mardi 13 mars 2018

Korn : See You on the Other Side

Un constat - pas vraiment douloureux non plus, mais tout de même légèrement étonnant - qui s'impose forcément à un moment ou un autre lorsqu'on se plonge dans la discographie de Korn, c'est qu'ils ont tout de même sorti un peu les meilleurs albums de Marylin Manson, et sûrement tous ceux qui sont le mieux épargnés par ce côté trop simpliste qu'ont les autres, ce côté un peu "il ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", qu'on finit par soupçonner chez un Brian Warner que l'on ne peut s'empêcher (à tort ?) de sentir plus intelligent que ses disques qui ne s'adressent jamais qu'à vos douze ans.
Korn aussi s'adressent à un public de douze ans d'âge, en vous, n'empêche que leurs albums bien souvent regorgent de chansons davantage à la hauteur de la délicatesse de manières que l'on est en droit d'attendre d'un groupe fortement imbibé de new-wave, fût-il un groupe de neo-wave.
Et pour achever les procédures de réhabilitation qui s'impose à l'écoute combinée du présent disque et de Take a Look at the Mirror : on tient souvent à tout prix à extraire les Deftones, justement, du neo, au motif qu'ils vaudraient tellement mieux, eux et eux seuls, que tout le reste de ce courant, au motif entre autres que Chino est tellement mieux qu'un rap-métalleux de base, lui le fan de Cure, de Duran Duran et de Sade ; ma foi, il serait temps de reconnaître que Korn ne se contentent probablement pas d'en écouter, du Depeche Mode, mais par surcroît en injectent-ils avec un goût remarquable dans au moins certains de leurs albums de rap-metal gotheux ; et pas du moins délicat, puisque c'est ici aux moments les plus intimes et aventureux de leur carrière, entre autres sur Exciter, que l'on songe - sur "Tearjerker", c'est presque trop... mais non, c'est tellement bien gaulé.
Une dernière ? Il serait temps également de cesser avec "Issues, Issues, Issues". Leur album le plus androgyne et les yeux les plus tartinés de khôl n'est pas Issues ; bon : présenté ainsi, c'est peut-être toujours l'un des deux premiers au choix ; mais si j'ajoute le plus Prince, ou Terence Trent d'Arby (cherchez pas : les dreadlocks probablement), c'est See You on the Other Side, ouais mon gars, qui décroche la prestigieuse timbale. Et au moins Korn, pour revenir au constant initial de ce billet, n'ont-ils pas le mauvais goût de nous assommer à nous tartiner du Bowie partout : c'est déjà assez ennuyeux tout seul, Bowie, alors quand c'est en plus la version avec l'accent américain qu'il faut se cogner... Oui, bon sang : on peut douter de son identité sexuelle sans être soumis à une quelconque obligation de David Bowie ; rien qu'au rayon chant, on aurait plutôt envie de comparer la prestation de Davis, dans cet exercice de style, à Brett Anderson plutôt qu'à la toujours supposée incontournable vieille mamie.
Bon, vous avez lu "Prince" et "Depeche Mode", vous avez compris : Korn a probablement tenté ici d'un peu plus appuyer sur le Nine Inch Nails qu'il y a toujours eu en lui. Heureusement, ils ont la bonne idée de ne pas aller là où il est très violemment déconseillé de copier Reznor : sur les parties vocales (quoique, la petite minauderie de chatoune sur "Throw me Away"...) et de guitares (quoique, "For No One"... on se croirait de retour sur la poudreuse de "Burn", dans Natural Born Killers, pas vrai ?). On retrouve plutôt, avec régal, des patterns de batterie qui semblent chipés aux meilleurs sournois moments de The Downward Spiral, et disons le tout net, le sens du rythme est une des choses les plus succulentes qu'il y a chez Nine Inch Nails, la chair de Trent Reznor mise à part... Ce que - vous me voyez venir ? - Brian Warner n'a pas su ou voulu prendre en compte, lui. C'est bien simple, à entendre comment ils entretissent des soies griffés 100% pur Reznor, et des 100% Gore, c'est à croire qu'ils réinventent en direct la définition de Nine Inch Nails, ces sales b-boys gothiques (bon, pour les triviaux : Atticus Ross a filé un coup de main, probablement un gros), sur le scintillant enchaînement "Love Song"/"Open Up", tout en y ajoutant au passage leurs propres petits détails typés fusion, limite Jamiroquai (certains souhaitent peut-être sortir vomir ?), ou du Mötley Crüe (... ils peuvent s'absenter) sur "Coming Undone"... Quant à "Seen it All", on commence avec Shakira pour finir avec das Ich : nuff respect, comme qu'ils disent là-bas. Le glam, le bubblegum et la batcave : rarement mélange aussi chimique aura-t-il aussi bien pris, et au diable la toxicité plus que probable pour l'organisme, Korn c'est aussi violemment addictif que le chocolat. D'ailleurs les cornemuses (avouez, vous y avez cru, que j'aurais le front de chroniquer toute la discographie sans parler d'elles une fois), elles n'ont jamais aussi bien sonné et à leur place, dans cet océan synthétique où règne un Trent Reznor en survêt' blanc, blindé de MD jusqu'aux pupilles pareilles à celles du lapin de la pochette.
Après, on parle toujours d'un album qui se range dans la catégorie des Korn boursouflés, dont l'ingestion sans même parler de la digestion n'ont rien d'évident, et qui pèsent sur l'estomac et la glotte dès la moitié du disque, les jours de petite forme (pour vous) ; tout est dit de toutes manières dès la pochette : vous avez vu le nombre de couleurs différentes ? Et puis il s'agit, plus globalement, d'un album de Korn, donc les fautes de goût se bousculent gentiment - dès le grognon pré-refrain d'une "Politics", qui pourtant démarrait pleine de promesses et de bonnes idées (et du reste n'en manque pas après)... N'empêche qu'un certain nombre de vérités devaient être dites un jour. Et en ce qui concerne votre serviteur, l'album ne va plus beaucoup tarder à se ranger parmi ses préférés des "Boys de Bakersfield".
Ouais, See You on the Other Side c'est l'album d'Outkast de Korn. Pure soie, frère.

