mardi 26 juin 2018

Embrace of Thorns : Scorn Aesthetics

Ou : comment la vie de mange-disques n'est pas question uniquement d'attentes, mais encore de moment.
La raison de mes successifs rendez-vous manqués avec Embrace of Thorns était l'attente chaque fois, a priori, de quelque chose de plus sale que ce que j'entendais, née d'une confusion-approximation entre eux, Undergang (je n'avais pas encore eu le crush pour ceux-ci) et Witchrist, en gros. La raison du succès enfin de ce présent dernier rencard en date est la prise de conscience de cette attente parfaitement indépendante de ce qu'ils sont réellement, et la rencontre pleine et entière, précisément, de ce qu'ils sont - et le fait que cette nature tombe à point nommé lors que, il faut se l'avouer, on a un peu fait le tour de toute cette vogue du sale et de l'infra-death sub-occulte, avec tous ses séides sulfureusement interchangeables, ses fastidieuses processions tournoyantes en rond où rien ne ressemble plus à un riff fuligineux qu'un autre riff fuligineux - et même ses valeurs sûres qui s'affaissent un brin (Grave Upheaval, quelle peine...).
Ce qu'il y a, réellement, dans Embrace of Thorns, c'est cela : de la fraîcheur. Une née de cette emphase et ferveur qu'on a envie de dire typiquement hellénique, puisqu'on ne sait si c'est plutôt à Horrified, à Septic Flesh ou encore à Dead Congregation qu'on pense le plus fort - et pourtant d'une grande et palpable modestie (vous pouvez donc après tout rayer Septic Flesh ; et Dead Congregation aussi pendant que vous y êtes) ; alors même que ce disque, de leur propre aveu, est leur plus emphatique, tout pétri qu'il est d'intentions de requiem. Une simplicité barbare qui est une grandeur, qui fatalement fait brûler les lèvres le nom de Bölzer, une sévère et sincère rusticité mélodique évocatrice du vieux Paradise Lost, parcourent de bout en bout ce qui ressemble furieusement à une symphonie... furieuse, paraissant presque entièrement dirigée par une batterie prodigieuse, virevoltante dans sa bestialité, renfrognée et exultante à la fois. L'album est invraisemblable d'absence de chichis et de salamalecs, pour une chose aussi grandiloquente que lui et l'esthétique où il s'inscrit, mais uniquement selon ses propres termes ; un manifeste brillant - d'une brillance de ténèbres vineuses, bien entendu - de toute la crudité que peut convoquer le black/death, lorsqu'il n'est pas joué à l'envers de tout bon sens et pour maximiser le potentiel intolérablement pompeux des deux composantes, c'est à dire.
Alors oui, pour sûr, on n'est pas ici dans les beautés ostensiblement, ostentatoirement, outrancièrement intoxiquées et sur-surnaturelles du metal post-néo-zélandais qui a fleuri au-delà de l’écœurement agréable ces dernières années  (à la rigueur, Weapon et Rites of Thy Degringolade, dans cette famille-là) ; plutôt, nettement, solidement, farouchement, sur un registre très XIXème ; l'occultisme païen bien épais barbouillé à la peinture de sang sur les parois de la caverne, en sus. Un condensé à la fois de ce que le metal, et sa quintessence le heavy, peut avoir d'exubérant, et de ce que sa version extrême peut apporter de sévérité focalisée et affutée. De l'authentique tartare de metal au couteau, musqué comme de la bavette de percheron enragé. Réservé à ceux qui savent goûter une large rasade de bon vin rouge, sans négliger la lie qui descend avec.

