jeudi 29 mars 2018

Melvins : Pinkus Abortion Technician

La sanction pour avoir oublié que les Melvins pouvaient dissimuler - mais également révéler, en toute candeur - beaucoup - beaucoup - de sensualité. On croit au départ que c'est la raison pour laquelle toujours on chérira "Don't forget to breathe", laquelle après deux morceaux trompeusement à la hauteur de ce qu'on attend en lisant les transparentes allusions à la présence d'un Butthole Surfer sur l'album, paraît une chanson de ZZ Top virant au r'n'b incandescent, où l'on aurait injecté une sensibilité à fleur de fièvre digne de celle qu' Unknown Mortal Orchestra ont perdu, quoiqu'ils croient encore en faire preuve simplement parce qu'ils utilisent une voix d'éphèbe soul tourmenté ; avant de découvrir peu à peu, effaré, que ce sera toute la teneur de tout le disque : car derrière, "Flamboyant Duck" déjà enfonce le délicieux et cuisant clou, convoquant Led Zeppelin, Jane's Addiction, Alain Johannes et Jim Thirlwell... Et ainsi de suite.
Les Melvins oublient pour une fois - pas la seule, mais pas si fréquente qu'on voudrait, ni que ça dans l'absolu des statistiques, que je n'ai pas calculées - de planter leur langue dans leur joue (tout au plus sent-on çà ou là, pour notre plus grand bonheur, des contours doucement cartoonesques), et accouchent - ce n'est pas une formule journalistique toute prête, encore moins un jeu de mots douteux sur le titre : il y a réellement beaucoup de féminité dans Pinkus Abortion Technician - d'une sorte d'indie-hard-rock bastringue plus digne encore du nom que, justement, Jane's Addiction dont à mon goût les véritablement augustes moments de grâce céleste ne sont pas si nombreux, noyés dans une frime dont les Melvins sont à l'abri, ne comptant aucun bellâtre type Navarro parmi eux, que des grands sensibles (s'agissait pas d'oublier les Melvins reprenant Bowie ou Roxy Music, les gars...) comme Buzz Osbourne, capables de marier (Gus) Van Sandt et Van Halen dans le même morceau : encore une fois, on le devinait déjà depuis longtemps sans se l'avouer tout à fait, ce n'est désormais plus chose possible, devant une beauté comme "I wanna hold your hand".
Et cela ne repose cette fois même pas sur la voix gorgée d'émotions de l'homme à la touffe ; mais sur sa guitare, que l'on ne connaissait pas si frissonnante d'expressivité et de sensibilité, ainsi à la fête à ruisseler et grasseyer ce hard rock doux à l'égal du miaulement d'un chat, que la dite guitare évoque à merveille, ou la faible toux grasse de Corrosion of Conformity béats comme des agneaux en Arcadie, l'été indien à son plein, ou comme si Weedeater tout soudain décidaient de jouer la musique la plus délicate et raffinée dont ils soient capables, amoureusement couvée sous la cendre
à la fois complètement inattendu, et profondément familier ; comme le plaisir.

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