un charme intact et certain.
Le disque est simpliste, aussi inquiétant que ce qu'il est à savoir du scooby-doo-funkmetal, aussi dur que du Godflesh remixé par trois juggaloos finis à la pisse d'âne - et à titre tout à fait personnel je trouve cela beaucoup plus attendrissant et digeste que les choses bouffies et écœurantes à venir, les disques de post-ado viré alcoolo, Britney Spears (Untouchables) en tête, et Liz Taylor (Issues) les mauvais jours.
Alors c'est certain, la question ne se pose même pas : Follow the Leader n'est PAS le même type d'album que Korn et Life is Peachy ; non moins, Korn est un groupe sur lequel il y a la masse de choses à dire, et Follow the Leader est encore un album où la singularité de son univers s'entend. Jetez donc, si cela vous chante, "Cameltosis" et son G-funk qui danse avec le Diable au clair de Lune (que voulez-vous dire exactement, par "ni Chino Moreno ni Kurupt n'ont participé à ce morceau", j'ai peur de comprendre ?), "Dead Bodies Everywhere" et son Biohazard qui vire batcave (celui-là c'est bien simple, dans ma tête il était sur "Issues"), "Justin" et sa chute hip-hop d'Antichrist Superstar, ou "My Gift to You" (pour une fois que le déjà traditionnel "morceau de psychopathe" de fin d'album est de bon goût), allez-y : peu me chaut, ça me va, je les garde bien au chaud. Et confidence pour confidence, mon compte de guitares gothiques, qui font de Korn un groupe de crypto-goth, je le trouve, moi, dans cet album, si bien cachées et fugitives soient-elles.
Bon : tout ceci ne vaut, bien sûr, qu'à la condition absolue, genre comme dans Gremlins, d'éviter "All in the Family". Vous ne devez l'écouter A AUCUN PRIX, vous m'entendez ?

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