dimanche 24 juin 2018

Craft : White Noise and Black Metal

La première chose qui saute au visage en présence de White Noise and Black Metal et ses poussées mélodiques escarpées et stellaires, à la façon d'un chat de gouttière borgne au pelage violet, l’œil larmoyant de vice, c'est que Craft a suivi la voie qu'on rêvait de le voir prendre, enchaîné dans la même foulée que sur Void, et confirmé qu'il existe bien une esthétique du black astral et lunaire.
Ce qui finit par venir s'y ajouter avec une délectation encore plus grande, c'est le constat qu'on avait bien fait de ranger les représentants de cette dernière - Void, donc, et Defunct Pluto Myhtology, pour les plus évidents - non loin de ceux du black dit gluant, et rampant : Obscurus Advocam, Nunfuck Ritual, Mortuus... Car le nouveau Craft, ce n'est pas là le moindre de ses mérites, évoque furieusement Hell Militia, et s'en vient donc consoler le chagrin qu'on avait éprouvé le jour où l'on s'aperçut que le line-up responsable de Last Station on the Road to Death et Jacob's Ladder était dissout ; ce qui est déjà beau - en sus d'être inespéré ; mais ça n'est pas tout.
Car à côté du fait de fermement s'affilier à une famille, ce que fait ici Craft c'est surtout d'affirmer, de façon on ne peut plus tangible malgré la dimension surréelle et onirique du propos, son riffing à lui, son atmosphère à lui, faite d'autant de rock'n'roll primal (Khold ou Unsane sont des noms auxquels on n'échappera pas davantage qu'à celui de Darkthrone, et d'Aura Noir) que de vitreuses hallucinations, résineuses et raisinées. Car le pire de toute l'affaire est probablement que son caractère fermement tourné vers l'inhumanité des cieux n'empêche pas que White Noise and Black Metal soit, contrairement à Void (qui était, qu'on n'aille pas se méprendre, attachant aussi pour cette raison précise), odieusement groovy ; on y verra une contradiction si on le souhaite (ou que l'on comprend mal le mot "paradoxe") avec l'épithète "gluant" lâché plus haut, mais White Noise and Black Metal glisse à la façon d'une mauvaise plaque de verglas nocturne, sur laquelle sans fin on croirait se viander au ralenti, et à plaisir, en contemplant par avance, le temps étant lui aussi tout fracturé par l'état psychédélique infernal sous le régime surnaturel duquel est placé tout le disque, la ruine de ses propres dents, en un tableau réjouissant au-delà de toute mesure, car la connerie elle non plus n'a certainement pas déserté Craft.
Et de s'apercevoir au bout du compte que Craft sont plus proches que jamais de Darkthrone... mais alors d'un Sardonic Wrath viré, voire tourné, complètement sous l'influence de la lune mexicaine.
L'astre est plein, et le true black en a profité pour changer de planète ; ciao les corniauds.

mardi 19 juin 2018

Marduk : Viktoria

Du diable si je m'attendais... Se prendre une telle tarte d'un album de Marduk, diantre ; j'ai beau nourrir pour le groupe une sympathie certaine quoique mesurée et teintée d'un rien de condescendance, en sus d'être circonscrite aux albums ultérieurs à l'embauche d'Arioch (et encore : Frontschwein, dur dur, hormis le coup de génie "The Blond Beast"), j'ai beau avoir tout récemment renouvelé mon affection à Plague Angel et sa cruauté orageuse et sournoise, ma tendresse à Wormwood avec son Maranatha sous Redbull, et enfin succombé fougueusement au charme de Serpent Sermon : Viktoria paraît bien parti pour prendre en caracolant la tête de mon petit classement personnel. Pas rien, quoique non dénué d'une certaine logique (celle des attentes), pour un disque dont le thème guerrier dans la lignée du précédent laissait à prévoir un album inscrit dans une certaine tradition de Marduk (le mauvais), et imaginer une trajectoire globale qui aurait vu leur volcan humain de dernier chanteur en date, peu à peu se fondre dans un moule fatidique de la bovine médiocrité inertielle du groupe ; mais il était également permis, au moins pour rire, d'à entendre ce ronron bourgeois voire bavarois qu'était le Funeral Mist en face, caresser l'éventualité que ledit furoncle vocal ait réservé toute sa verve, son inspiration et son envie à ce disque-ci, celui du groupe supposé remplir le rôle du crassement bourgeois.
Dans le mille, Emil.
En caracolant, et en vitupérant ainsi qu'une vipère enragée. Le rouge, sobre et explicite, sur le noir de cette minimale pochette ? Arioch. C'est lui. Il réussit cette fois ce qu'il n'avait qu'à moitié accompli avec Frontschwein, à savoir cesser de servir pour Marduk une prestation méritoire ô combien mais potentiellement transposable à un disque de Funeral Mist sans la moindre retouche, à changer de registre - tout en restant dans un niveau d'intensité et de rage démente qui n'appartient qu'à lui pour sûr. A inventer le Mortuus Panzer. Viktoria est un récital de rafales de crachats sanglants, un crépitement intarissable de furie sous forme d'hémoglobine haineuse, un blizzard de sang. Le gars est saisissant, frappant, terrifiant dès la première écoute, et l'effet ne fait plus ensuite que s'affirmer encore ; sauf qu'il ne suffit pas à porter un disque de Marduk seul, même en grande forme, Frontschwein en est bien la preuve - et que cette fois il n'est pas seul.
Les riffs de Viktoria sont à la fois caractéristiquement marduks, tout en se permettant de convoquer, dans l'univoque teinte rouge baignant le disque, ce qu'il y a de plus rouge chez Satyricon, Thorns, Repvblikka ou 1349 - pour le piétiner dans une bouillie bien moins froide que ne le sont tous ceux-là dans leur forme de brutalité, et le transformer en une longue, bouillante et pure crise de fureur charnelle qui ne sent rien tant que son Motörhead (époque Sacrifice), son Slayer, son Monumental Possession et son Blood Angel (ce n'est ni un groupe ni un album). Ah pour sûr, on n'est pas ici dans la lumière, et malgré la simplicité univoque et minimale de son intention, on ne qualifiera pas ce disque de Marduk le plus limpide : leur plus torride et corrosif, en revanche, sans l'ombre d'un doute. N'eussé-je si peur de la fatwa, j'aurais tôt fait de le bombarder jumeau razor-punk de VVorld VVithout End. Rarement aura-t-on à ce point, riff, batterie et chant à l'unisson dans une crise à la fois déchaînée et sévèrement concentrée, incarné le rouge et le cru, et ceux qui ne voient d'horizon que lui ; à commencer par vous, très bientôt.

