lundi 19 mars 2018

Korn : The Path of Totality

Avouez : vous avez cru que devant celui-là, j'allais flancher, que je le contournerais jusqu'au bout, Celui qu'Il Ne Faut Pas Nommer, LE pas de trop dans la déchéance de l'ex-dieu du néo... Pleutres vous mêmes. Vous aviez oublié que je suis un vrai de vrai narvalo ? Pas moi.
Alors forcément, c'est beaucoup plus facile à dire vu d'ici, mais y avait-il après tout tant à redouter, à entendre The Path of Totality, lorsqu'on a déjà survécu à The Prodigy et s'en porte ma foi fort bien - et que pour le reste on écoute Depeche Mode depuis qu'on est en culottes courtes ? N'est-ce pas là ce qu'il y avait très précisément lieu d'escompter : du Depeche Mode remixé big beat ? Les riffs de synthés et les bruits d'enrobage que l'on entend ici, ne sont-ils pas de la simple langue Korn historique, traduite pour instruments électroniques, comme on s'en doutait ?
Ringard, The Path of Totality ne l'est pas ; catastrophique, ou honteux, absolument pas.  Réellement émouvant, non plus. Voilà tout. Je le disais dans le premier article de cette série : je n'ai pas d'historique adolescent avec Korn ; ces gars ne peuvent pas me bafouer, ou blasphémer le nom de ma jeunesse. Partant de là, j'ai la présomption de me croire à même de voir en eux ce que d'autres ne sont pas en mesure de voir. Comme dit précédemment, je préfère sous certains aspects Korn qui fait 'portnawak, que Korn qui fait du #classicKorn ; en l'occurrence, Korn s'essaie à la pop moderne ; après, il faut bien s'avouer une chose : le dubstep - tout comme The Prodigy d'ailleurs, qui sont peut-être un peu les ancêtres-coupables pour le dubstep, comme Korn l'est pour le néo - au bout de quelques minutes... ça fait un peu la tête comme un compteur ; déjà que le néo c'est pas Finlande, comme dirait l'autre (y a des "Let's go" et des "Shut the fuck up" chantés en capitales, je préfère prévenir, et en survêtement Adidas complet)... Ne fût-ce qu'une petite pause au milieu de l'album peut s'avérer profitable ; au moins la première fois. Le temps de s'accoutumer à ces textures, ces finitions, de moins y achopper, de se connecter à l'énergie des morceaux dessous cette peinture métallilaiteuse (pour le coup, on va plusieurs crans au-delà de Take a Look, dont on est un peu dans la version glaçage coco-galak) qui, justement, sont celle de la moindre réclame de déodorant pour aisselle mâle ou de tout aussi patatorine voiture germanico-savonnette qui fait vroum, ce qui peut paraître étonnant pour un groupe au tel chanteur, aux telles thématiques... jusqu'à ce qu'on entende Davis inviter tout le monde à sucer sa "motherfucking dick", sur un morceau aux allures de Limp Bizkit (quoique frôlant subrepticement le Faith No More de The Real Thing, qui après tout, si l'on se donne la peine de regarder au-delà du monument intouchable, se pose tout de même avec virulence dans le genre maxi-pavé de mauvais goût et de perturbateurs endocriniens) : on peut dire qu'ils ont été raccord, finalement.
Et pour le coup, le pari d'embrasser leur face r'n'b ultra-chimique est réussi ; c'est à dire aussi qu'ici, contrairement au trop pressant Serenity encore à venir, la chose se fait, non pas en guignant dans le même temps Follow the Leader et Issues, mais en allant à fond, bras ouverts et coeur en bandoulière vers Madonna, Britney et "Smooth Criminal", voire Boy George sur "Sanctuary" : des noms qui paraissent peut-être incongrus à qui range Korn avec Slipknot (et encore, quelle hypocrisie), pas à qui les voit aux côtés de Nine Inch Nails et Depeche Mode. Mais, sans taper une sempiternelle fois dans les estomacs intolérants à Illud Divinum Insanus ou Revelations of the Black Flame, ce qui est trop facile, on peut rétorquer simplement qu'aimer Korn et pas Depeche Mode... c'est un peu bizarre.
En cadeau de la maison, vous pouvez ajouter les moments (attention, faites sortir les goths respectables de la salle, certains propos peuvent heurter) où Jon a le grain du chanteur de Morthem Vlade Art (en même temps, la chanson porte bien son nom, "Way too Far" : à force d'aller creuser et s'inspirer chez les adorateurs de Bowie, on finit par aller bien plus loin que Manson), et le traditionnel mais toujours irrésistible morceau gorille et over the top, ici intitulé "Tension", dans la réussite duquel la brutalité des rythmiques dubstep joue notablement.
C'est en fin de compte le seul authentique défaut de l'album : le dubstep n'apporte à peu près rien dans Korn : les riffs en sont déjà ou presque depuis Follow the Leader, avec leur nature hautement rythmique et énergétique, et au niveau purement percussif, qui constitue pourtant le signe de vie le plus saillant de cette arnaque érigée en courant musical, la plupart des prestataires externes retenus ici (à part, donc, les trois qu'il aura donc fallu mettre à le besogne sur "Tension", pour arriver à peu près à un instru de Panacea sinon Current Value) n'ont rien  de décoiffant à proposer, rien où leur background techno n'apporte quoi que ce soit de plus frétillant et ébouriffant que le sens du groove crétin (donc déjà dubstep, répétons nous), largement assez inventif sans l'aide de personne, de ces chers vieux Korn.
En résumé, dans la catégorie qui est la sienne, malgré quelques très bons passages et en particulier sa conclusion, le disque ne connaît clairement pas l'extravagante réussite (déjà, rien que la pochette qui ne propose rien d'autre que les colorants alimentaires synthétiques comme programme, et ne fait rien avec...), de See You on the Other Side. Comme dit le proverbe, "avoir mauvais goût ça paye pas à tous les coups". Ou alors, c'est que tous les mauvais goûts ne sont pas égaux, et que choisir comme couleur sonore celle qui sert de goût du jour à toutes les pubs pour des senteurs pour nous les hommes et autres soins du corps turbopropulsés à glisse supérieurement lubrifiée, n'était pas la plus judicieuse façon de "tenter un truc" ; qui sait, hein ?

Attention, toutefois : mis à côté de The Serenity of Suffering, The Path of Totality est un album génial : prenez toutes précautions, et n'enchaînez surtout pas les deux. De même après un Take a Look in the Mirror, en regard duquel le disque a sensiblement plus de saveur. Soyez donc excessivement prudent, faute de quoi vous pourriez commettre l'irréparable.

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