dimanche 13 mai 2018

Dopethrone : Transcanadian Anger

Le son : ça n'est pas cosmétique, et ça ne fait pas tout.
Dopethrone en sont presque la démonstration. Pendant au moins deux albums, ils n'ont eu que ça. Puis ils ont comme par magie chopé le reste, le temps d'un album touché par la grâce, la même qui constitue pas loin de la routine pour Dixie Collins ; pour la reperdre le disque d'après. On s'en serait contenté, ici, hein : un groupe n'ayant qu'un album qui fasse vraiment se relever la nuit, pour moi, ça n'a rien voire tout le contraire de honteux, qu'on y songe une seconde : c'est pas donné à tout le monde, tellement de groupes n'en ont même pas un à mettre à leur compte, et puis ça ne fait que rendre le plaisir d'écouter la pièce unique plus vif et poignant. Mais, avec une placidité ouverte égale, on était tout à fait prêt à les entendre toucher le ciel une seconde fois.
Ce qui tombe bien : ils l'ont fait. Le son de Transcanadian Anger est parfait, à la fois rondouillard et douillet comme l'utérus de Maman Beuher où l'on soupire à retourner sitôt qu'on lance un disque de stoner-doom - là, d'entrée on y est, c'est plié, c'est la béatitude - et pour autant obèse à en coller tout aussi instantanément la bonne vieille, solide, torpide, tropicale et dominatrice nausée opioïde ; bon. Et dessous cette extase à sniffer par les oreilles, on ne trouve que du riff garanti 300% no-neurone-blues-metal.
S'ils n'étaient pas si cons (vous avez vu un peu ce titre ?) on pourrait presque jurer qu'ils s'en sont rendu compte, tant l'album paraîtrait presque effacer devant eux (leurs majestés les riffs, qui sont authentiquement des distillations d'huile essentielle de stoner-doom) ce que Hochelaga pouvait démontrer de talent insolent pour la punchline - vous vous rappelez, j'espère, "Scum Fuck Blues" ? La voix parvient peu à peu à la même modestie que, précisément, le junkbuddha de Weedeater... Mais pas tout à fait ; puisqu'elle orbite autour de sa propre planète, où pourraient s'acclimater, semble-t-il, aussi bien Warhorse que Darkspace : n'allez pas vérifier les similitudes, c'est à l'instinct qu'on parle.
Dites vous que cela traduit à quel point Dopethrone sont devenus grands et partis pour de bon dans le cosmos (tout en dansant toujours plus béatment et se vomissant sur les pieds durant le processus), aidés justement par l'importance et la singularité de cette voix, qui malgré sa présente discrétion s'affirme de plus en plus comme un élément primordial dans l'osmose qui propulse Dopethrone sur ces autres sphères qui sont les siennes propres ; peut-être au lieu de Darkspace devrais-je citer des groupes dark-electro brésiliens de chez Le Cri du Chat, ou yelworC : pour traduire la façon dont le disque peu à peu se révèle à la hauteur de l'horrible incongruité de sa pochette, peu à peu échafaude son atmosphère hallucinée de polar-western cyberpunk, cyberpunk, ultrajunkie évidemment, teinté de Burroughs et de K. Dick autant que de Weedeater canonique : pour sûr, pas tout à fait votre album de weedoom ordinaire.
Pour sûr Bongzilla est loin derrière, merci pour tout, laissé à marner et clapoter sur Terre, pendant que Dopethrone emmène cette musique tout droit dans la dimension K, où Innsmouth est en banlieue de Tau Ceti et où les pécos brûlent d'une fumée verte telle la brume dans un cimetière filmé par Mario Bava. Ces mecs-là avaient depuis le début quelque chose en plus, je l'ai toujours senti et suis fort aise de les voir le faire fleurir, si vous permettez que je me rengorge. Et l'on finit par percuter - un peu aidé par le titre - que "Dopethrone" n'a jamais été simplement un hommage au Wizard, qu'il existe bien en eux quelque chose de la grandeur et la pureté sauvages d'un certain groupe norvégien, un jusqu'au-boutisme farouche qui les rend rigoureusement dignes du sens que porte ce nom.
Bref : si les films d'épouvante absurdes et les couleurs de la pochette vous bottent, vous avez peu de chance de ne pas prendre un gros panard dans Transcanadian Anger.

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