Marduk : Serpent Sermon

Si Serpent Sermon, dans la catégorie de poids "Maranatha du dimanche matin, y fait beau, enfile un short Le Coq Sportif et va donc acheter des chipos, je fous un rosé au frais", n'égale pas tout à fait Wormwood, qui justement est un peu mois ensoleillé - et pour tout dire mériterait peut-être la catégorisation "Maranatha de petite frappe parvenue en Armani", ou en tous les cas sur un registre moins poétique le mètre-étalon de ce que produire le Arioch-Marduk dans le genre extravagance gominée et râblée - en revanche à côté d' Hekatomb (qui joue exactement dans la même catégorie, soyons factuels), la comparaison est douloureuse.
Ça reste du Marduk, c'est à dire au moins aussi gentil que du early-Gorogoroth mais qui fait plus de fitness - mais alors, v'là l'ambiance de film d'heroic fantasy pseudo-dark et tout gorgé de vicelardise eighties... Imaginez Highlander ou Willow, mais avec que des scènes avec des méchants - des Michael Ironside, des Clancy Brown...
Festif, sautillant, exubérant, plein d'idées - presque trop, "M.A.M.M.O.N." ou Marduk qui tente de se faire aussi son petit moment d'orthodoxie dissonante à la limite du DsO, est-ce bien raisonnable ? n'empêche que c'est plus réussi que sur le dernier Satyricon, disons moins foireux ; mais ne laissons pas subsister de regrettable ambiguïté : Serpent Sermon tente des trucs, mais surtout il en réussit - ce "World of Blades", avec au début ses relents sulfureux d'apocalypse militaire, qui virent au Primordial ou Drudkh sur la fin, c'est brillant, disons le tout net.
En fait, c'est plus simple que cela. Serpent Sermon est le plus limpide des albums de Marduk ; et comme toutes les choses limpides, il est plus aisé d'y lire un bon nombre de choses ; d'une, que Marduk est une sorte de version black de Slayer : quelque chose de massif, d'une méchanceté monstrueusement athlétique voire légèrement, mais toujours ou presque (d'accord : disons quand ils veulent bien s'en donner vraiment la peine) infesté d'un venin sourd mais profond, qui vous souille ; de deux, cet album entièrement dédié au thème sataniste se trouve également leur plus limpide, donc - encore un peu davantage, même, que ne peut uniquement s'imputer à ses puissants accents true black et d'un amour de Bathory déjà aperçu çà ou là par le passé mais jamais de façon aussi grisée qu'ici - et lumineux : ainsi qu'une version toute exultante de joie gladiatrice de Funeral Mist. Il en découlera bientôt pour vous, comme ce fut le cas pour moi, que vous tenez là devant vous le disque le plus maranathesque de Marduk. A bon entendeur (forcément, donc) déçu par un musculeux mais borné Hekatomb, salut.

