jeudi 3 mai 2018

Cult of Occult : Five Degrees of Insanity

Five Degrees, vu d'aujourd'hui, manifestait déjà quelque chose qui prendra une luminescence d'un noir aveuglant (normal, vous me direz) avec Anti Life, à savoir que plutôt que des épigones (des Lyonnais avec des mauvaises coiffures) du Wizard ou de Burning Witch, Cult of Occult sont plutôt de l'obédience Funeralium ; mais alors des frères séparés à la naissance, de Funeralium, et qui auraient emprunté une voie beaucoup moins farfelue (oui), beaucoup moins disserte et fleurie (oui oui), beaucoup moins portée sur l'humour (si, si), les belles lettres, la philosophie et autres plaisirs décadents qui sont l'apanage des gens vivant dans le siècle.
Cult of Occult, on le répétera jusqu'à ce que ça rentre et même après (imitant ce faisant leur façon de riffer et de jouer de la batterie (lesquelles d'ailleurs auraient fait merveille, en certaine lointaine année, en banlieue de Jérusalem (d'ailleurs à écouter ce disque j'ai brusquement l'image d'une pochette de Vital Remains qui me surgit en tête))) : Cult of Occult, c'est de la musique religieuse. Et on ne rigole pas avec ça. Écoutez donc la fin de "Psychotic", avec sa petite enluminure décharnée, son pauvre bout de vitrail sale, et revenez me dire le contraire.
Le mysticisme du caniveau, de la chute et de l'équarrissage des carcasses. Peu importe que, si vous les interrogez là-dessus, ils vous répondront probablement "Doume sur vou tousse" en faisant leur plus belle bouche en cœur - pardon : en keur - ourlée de mousse ; Cult of Occult sont des dévots au sens le plus admirable de la chose, mettant à leur pratique spirituelle un cœur, justement, entier et qui compense largement un physique pouvant paraître parfois, comme sur le ci-devant album et son programme sévère et rigoureux, légèrement ingrat : écoutez simplement pour vous en convaincre la harangue de "Satanist", qui peut paraître une sorte de (lointaine) cousine moins flamboyante du sermon de Joe Coleman, qui referme Hope///Dope///Rope, mais compense largement ce qui lui manque en lyrisme (mais est-ce vraiment un manque, ou bien plutôt un choix assumé, dictée par l'austérité choisie ?) par sa ferveur et conviction... massives tel le maillet de charpentier vu un peu plus haut.
Quel rapport entre les deux groupes, me direz-vous ? A part une certaine forme d'espoir assez modérée en ses congénères, et un amour autrement plus solide pour le spectacle de leur ruine accélérée ? Pas grand chose en effet : encore une fois, Cult of Occult sont des gens qui ont pris les ordres et portent robe de bure, alors que Hangman's Chair sont des dandys. Pas de distance ici, aucune (on glosera autant qu'on voudra sur la frustration que cela génère, et la démangeaison consécutive de se défouler ensuite, "dehors", en ne s'exprimant qu'au quatorzième degré, partout, tout le temps... mais une autre fois, alors), aucun écart n'est permis lorsqu'il s'agit ainsi de délivrer cette sorte de version sacrée du sludge le plus débile, navrant, complaisant et pathétique qui soit - et qui la plupart du temps se voit donc joué à moitié sérieusement, par des gens eux-mêmes convaincus d'avance de leur impuissance ; on peut trouver Cult of Occult pour cette raison précise parfaitement pathétiques et ridicules, d'être aussi sérieux dans ce qu'ils font, et d'y mettre leur cœur et leur intention sans mélange : si soi-même on chérit avant tout le décalage, la distance, et l'hygiène personnelle impeccable que ceux-ci permettent (on commence à sentir juste un peu mon avis sur la question, là ?) - mais il serait tout aussi parfaitement ridicule et pathétique de ne pas voir et admirer l'impeccabilité, justement, de leur démarche, la rigueur effroyable qu'il faut pour ne pas commettre le moindre impair ni laisser retomber la moindre seconde la tension qu'il faut à l'accomplissement de cette tâche effroyablement simple (voir doublement simple, qu'on en juge : le sludge monastique), et à la fois très compliquée, comme toutes les choses très simples (d'où probablement mon éternelle incapacité, du temps que j'exerçais dans l'institutionnel, à savoir les classer, en sludge ou bien en doom death) dans laquelle le moindre esprit fort un peu trop fort finit forcément par faire une fioriture, pour tromper l'ennui qu'éprouve son ego.
Bref, je me comprends. Cult of Occult, c'est des bons ; vous ? Vous êtes des pas bons. Mais c'est pas grave : ils vont vous en guérir. Suivez ce frère qui sent la bière, il va vous conduire à votre cellule, et vous extirper cet ego à coups de gourdin.

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