mercredi 23 mai 2018

Ondskapt : Arisen from the Ashes

On vous dira - et l'on aura sûrement raison, car l'on fera, à coup sûr, davantage autorité - qu'il est infiniment et strictement redevable à De Mysteriis Dom Sathanas (le seul album de Mayhem qui ne m'enflamme pas, quant à moi) ; mais en ce qui me concerne, le black d'Ondskapt, il n'existe pas grand chose qui lui ressemble.
Ici, il paraît calé, tel une Ungoliant au fond de son trou, quelque part entre Rebirth of Nefast et Mortuus : à la fois habitant de la noire, aride et cruelle intimité de la Terre, et vampire toujours errant à la recherche des litres de sang humain qui le font vivre. Le black du dragon, ils n'auraient pu plus judicieusement choisir leur totem.
Infra-terrestre et membraneux, d'un violin vascularisé comme les ailes d'une chauve-souris aux drapés obscènes et d'un grain râpeux, sorcier (à en couper le souffle) et souffreteux : pas de doute, la musique que joue Ondskapt ne prête allégeance ni à la forêt, ni au permafrost, ni à Mère Nature ni au Grand Cornu, ni à tonton Adolf ni à papi Wotan... Elle ne semble même pas connaître l'existence de quelque chose comme la forêt, pas même celle violette, souillée, damnée de Dödens Evangelium, tout comme elle est absolument ignorante de telles choses que le ciel, ou le soleil. Leur black à eux est autre ; étranger farouchement, par choix, à ce monde, voué entier aux puissances occultes et au monde souterrain, avec ses sonorités ferrugineuses paraissant brutes excrétions du mal ancien qui constitue la roche-même de la vaste crypte environnante, cultivé pour lui-même dans une malveillance qui ne se soucie même pas de la réalité et de ses adeptes, qui ne reconnaît pas même l'existence de ce nourrisson qu'est le christianisme, pour le profaner, ni le nom d'aucun dieu pour le blasphémer.
Ondskapt vous propose comme unique idéal de faire de votre être une chose qui possède l'état de santé général du gus de la pochette de Purging Tongues, dans la lumière majestueuse d'une messe de Reverorum Ib Malacht (d'ailleurs ces derniers associé à Teitanblood donnent une autre assez bonne triangulation du degré de mysticisme d'Arisen fom the Ashes).
Appelez le Grand Dragon, Nurgle, Annihilateur Primordial, Ennemi du Soleil, Puissances, En-Bas, entropie ou que sais-je d'autre encore, mais n'en doutez pas : Ondskapt n'est voué qu'à lui et lui seul, et vit en offrande à son appétit insondable ; en rampant, en se désagégeant en grumeaux lépreux, en expectorant moult phlegmon purulent, en se traînant sur les genoux, avec délices du reste, tout le long d'un album entrelardé de moments de langoureux tangage du corps dans les affres et les exquises nausées d'une décomposition subie par ressac, avant et arrière, en une conscience qui se fait velours visqueux aux relents âcres et aux multiples sensations confuses mais toutes doucereusement incarnées - car pour sûr Ondskapt n'a jamais sonné aussi humain, sa valse prenant cette fois des inclinaisons et embardées paraissant presque françaises, évoquant ce que font de cette musique, là-haut à la surface, d'autres aux cerveaux plus tourmentés par d'existentielles macérations, aux articulations moins grippées par la poussière millénaire, à la prestance mieux faite pour la redingote, si louche soit-elle. Car Ondskapt, eux, jouent une musique qui remonte le temps à contre-courant, vers la majesté de la vie des cavernes.

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