vendredi 15 juin 2018

Imperial Triumphant : Vile Luxury

On pourrait partir sur l'angle Portal : Imperial Triumphant pour sûr les connaissent et vénèrent, et Vile Luxury sous certains aspects joue encore plus jazz (vous l'avez ? elle est nulle, hein ?). On pourrait choisir aussi l'angle New-York, comme le fait l'appareil promotionnel, à juste titre : Vile Luxury réhabilite, en passant, les cuivres synthétiques bon marché déjà utilisé chez Swans ou Extra Life, toujours délicieux et parfaits pour induire une ambiance parano droguée.
Mais Vile Luxury est surtout du cinéma death metal ; surréaliste, bien entendu : vous avez vu la pochette ? Vous n'avez qu'à aller voir les nouveaux masques qu'exhibent Imperial Triumphant pour compléter l'idée qu'il convent de vous faire : on pensera à Portal et à leur bande-son imaginaire pour un Eyes Wide Shut remanié par David Cronenberg. Vile Luxury est un film avec son onirisme, ses ambiguïtés - Imperial Triumphant, s'il faut encore à tout prix citer Portal, contrairement à ces derniers ne choisit pas particulièrement la brutalité (ni le death metal) ; tout au plus est-ce elle qui le choisit parfois, pour le quitter l'instant d'après, le laissant libre de poursuivre le fil erratique et fantasque de sa dérive nocturne, de son jazz de carnassier sous délirogènes, de sa comédie grinçante de la barbarie géométrique, où un molossoïde éveillé à la torture de la conscience se voit lâché dans une sorte de carnaval de Venise pour y découvrir qu'il tient le rôle de l'agneau. Le grotesque et l'élégance se mêlent comme rarement dans Vile Luxury, tout comme le font l'Italie et Metropolis, et Portal avec Zs - tiens, revoilà New York capitale du barbare bizarre.
Vile Luxury paraît la chitineuse naissance d'un death baroque et insectoïde que l'on ne faisait jusque-là que deviner sous la chrysalide grouillante et frémissante d'Imperial Triumphant, et qui cette fois étend libres, avec grâce et délicatesse, ses membres garnis d'horribles crocs effilés, et ses incompréhensibles autant que longilignes appendices aux articulations en trop grand nombre, dans une irréelle symphonie de stridulations et de grondements gargouillés ; par endroits, ses exquises qualités de danseur rappelleraient presque lointainement Hail Spirit Noir, qui s'inviteraient au cœur de la ruche de Howls of Ebb y esquisser quelques entrechats, avant d'opérer un virevoltant et létal changement de trajectoire avec une intelligence instinctive que Deathspell Omega n'a fait qu'effleurer sur Fas. Mais cette chose-ci suit sa propre horloge, au balancement souple, ample, avide d'emporter la chair dans sa toupie ivre, et sur ses vagues et ses crêtes de glisser, à cru, grisée, insatiablement. Et vous la suivrez, aussi facilement qu'on écoute 400 The Cat ou qu'on s'enfonce dans un polar tout habillé de jazz salissant, et se fait emporter plus loin que prévu.

mercredi 13 juin 2018

Statiqbloom : Blue Moon Blood

Bon, c'est certain : cette musique-ci est très - très - référencée (dites balisée si vous êtes acide). Vieux Front Line, Skinny Puppy vieux mais pas que, et élégante anxiété typée Mentallo & the Fixer. Le résultat eût pu ressembler simplement au premier Decoded Feedback, ce qui est en partie le cas, et déjà beau : Decoded Feedback eux-mêmes feraient mieux de ressembler à leur Overdosing, qu'à leurs disques suivants.
Mais Fade Kainer est un métallicoreux : c'est sans doute la cause qu'il ne sait pas forcément très bien écrire une bonne chanson electro-indus, mais sait en revanche très bien composer un album soigné et fort sur tout ce qui concerne la texture et l'élasticité. Ceci venant s'ajouter à ce que, concernant ses disques de chevet qui sont les mêmes que les miens, Kainer a non seulement un très bon goût mais sais le mettre en pratique dans ses propres mijotés. Et puis malgré les apparences, et un art consommé, admirable d'utiliser les samples de ce qui semble exactement la même façon (et la même provenance) que Skinny Puppy, Statiqbloom possède une façon bien à lui d'agencer les couches et perspectives, et d'y glisser celle de sa voix - à la fois bien présente, en retrait, fuyante en permanence et tranchante comme une plume - pour un mieux-disant trouble, onirique et infectieux.
Ce qui fait que Blue Moon Blood est un très goûtu album d'electro à la façon metal mais sans une goutte de metal dedans. En gros, imaginez un Skinny Puppy paumé quelque part entre les brushings époque Remission/Bites et les errances funambules de Too Dark Park, à chercher l'entrée d'une discothèque pour laquelle il a tout exprès mis sur son 31 sa dégaine de Predator rongé par l'anorexie, la lèpre mentale et les pluies acides. En un mot comme en cent, un album taillé avec distinction dans la soie même de la nuit cyberpunk.
Pas un classique, mais un disque de tastevins pour sûr.

