vendredi 30 mars 2018

Will Haven : Open the Mind to Discomfort

La cold-wave (ultragoth) du bourreau. Heureusement que j'avais bien pris conscience dès sa sortie - et le coup de cœur immédiatement concomitant - que c'était un disque de bœuf (gothique), sans quoi la sortie de Muerte avec ses atmosphères de cimetières beaucoup plus sensuelles et insidieuses - et de forêts autour de Twin Peaks - lui aurait flanqué un méchant coup de vieux.
Mais le grand charme d' Open the Mind to Discomfort, c'est sa brutalité, à la limite de vous faire frémir les zygomatiques d'incrédulité et de joie enfantine, comme peut un The Acacia Strain. Celle qui fait que l'on ne les raccrocherait pas tant, en matière de références cold, des Cure que plutôt des Cranes de Self Non Self... Quoique, la frigorificité (le disque me donne envie moi aussi d'être bourrin avec extravagance) des grises et sinistres saynètes qui composent le disque nous rappellera qu'après tout, Robert n'est pas le dernier rayon violence et absence de pitié, sur la Fameuse Trilogie Noire (et je vous prie de croire que cette fois entre toutes l'on n'emploie pas ce dernier terme ni pare grandiloquence ni par approximation : vous retrouverez scrupuleusement des fragments, ébréchés, gelés et contondants, des trois redoutables éléments qui la constituent), dont au bout du compte on pourrait estimer tenir ici une sorte de concentré très très compact - tant dans le minerai sonore proprement dit que dans la durée - et traduit dans la langue d'une époque bien moins tournée vers l'intérieur, dans son expression des mêmes tourments, bien moins versée dans les bonnes manières et la confiance en autrui pour respecter votre intégrité sensible ; d'une époque où, du coup, on met en pratique en toute légitimité la vieille réclame pour les chocolats Pyrénéens - à coup de riffs qui sont des parpaings emballés dans une solide couche de givre bien tassé, qu'on se chicorne, par ce temps-là...
Je te vous en foutrai, moi, des chocolats. C'est pas le neo à la Korn, ici, mais celui qui bouffe du Darkthrone - pendant qu'on est dans les grands groupes de cold ; ou alors la neo-cold à la Self Non Self, permettez moi d'insister : un album qui lui non plus n'est pas le dernier lorsque la qualification exigée est de savoir taper au même endroit avec la même brique ensanglantée avec endurance et sans tortillements de l'inutile ego ; les deux partagent la même sensibilité, à la fois curiste avec passion et cœur en bandoulière, et férocement industrielle (les vieux Swans ne sont guère loin, dans un cas comme dans l'autre) ; la même détresse et pureté infantiles, pareilles à une douloureuse lumière aussi fragile que perçante au milieu d'un fracas monumental de pierres tombales menaçantes comme de lugubres mécaniques. Ah pour ça, vous en trouverez, sur Open the Mind the Discomfort, des échos lointains de black metal, comme il est doublement à prévoir sur un disque a/ de hardcore en 2015, b/ de cimetières et de nuits froides... mais assurément pas sous la même grossière et vociférante forme que chez les autres groupes, même ceux qui sont les plus talentueux fils de Will Haven (Hexis et This Gift is a Curse), à qui Will Haven - encore un temps d'avance sur ses mioches, la vieille canaille - apprendra ici qu'on n'est même pas obligé de faire du hardcore-la-violence, avec tout ce qu'il leur a appris et légué, ni même avec ce qu'ils ont trouvé tous seuls comme des grands, mais que l'on pouvait en extirper une musique infiniment plus émotive, et pourtant, ou partant, plus impitoyable encore ; leur révélant même, à la façon d'un vieil instructeur fourbe une feinte dans la feinte, une nouvelle facette de cette vieille leçon qu'un grand disque n'est pas forcément un gros et grand disque... non : comme si c'était du black metal chez les Cranes, vous dis-je : coldest wave of cold wave.
Too old, too cold, qu'ils disaient. Gare... Open the Mind to Discomfort, qui porte bien son nom candide, est une nuit sans limites, miséricordieusement donnée à apercevoir ainsi qu'on goûte une - forcément brève, forcément difficile à déguster et percevoir autrement que comme un long cri monocorde, une bouffée brusque et massive - trempette dans une eau glacée de chez glacée. Vingt minutes ; vingt petites minutes...

1 commentaire:

Raven a dit…

M'avait laissé un souvenir ultra-linéaire, ultra-pâteux et ultra-immersif, avec les synthés omniprésents ou un gros souffle de fond qui recouvre les riffs et tout...ça me plaisait beaucoup... à retenter !