mercredi 28 mars 2018

Korn : Untouchables

Comme disait mon ancien P-D.G. : "Infirmières ! ça le reprend !".
Je sais bien que le happening "Korn Owes Us Money" est fini, mais si vous permettez un petit ajustement... C'est que, passées nos obscènes et fougueuses retrouvailles, Issues m'a un peu battu froid la semaine d'après, et je pense savoir désormais, ou du moins jusqu'à la prochaine fois, que nous ne sommes pas faits pour nous voir trop souvent tous les deux. Untouchables, en revanche, est en passe de se tailler une place parmi mes favorites du harem : pour tout vous dire sa chronique précédente paraît aujourd'hui clairement avoir été bouclée dans l'urgence, avant qu'il ne fût trop tard pour nier et se cacher l'indiscutable vérité ; et semble, surtout, mériter une révision de son statut. Si ça vous dérange, vous me laissez discuter avec Jean-Jean et vous faites pas chier.
Or donc, on tient là l'album pop, et l'album ambitieux à ce titre, de Korn. Entendre pour le piger le début de "Hollow Life", avant même que le morceau ne vire au gros clin d’œil à Depeche Mode : se rendre compte qu'on a l'impression de l'avoir toujours connu - en tous les cas depuis au moins aussi longtemps que Miami Vice - avec Phil Collins et Don Johnson, pas le moustachu dépressif ; même topo que pour le refrain de "Alone I break", en somme.
Le disque où Korn assument, de même que Remember Who You Are est celui où ils assument qu'ils sont adultes et condamnés à perpète, qu'ils sont un groupe de stade et de pop, que les ingrédients issus de l'agriculture biologique ne sont plus une option, assument à fond de disposer de montagnes de pèze à claquer en studio, et décident comme un grand groupe de pop de ne pas le faire fondre en drepou, mais plutôt en luxes de productions plus étincelants et hallucinants que toutes les poudres blanches comme la neige vierge, à commencer par un généreux au polish "somptueux/caramel" sur leurs déjà très gourmandes sonorités de guitares "big chocolate chunks" caractéristiques ; assument un instant d'être les Michael Jackson de la musique saturée, les pairs des stars du crossover r'n'b que sont Madonna et Nine Inch Nails, pas de ces ânes bornés de Slipknot.
Et qu'en résulte un album qui est un carnaval morbide au moins à l'égal d'Issues, en peut-être encore plus débridé, puisque sans se cantonner ni comme lui au (neo)(goth)metal (du coup tout va bien : "de meilleures chansons pour Issues" reste une définition sans une once de pertinence, je ne me dédirai pas à ce point), ni comme un See You à l'electro-metal homologué : pop, onctueux comme du Lindt au lait... et pourtant sans conteste possible leur gouffre, certifié Gouffre comme on ne savait guère en faire que dans les nineties, leur Downward Spiral - morbleu, on en trouve même sur "Wake up hate", du Trent ! Sauf que lui n'a pas dans sa mallette de pharmacie d'urgence Skinny Puppy, Foetus et Prince, mais Psycho Realm, Alice in Chains, Snoop et Infectious Grooves. Une ballade défoncés à travers un parc d'attractions, ses maisons hantées, ses montagnes russes, ses stands de barbe à papa qu'on arrose une fois achetées de LSD...
Bref, je vous refais pas le catalogue, puisque je l'ai déjà fait une fois et suis passé comme un abruti borné à côté de ce qu'il me disait clair comme le jour, puis de toutes façons il y aurait un paragraphe à écrire sur à peu près chaque morceau... Vous n'avez qu'à retourner lire celui que j'avais fait la première fois, vous fermez les yeux sur toutes les petites remarques pusillanimes et le petit ton qui se pince le nez, hors de propos si non aveugles à leur propre constat, qu'elles dénient, il manquera bien quelques chapitres de notes de dégustation mais vous êtes grands ? Je me permettrai juste de recommander le casque, chaudement, et une posture générale propice à toutes choses luxueuses, sinon luxurieuses.
Untouchables est un de ces albums malades d'une mégalomanie qu'ils subissent, d'une démesure qui vient autant de l'extérieur que de l'intérieur - un genre de Tetsuo en expansion, si cela vous aide un peu à vous représenter, une chose dont la chair rose de litchi vivant et auto-fermenté le disloque sous la tension de sa propre nature fatidique... Un grand disque, dans toutes les dimensions. Du calibre que peu de barrières peuvent contenir.

1 commentaire:

Raven a dit…

sur la pochette du Triptykon y a Madonna période Music avec son stetson

(et si tu regardes bien y a des clous de neuf pouces aussi)...