samedi 7 avril 2018

Faces of Bayon : Ash and Dust Have No Dominion

LE fichu doom. Celui qu'on a dans le sang. Il y a les groupes qui se pressent le citron pour démouler le riff le plus pesantifique possible, avoir le grain le plus #gras et #bitumineux qui se puisse élaborer, et dont tout le long des morceaux on les entend compter, avec une application et concentration à son paroxysme, le nombre exact d'unités de temps, lues dans le manuel, qu'il fallait laisser traîner chaque accord, note, beat, pour obtenir l'homologation - et essayer tout aussi frénétiquement de ne pas s'endormir ou aller consulter leurs notif'.
Et puis il y a ceux qui se contentent de jouer un simili-hard rock de biker mollasson, de mecs qui sourient lorsqu'ils entament un solo blues tout foncedé, avec même des morceaux qui s'égayent régulièrement en paresseuses errances à travers les champs et les forêts d'un quasi-lounge, parsemées de quelques voix claires très claires, presque évanouies dans la lumière narcotique - et dont il ne fait aucun doute à chaque instant que leur pouls bat encore plus lentement que celui de cette musique-là : à la cadence de celui des mammouths sous la toundra, ou des planètes.
Finalement, on comprend pourquoi Faces of Bayon ont choisi ce nom qui est le leur, un peu : ce doom-là est assurément bouddhique, dans sa sérénité et sa plénitude religieuses ; et Ash and Dust Have No Dominion est un temple en vérité. Chaque note en est lourde comme une grande statue du Bouddha, et tombe comme une telle statue doucement tomberait sur le fond de l'océan de paix en quoi elle change votre âme. La paix supaheavy faite matière - étale comme une huile, nourrissante comme l'humus fraîchement retourné entre les racines d'un arbre vieux de milliers d'années, délassante comme du thé, pure comme l'eau puisée au puits le plus profond du monde. Plus que de la magie : du sacré, à l'échelle biologique. Ni chthonien, ni aérien, ni du reste farouchement typé d'un élément plutôt que d'un autre, puisque cette musique là n'est que pureté et essence - et révélation : le doom EST la béatitude.
Alors, parce que trois c'est toujours mieux et surtout qu'une fois qu'on les a on a un triangle, ce qui est toujours une forme assez chouette pour définir une essence mystique : on avait Warhorse, on avait Earthride ; Faces of Bayon était celui qui manquait, réjouissez vous, il est là. Les Grands Anciens du doom divin sont au complet.

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