lundi 16 avril 2018

Starkweather & Concealment : Split album

T'en veux un autre, de nom de magicien ? Starkweather.
Présentement avec sous le bras leur morceau probablement le plus tech-death/thrash modulo-jazz, encore un petit cran même au-dessus de This Sheltering Night... Et ils te vous en font leur morceau également le plus sensuel jusqu'à nouvel ordre, le plus limpidement et lumineusement tel en tous les cas ; à cause de Resmini, bien entendu, qui délivre un récital comme on l'en savait capable depuis un bail, entre Boy George et Baba Yaga - mais aussi les guitares, elles-mêmes qui injectent à doses massives la brillance tech-death, et puis le batteur, aussi, qui accompagne de bon cœur les passages les plus krishna et vous fait fourmiller les pieds et le bassin d'envies de chalouper tout en balançant un encensoir et en distribuant les bénédictions alentour...
Une bénédiction, c'est bien ce qu'est la musique de Starkweather. Et une pluie de magie. Le morceau - oui, il n'y en a qu'un - dure trente minutes, et tu pourrais passer chacune des trente, assis béatement en tailleur devant dans le plus pur style disciple, à écouter exclusivement Rennie faire sa virtuose et torride danse des sept voiles vocale (ce gonze est cent fois plus sensuel que les trois quarts des chanteuses de female-fronted doom, ma parole) sur les ondulations de l'orchestre derrière lui : non seulement parce qu'il ne la boucle quasiment aucun moment, plus de quelques instants à ce qu'il semble, mais encore parce que ce n'est jamais ennuyeux, voire le contraire : qu'on en oublierait presque, justement, d'écouter l'orchestre - ce que, pris de remords, l'on corrige alors pour s'apercevoir que celui-ci n'est en rien moins éblouissant, de talents de conteur et d'ensorceleur. La sorcière et ses sorciers. Le morceau dure trente minutes, oui, et en paraît huit tout au plus - soit la durée idéale d'un morceau de ce type de musique, industrielle et psychédélique, et il donne envie de boire avec déraison, ce qui est plus rare, et de sortir de son corps à force de le secouer comme un prunier, comme est plutôt la règle en terrain hardcore, dont il rappelle que Starkweather n'est pas déraciné malgré les apparences. Peut-être la raison qui explique comment le disque conjugue les qualités - d'ampleur, d'envergure romanesque - d'un album et celle - de densité, d'unité de propos - d'un morceau.
Il n'y en pas trente-six, pour jouer du post-hardcore comme il doit être joué : de façon que ça ne ressemble à strictement personne d'autre qu'à leur camelote, à leur propre planète, à leur propre futur dystopique ; il y a Neurosis (même si on sait le triste tour que leur a joué la réalité, en leur collant tous ces caniches en chaleur aux mollets), il y a Palehorse, et il y a Starkweather.
Concealment ? Ils ne déméritent pas, ça non ; ce qu'il y a, c'est qu'après un "Divided by Zero", la seule chose qu'on a envie d'entendre, pendant les quarante minutes suivantes, c'est un autre morceau de Starkweather, voilà le problème. Ils n'en monopolisent que vingt, à leur décharge, et ont la salutaire idée de rapidement balancer un rythme syncopé qui rappelle sournoisement Starkweather, tout comme le chant, qui s'affilie du moins à un registre - le râpeux - de Resmini, même si, forcément, sans la dimension surnaturelle que RR instaure partout, et que l'autre remplace par une patine black metal franche et plutôt réussie. J'ai l'air du reste de mégoter bésicles au bord du blaire au ras de la copie, sur des détails mais la vue d'ensemble est au bout du compte assez à cette image : Concealment paraissent de plus que probables grands fans de Starkweather, qui connaissent admirablement bien l'enseignement de leur modèle, et le mettent en pratique aussi admirablement... que le leur permettent leurs propres capacités simplement - honnêtement - humaines ; ceci dit sans y mettre la moindre méchanceté : le résultat ressemblant après tout à une sorte de Deathspell Omega - quelque part entre Fas et Drought - en langage lycanthrope hardcore : on fait pire, comme mauvais moment à passer. Starkweather qui joue du Pestilence, un peu aussi, et Godflesh du Rites of thy Degringolade. Franchement, passées les premières minutes d'entrée dans l'eau froide - après le hammam aux essences rares, le bain à l'huile de fleurs d'oranger et ainsi de suite - on se délecte assez, jusqu'à... quelques minutes avant la fin, où ça commence quand même, comme on dit, à se voir un peu, vous voyez ce que je veux dire ? et où revient, comme en l'un de ces grands cycles dont ce genre de musique fait son petit lait, l'envie sourde et lancinante d'entendre du vrai Starkweather, du grandiose, du doré de l'aura, du sacré, du luxuriant comme la jungle de Bornéo ou d'Amazonie, du peuplé de jaguars, d'anacondas, d'arums libidineux et de blattes géantes...
Et comme, cela ne vous aura pas échappé, vous n'êtes pas ici sur un Webzine, mais sur le journal intime de mes écoutes, on ne va pas conclure sur cette tonalité de banc d'essai Auto-Journal, et on va retourner s'extasier sur "Divided by Zero" ; sur cette merveille de morceau qui à la fois se montre plus qu'à la hauteur des rêves légitimement nourris à la vue d'une pochette évoquant l'ambiance de ruines post-atomiques de mégalopole du futur où le groupe s'était déjà brillamment révélé le prédateur alpha sur le split avec Overmars, et rappelle les souvenirs aphrodisiaques de celle de Croatoan, et à quel point Starkweather est le roi de la jungle... La symbiose est totale : les dragons en guirlandes de liane-reptile toute hérissée de fleurs, les arbres bio-mécaniques aux fleurs en énormes vulves, toutes sortes de choses vous agitent sous le nez leurs immenses gueules moites de machineries aux effluves chargés de phéromones inouïs... En fait, toutes les métaphores échouent en face de "Divided by Zero", mais vous pouvez plus avantageusement tenir pour acquit que vous aurez rarement éprouvé si dévorante envie de coucher avec un extra-terrestre.

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