mercredi 30 mai 2018

In Blind Embrace : Songs from the Shadows

"Chercher le bon album de Controlled Bleeding", il en a de bonnes, l'autre... Tu l'as eu entre les mains il y a déjà une vingtaine d'années, corniaud, et tu n'es même pas foutu de te rappeler pourquoi tu l'as revendu !
Songs from the Shadows est la suite de Music for Stolen Icon, mieux que Music for Stolen Icon II dont il reprend les deux bons extraits ; certes moins saturé par la démence, la foi brute que le premier cité, mais plus long en bouche, plus charpenté, plus insidieux...
L'album qui offre enfin écrin à la hauteur à cette voix chargée d'un tel potentiel tragique, certifié mater dolorosa ; tout tissé de fééries dans le goût de Morthound, hanté par une menace cousine de celle d'In Slaughter Natives et Raison d'Être, et entièrement baigné par une froideur sacrée n'ayant rien à envier à Dead Can Dance et Kirlian Camera. Un parent du Germ d'Omala, rien que ça.
Un putain d'album de dark-wave au lourd et vénéneux souffle mythologique, plus qu'à la hauteur des racines grecques qu'on soupçonnait avec appétit derrière les patronymes de Paul et Joe, avec en prime Tonton Rozz qui passe faire le bonjour de la goule amoureuse, traversant comme un spectre égaré ce paysage venteux, ses arbres torturés par l'hiver et ses regrets d'odeurs de fruits pourrissants : l'ordinaire, en somme, de l'errance languissante de la chose humaine à travers les jardins d'Eden après l'horaire de fermeture ; et pour faire bonne mesure quelques interventions d'orgue de la terreur - le souvenir de la faute, et de son horreur - laquelle accessoirement au fait de bien assurer au disque sa place parmi les, de mémoire, trois références de Death Factory l'éphémère succursale de Cold Meat Industry (une manière de juste retour des choses, quand on y pense et surtout qu'on entend, ici, comment la veine "sacrée" de Lemos et Papa ferait un assez probable ancêtre de Raison d'Être, Necrophorus et Atomine Electrine), le garnissent d'une profondeur supplémentaire, d'une couche de mystère plus directement menaçant, par accès qui lui seyent fort bien ; lui pourvoyant cette petite odeur italienne (les pairs de ce disque, à n'en pas douter, sont aussi les Leutha, les vieux Lustmord et les vieux Sigillum S) et mangeuse de caillots de sang quasi-indispensable, si non constitutive, à tout bon album de dark-wave religieuse vouée à raconter la chute de l'homme. La suite du programme qui vous attend, vous la connaissez : enfer ou ciel, qu'importe...

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