Funeral Mist : Hekatomb

On pourra avoir les aussi longs et sûrement passionnants débats qu'on veut à base de "Maranatha bis", "Maranatha II", les attentes et les subséquents "pouvait-il faire autrement que décevoir ?"... Dieu bénisse.
Quant à moi je sais une chose pour certaine : lorsqu'on est l'auteur de Maranatha, lorsqu'on est capable de cette extravagance-là, on se verra difficilement pardonner pareille courtaude stature que celle dans laquelle croit fanfaronner Hekatomb. "Plat", "petit bras" et tous leurs corollaires : fourbissez les, ils sont de mise, assortis de l'adverbe "redoutablement". Lorsque je veux écouter un album de beumeu rock, épais, maussade et décapsuleur de taupes, j'ai Khold, merci ; et lorsque je veux écouter des brutasses qui rêvent de décadence, j'écoute un Marduk avec leur nouveau chanteur, là, le type un peu loufdingue, j'ai mangé son nom... Pas ce Maranatha re-carrossé chez BMW.
Et je n'ai qu'un mot à dire pour clore vos débats passionnants : Dodheimsgard.

Maintenant, que les amateurs authentiques de black metal disposent de ce disque ; quant à moi, Funeral Mist ne m'intéressait pas parce qu'il était auteur de disques de black metal de sa profession.

samedi 9 juin 2018

True Widow : Avvolgere

En voilà un, de genre transversal, pour lequel le bel esprit trouvera difficilement où donner de la tête. Sonic Youth, The Kills, Robedoor, Liar, Queens of the Stone Age, My Bloody Valentine, Bardo Pond, Nothing... Vous l'avez ?
Narco-rock, pharmarock, médoc-rock, faut avouer qu'on ne sait quel terme choisir. Certains des adeptes ou des albums visés sont plus ou moins rock, c'est assez le cas de cet Avvolgere - je dois confesser que je ne sais pas bien après combien de guerres j'arrive concernant True Widow, je crois les avoir longtemps un peu peu confondu avec justement Robedoor, et serais bien en peine de vous dire s'ils ont déjà fait ce disque combien de fois, ni si en mieux ou moins bien - bref : je voyais ça plus invertébré et saisissant de toxicité médicamenteuse, surtout au vu de la ci-devant pochette - mais tous se doivent pour être éligibles au label d'être groggy, K.O. debouts, demi-morts par boulimie de coton imbibé de pharmacopée.
Et True Widow fait ici partie de ceux qui prouvent une nouvelle fois que c'est possible dans un format rock ; de faire des chansons qui tournent en rond, ne vont nulle part, et s'en branlent comme elles se branlent de tout. Le cool qu'il y a à être un déchet, quand on y réfléchit on ne fait pas plus rock, et Avvolgere là-dessus est encore plus rock que Raw Power et Penance Soirée réunis. L'art de tâtonner, tituber sur place et bégayer sans issue, l'art de mettre la fluidité animale dans les gestes saccadés, mécaniques, du tox hébété.
Hélas, le disque à force de funambulisme gracieux sur la lisière avec la pop, finit par y verser un peu trop, sur sa fin, l'inverse d'une chute de tension qui le libère un rien - de trop - de la sublime molle nausée qu'il échafaudait jusque-là avec une impeccable morosité fiévreuse, un infaillible rien-à-branler juste infusé de ce qu'il faut de mièvrerie délavée jusqu'à l'état de trace de rouille, de sentimentalisme à la consistance de grade amibe, une parfaite succession de chansons qui paraissent toutes déjà entendues, douillettement rebattues et banales dans leur douloureuse beauté lancinante ; comme une dent creuse ou les sensations familières d'un bad récurrent et rassurant.
C'est que c'est pas rien, l'art des petits riens.