14 commentaires:

Raven a dit…

Ouais, ben celui-ci, pour le coup ç'a l'air trop bien sur papier rose, mais à l'écoute c'est chiant. En même temps avec un report pareil, t'es forcément déçu...
C'est pas tout d'avoir le décorum du manoir d'eurodisney (et autres attractions) et plus de conseillers et décorateurs dans sa team que Madonna, faut déjà des chansons à la base !

gulo gulo a dit…

J'ai peut-être été un poilichon large, avec celui-là ; en revanche, y en a deux pour lesquels je maintiens mordicus, à rrécoute aujourd'hui : Remember avec entre autres l'enchaînement "Move on", "Lead the Parade" et "Let the Guilt Go" qui est un de leurs tout meilleurs morceaux. et FTL, pas leur meilleur mais là aussi, y a quatre de leurs meilleurs morceaux dessus.

Raven a dit…

Bah ça se voit pas dans les coms parce que je suis (j'étais ?) pudique avec Korn, mais j'ai pas mal écouté FTL a une époque, c'était après ma découverte de Issues, je sentais déjà bien qu'il étais flaccide et synthétique et comme vidé, dévitalisé par rapport au très massif Issues, mais ça passait à 14-15 ans grâce aux intro chelou-glauques, j'aimais surtout It's On et Got the Life a l'époque, qui tournaient en boucle et que j'avais isolées sur ma compile cassette... même si le côté "Korn caillera" bloquait en fait plus que le côté "Korn morning live" du son ultra-pop-fresh ; avant de sentir qu'il me déplaisait en fait autant que sa pochette ou ses 12 premières pistes, puis plus tard de le repousser brutalement comme à peu près tout ce qu'ils ont fait, parce que Je suis devenu trop dark et culturé pour Korn moua d'abord...

...aujourd'hui je prend "Got the Life" comme du super bon et rafraîchissant Therapy?-Aguilera, j'apprécie tjs un "It's On" allez, et deux trois autres morceaux mous-chelous que je confonds toujours (cameltoe et l'autre là) sont corrects mais n'imprime(ront) jamais. ça reste un disque trop "coca light" auquel je ne m'attacherai jamais comme à Issues.

