dimanche 6 mai 2018

Siouxsie & the Banshees : Voices on the Air - The Peel Sessions

A l'heure où la première grue venue, qu'elle soit grue à cartouchière ou grue à frange, se sent pousser les ailes de grues et les skills - des trucs grossiers de faiseuses - qui suffisent pour s'attirer la comparaison à Siouxsie en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et attendu que des fois la patronne, sur certains albums pâtissiers comme du Tim Burton, a parfois elle-même semblé chercher à se faire comparer à Siouxsie, il est bon, parfois de se rappeler que quand même, PUTAIN QUELLE VOIX.
Elle se livre ici dans toute sa pureté de glace, nerveuse, flexible, coupante, volatile, crue, et si le disque est une compilation de plusieurs passages chez Jean Épluche, tous les morceaux qui s'y alignent paraissent avoir été enregistré à la même époque : lorsque Susan, vêtue d'une chapka et d'un manteau de la Marine, crachait à la face du monde l'impérial et aérien mépris dont elle écrasait toute personne croisant son regard, à l'âge de quatorze ans ; ses musiciens n'en paraissent guère plus, pour jouer aussi grêle et aiguisé ; ils donnent apparemment ici concert - d'une maîtrise chirurgicale, impitoyablement minimale et précise - sur la plaine de Sibérie. Jamais même chez les vieux Killing Joke ou Public Image Ltd. le punk n'aura été si dangereusement gracile et cristallin. La danse virevoltante du stylet.
Ce qui vient confirmer - au bout de trois fois, le doute n'est plus permis - que les albums live de Siouxsie & the Banshees portent haut la partie "album" de leur classification. Aussi précieux que Nocturne et The Seven Year Itch, le ci-devant, c'est un peu comme regarder une bande de délinquants juvéniles de quatorze ans, donc, avec la morgue invraisemblable qui s'ensuit et une mise d'une élégance impeccable à faire peur, tailler un costard à Joy Division ; à coups de machette et à même le chaland ; glaçant et hypnotisant. Des peel sessions qui portent bien leur nom en vérité.

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