vendredi 27 avril 2018

Chrch : Unanswered Hymns

Ainsi donc, Herem n'étaient pas tout à fait tous seuls sur le créneau : je parle du funeral stoner. On remarquera, juste par espièglerie, que dans les deux groupes il y a une gonzesse, comme si être une bande de gars ne suffisait pas à mettre en œuvre cette délicate alchimie, à créer cette magie. 
On s'occupera surtout de savourer - d'ailleurs, si vous n'avez pas envie d'attendre qu'un jour je me décide à parler des fabuleux deux derniers disques de Herem ici, vous pouvez aller directement prolonger le plaisir soulevé par Chrch en vous les procurant les yeux fermés - le délicieux breuvage. Le premier Chrch, vraiment, c'est tout pareil que Herem mais en pas pareil : comme si vous preniez la même chose, les mêmes illuminations, les mêmes appétits, les mêmes soupirs de manger le ciel, de s'en faire avaler par le crépuscule sanglant et brûlant - et vous changiez simplement un certain nombre de proportions, longueur, épaisseur et ainsi de suite - pour vous apercevoir que ça fonctionne toujours aussi bien, pour ce qui est d'être tout bonnement enchanteur.
Disons, pour être trivial, que Chrch est davantage funeral où Herem serait plutôt doom death ; disons, pour être encore plus trivial, que vous prenez Herem et vous l'étirez au maximum, comme un écartèlement à la romaine, sensualité oblige, lessivé et blanchi au soleil jusqu'en devenir transparent bientôt, un peu comme chez Under the Sun : du coup les ondulations dub-death disparaissent pour ainsi dire toutes : comme ça pour le même prix vous pouvez vous faire une image de Herem en miroir... Chez les deux on trouve cette même incroyable porosité entre stoner et doom death, chacun se nourrissant du potentiel béatifique, auguste et extatique de l'autre - quant au mot "stoner" en l'espèce, il est à traduire, avant tout, par "Acid King" - comment ça, "c'est tout" ? C'est déjà plus que pas mal, et Chrch transcende, transfigure, sublime et tout ce que vous voulez Acid King, dans les disques de qui on finit toujours à un moment à un autre par regarder sa montre, et attendrez la prochaine montée narcotique - quand Chrch, eux, maintiennent un niveau de stupéfiance quasi-continu, et ce en faisant encore plus linéaire que les ancêtres, mais peut-être n'y a-t-il justement là aucun paradoxe, plutôt une causalité très directe et primaire - sur les passages stoner opioïdes, c'est à dire : restent tout de même les passages crust, où Chrch se mue en paysage montagneux hostile et majestueux à faire le bonheur de Neurosis ; le lien, l'unité de ton entre les deux se faisant, probablement, dans cette infinie langueur que Chrch déjà possède en partage avec les groupes de la côte Neurot - Atriarch, Ides of Gemini, Worm Ouroboros...
Et puis, bien sûr, il y a cette part d'enfance, profonde, sincère, palpable dans ces élans épiques d'une ampleur, d'une naïve intensité de désir invraisemblable ; celle que vous pouvez lire sur les pochettes des deux disques, et qui n'est pas démentie par leur contenu, avec ses couleurs ternes, qui semblent celles de quelque ancien livre de contes à la couverture complètement cuite, fanée, cornée, tachée, rempli de mythes fascinants mais noyautés par la mélancolie et nimbés de tragique, tel un SubRosa infiniment las, paré du léger sourire un peu distant des enfants leucémiques - du reste, s'il devait découvrir les dents, les révèleraient crocs acérés ; Unanswered Hymns c'est un peu aussi Damad qui se mélange, tel les cheveux d'une Dryade peinte par Klimt, à Amber Asylum...
Enfin bref : Unanswered Hymns n'attend pas de réponse en vérité, et il a toute le caractère étrange mais décidé des premiers pas d'un petit qui pourrait devenir grand - et il restera précieux quand bien ils ne devaient jamais devenir grands - quelle que soit la façon dont on l'entende.

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