Remember ? "Holding all these lies"... le reste tu m'as vendu Disintegration mais on dirait Wish plutôt...

Raven a dit…

Pour tout dire ta série Korn m'a surtout amené à réévaluer l'épineux cas Untouchables.

Et ça c'est pas rien cousin.

gulo gulo a dit…

Remember, je t'aurais bien pris par-dessous la jambe en te disant que c'est pareil, vu que Wish est la suite de Disintegration... mais non, je vois pas et je suis vigoureusement pas d'accord : l'aigreur, la violence : c'est Disintegration. Plus ça va, plus il prend solidement pied sur le podium. Ils ont rarement été aussi hargneux, que dans cette nudité adulte ; et rarement aussi proches de la crudité des deux premiers, en fait, sous cette forme quasi-hardcore si actuelle.
(pour le reste, je repasse plus tard)

gulo gulo a dit…

Pour Untouchables, ça me fait bien plaisir : pour eux/lui, déjà ("il le mérite"), et... pour moi, je me sens moins seul - je l'ai racheté, figure toi.

Raven a dit…

Ben moi je l'ai acheté, sans "r" devant. Pas dit que j'en reparle pas, même. Les lycées, les tueries de masse... C'est un disque assez effrayant et l'ami Maurice avait raison en le qualifiant de meilleur Korn, il est très dense, très chantourné, très...en fait plus que son pied de micro griffé H.R. à l'autre folle de son mal-être, je me demande juste s'il mériterait pas carrément une pochette gigerienne à la Celtic Frost ou Triptykon !

Après tout j'avais racheté Life is Peachy (l'album gogolito qui m'emmerde pas mal à la réécoute, dès l'intro Scatman Joey starr je sais que je vais me faire chier...) et du coup la crudité des deux premiers, je m'en fous un peu, en Korn roots le premier me suffit...

Raven a dit…

"les lycées, les tueries de masse"... je finis ma phrase car j'ai posté trop vite : c'est donc le climat derrière, qui inspirait le gros truc bordélique qu'on sent devant, dès le titre, ou Thoughtless( clip avec Jesse Pinkman...) enfin je fais mon Dariev du pauvre et j'ai pas relu les interviews super racoleuses mais je m'en souviens bien : comme Holy wood de qui tu sais c'était l'ambiance du moment - Columbine - sauf que c'est nettement mieux que Holy Wood ! t'as bien décris en disant "temple goth" (ou "peplum goth")

Raven a dit…

lapsus révélateur "meilleur Korn" ? attention ! (bon bien sûr Issues reste en haut... tu préfères le III donc ?)

gulo gulo a dit…

Pour Issues fais pas semblant de pas avoir lu ce que j'ai posté dessous. Ces jours-ci du moins (mais je pense qu'il est là pour rester TU L'AS CELLE-LA ?), clairement c'est Remember qui occupe le dessus du panier, et pas loin derrière... ce pourrait bien être Untouchables, tiens, avec sa sublime bouffissure, très appartement de serial killer où qu'on n'ouvre jamais les volets, lumière jaunasse qui fermente, odeur de vieux kleenex séchés, et tout le tremblement...

Raven a dit…

"plus il prend solidement pied sur le podium", ok , OTAN pour moi... comme tu as pas mal saqué Issues en lui mettant un low kick au passage sur a peu près toutes les chros des Korn (précédant la réécoute de Issues...), difficile de pas avoir été un chouia habitué !

Raven a dit…

(j'ai saisi hein : I, II, III pour toi, tout connement... et Issues je viens de lire le com sous Issues...Issues)

gulo gulo a dit…

Pour ce qui est d'Untouchables, Giger ce serait peut-être un peu trop, puis celle qu'il se paye quelque part c'est presque ça mais versionkids, et Giger aurait pu appeler ça Kidsscape #2, d'ailleurs.

Raven a dit…

Pas faux, pas faux... Y a un peu un côté progmoche qui rappelle cette pochette de Magma là dans le genre pâte à modeler dégueu qui donne envie de se nettoyer les yeux après...