jeudi 17 mai 2018

400 The Cat : Now Secure

On pourrait se contenter de constater que 400 The Cat ont viré au blackened-core canal This Gift/Hexis : ce ne serait après tout que logique, puisque ces derniers sont les descendants de Breach, et que la musique de 400 The Cat n'a jamais paru vouloir dissimuler l'amour de Breach qui l'habitait.
Mais après tout ils en sont autant héritiers que les deux autres, et tenus par nulle préséance de suivre le chemin que ceux-ci montreraient - et puis surtout, ils ont toujours eu leur propre agenda, leur propre façon de faire, leurs propres rythmes biologiques, leurs propres cadences prédatrices. On ne parle pas là d'un groupe de petits jeunes impressionnables - quand bien même ils ont sûrement été (qui ne le serait pas ?) impressionnés par ce hardcore scandinave là ; non, on parle de vieux brigands dont presque tous jouent dans rien moins que, eh ! Morgue, mon bon monsieur.
Les deux groupes ont toujours partagé un sens bien à eux du swing, du surf sur une onde de violence qui vous rend aveuglante cette vérité simple, qu'une lame est une lame ; les vagues qui parcourent Now Secure, plus clairement encore qu'auparavant, sont des rasoirs ; plus affûtés encore que sur Stf Helix Nebula puis que Doors of No Return. On pourrait d'ailleurs, là encore, se simplifier la vie en embrassant cette autre évidence qui nous tend les bras, et voir en Now Secure l'intersection de ces deux-là : ne nous y incitent-ils pas, avec ces line-up de plus en plus consanguins et farceurs - et n'y mettent-ils pas une certaine forme de réalité, avec cette musique qui semble progresser par godilles imprimées alternativement sur les albums d'un ou l'autre groupe ? Godilles, insistons un brin, effectuées sur les carres les plus redoutablement aiguisées qui soient. Se fier à la première impression et s'y accrocher ? Elle ne tient pas longtemps, croyez moi ; peu de choses tiennent bien longtemps, face à cette bourrasque de rasoirs - amusez vous un peu à vous accrocher, une fois tous vos doigts coupés ?
On l'a compris, 400 The Cat est devenu très evil. Peut-être que Dazzling Killmen qui la nuit sur une route de forêt perdue emboutirait un Aosoth qui traverse, les yeux rouges furieux, serait plus proche de la vérité ? Peut-être que plutôt que Dazzling, on pourrait mettre Carne : ils sont amoureux de Breach aussi, et ils sont français aussi, surtout : on n'est clairement pas en Scandinavie, ici, ce quand bien même l'humeur fait plus qu'avoisiner avec gourmandise le black metal le plus saignant - puisqu'elle lui taille des croupières ; mais on garde toujours cette sensibilité à fleur de peau, qui fait qu'on est à plusieurs reprises au bord de dégainer le terme "emo" : emo comme peut justement l'être Carne, à en rappeler les années Hems et Thugs ; emo comme le point commun qui me les avait fait élire, les Gardois, seuls candidats possibles, dans mon patelin, à ouvrir pour Kill the Thrill : ce genre d'emo là ; le genre Quicksand du brutal et sulfurique premier album, pas celui des doux-amers suivants ; le genre papier de verre.
"Abrasif" est une telle évidence, une telle propriété fondamentale chez 400 The Cat qu'on en oublie de le préciser. 400 The Cat est l'abrasion, la sensation et l'émotion qui y sont intimement liées. Cela tient évidemment au chant, mais pas uniquement ; peut-être au remplacement du swing brutal et extra-terrestre de l'ancien batteur par un nouveau, plus humain, plus sauvage et prédateur ; et à tout le reste de ce qui fait qu'on sent, d'emblée, depuis toujours, qu'il n'y a pas plus nature que ces mecs-là. Cela tient surtout à ce que 400 The Cat ne ressemble au fond à personne - sinon à la rigueur, dans l'essence et en vertu du vieux principe selon lequel mieux vaut s'adresser à Dieu qu'à ses saints, Terra Tenebrosa - ne sont ni authentiquement hardcore ni viscéralement metal, ni pitbull ni mâtin - mais plutôt diable de Tasmanie. Et que très rapidement on se coule avec le plus grand naturel, celui de l'instinct, dans l'élégance primale, limpide, de leur danse de la toupie sanglante.

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