dimanche 15 avril 2018

Neurosis : Fires Within Fires

Écrire sur Fires Within Fires sans pour la énième fois faire du air-règlement de comptes avec les zélateurs de Times of Grace... Je veux bien, moi ; mais est-ce qu'ils me facilitent les choses, les vieux enculés, avec pareil album de loups ? de fauves, de carnassiers au sourire d'une plénitude terrifiante ?
Faut-il être fada, pour trouver que Neurosis radotent et gâtisent... En vérité Honor Found in Decay est déjà derrière eux, avec son presque rockin' crust hardcore ; Fires Within Fires est pratiquement du rock ; du rock psyché de vieux barbus ventripotents... avec un tranchant. Pour le coup - et même s'il subsiste toujours un fossé sur la forme - je cesserais enfin de voir la différence entre post-hardcore et post-hardcore. Car, pas loin d'indubitablement, cette manière d'avec une musique quasi-rock, lisible, fluide et affable, jouer des morceaux redoutablement soul, et à la sauvagerie sourde mais prête à jaillir à tout instant - est ce qui caractérise aussi bien Fires Within Fires que In On the Kill Taker.
Neurosis semblent reprendre ici les choses, à peu près, qu'ils ont faites sur tous leurs albums précédents - en leur donnant ensemble une forme, apparemment, simple et rectiligne, à la manière dont peut l'être un couteau. Mais on sait que de telles choses n'ont nul besoin de ressembler à un porc-épic (ou un specimen de la collec' à Maniac) pour causer les plus sévères dégâts, puisque ce qui compte dans cette optique-là est de les savoir bien tourner, pas vrai ?
Fires Within Fires est une lame impeccable, très soigneusement forgée dans l'amour de la simplicité du travail exécuté avec la plus grande perfection et concentration spirituelle dont on soit capable ; elle nous est montrée dès le début du disque, où l'on comprend instantanément, aux premiers mots prononcés, qu'on est au début d'une traque sans pitié - au cours de laquelle on connaîtra des visions somptueuses de la steppe primitive, et l'on passera même quelques moments de respiration paisible, à contempler rêveusement le crépuscule grandiose qui en est l'enivrant décor - mais dont l'inéluctable issue fatale ne laisse place à aucun doute même le plus infime.
Le fil du rasoir.

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