vendredi 8 juin 2018

Dark Buddha Rising : II

Vraiment étrange, ce disque. L'impression de tenir un extrait découpé dans le tableau plus vaste d'un album beaucoup plus long (tel que Dark Buddha Rising ou tout autre groupe officiant dans le registre du gros doom de drogués en rendent presque systématiquement, contractuellement, avec parfois d'ailleurs une grande réussite (surtout pour les autres groupes)... mais toujours une part incompressible d'épuisement), pas forcément moins bon pour en être probablement plus dilué, mais pas nécessairement non plus leur utopique meilleur album - mais véritablement comme une irruption in medias res directement quelques secondes avant le meilleur moment de quelque chose de plus grand, celui où soudain tout précipite et notre attention avec...
Et une nouvelle fois, difficile de ne pas recourir à la comparaison cinématographique : II serait une sorte de petit film, de science-fiction bien entendu, droguée et cauchemardesque évidemment, bizarrement compact et qui dès la première image nous catapulterait et immergerait au plus fort d'une action déjà entamée avant notre arrivée, sans prendre la peine de nous expliquer ou poser le contexte, les tenants, aboutissants et autres emmerdements dont la raison principale est de vous montrer qu'il y a un travail de bête derrière - et grand bien lui en prendrait, puisque rapidement voire très rapidement l'on serait bien assez emporté par l'action et son bouillonnement tempêtueux pour en savoir autant que n'importe qui dans ce merdier (imaginez quelque chose faisant intervenir des tyranides, de l'ayahuasca en doses déraisonnables, et des démons antédiluviens, quelque part perdu dans le ventre d'un vaisseau aux couloirs pris dans des températures et hygrométries tropicales), d'autant que bien vite il s'avèrerait que l'on est arrivés juste à point pour l'instant de la manifestation de... quelque chose ; et le logiquement consécutif basculement intégral dans le psychique sans barrières.
Limite on se poserait des questions techniques, intrigués quant à savoir si ces ladres n'auraient pas par hasard eu pour de bon la grandiose extravagance de composer et exécuter tout ce bloc de matière qu'on imagine autour, dans le seul but d'y tailler cette portion de viande quintessentielle - mais en fait on s'en fout, et on se contente surtout de lécher un peu plus le jus qui nous dégouline sur le menton, concentré mais parcimonieux, pour n'en rien perdre.

mercredi 6 juin 2018

Treedeon : Under the Manchineel

Point ne vous enduirai de caca de taureau : cette chronique est sous influence d'une autre, celle d'Elodie Denis pour Noise Mag ; sans cette dernière, peut-être aurais-je continué de me débattre dans l'impuissance de me raccrocher à quoi que ce soit concernant Treedeon ; hormis, assez probablement quand même, des ponts, mais des très branlants et périlleux, façon Indiana Jones, avec Babes in Toyland version cauchemar goudronneux. Mais après cette dernière, je disposai d'une clé précieuse, avec la traduction (et la définition) de "manchineel", que dans ma cossardise et préférant rêver (faut avouer que voilà un substantif qui a du cachet), je ne serais probablement jamais allé chercher : car en vérité, si la musique de Treedeon (que le groupe lui-même choisit de laisser catégorisé avec un point d'interrogation) est quelque chose, c'est de la forêt. La forêt où l'on se perd, et justement au fil de l'album on a tôt fait de s'apercevoir que déjà MoE (tiens, d'ailleurs, qui l'avait chroniqué dans Noise Mag, le 3 ?) et les Swans s'y sont paumés, sans espoir de retour.
D'ailleurs, quoiqu'on pourrait sans trop se forcer trouver un paquet d'autres noms auxquels penser, ces deux-là résument assez bien (en y ajoutant celui des Melvins des moments les plus sacrificiels, pour les passages où Treedeon devient explicite), non pas à quoi ressemble l'ombre inquiétante qui est le son Treedeon, mais où réside le malaise : une sorte, donc, de blues industriel (on parle des Swans qui sont de la même famille qu'Unsane, bien sûr, voire d'une fusion des deux)... des bois. Car enfin : oui, on pense fort à Unsane ; mais pour se rappeler qu'ils ont prêté un batteur à Swans, et aussi qu'ils aiment à finir leurs disques ou leurs concerts - ou ceux des autres, comme j'ai pu en être témoins dans une MJC des quartiers Nord de Marseille vers 95 - en bacchanale industrielle.
Et justement c'est ce dont il s'agit ici : une sorte de rituel d'intoxication au but mal défini, mais dont il paraît clair, si l'on ose dire, qu'elle transporte loin ses adeptes, sous l'ombre de l'arbre malveillant. Un sinistre état de transe, de perte du sens obtenu au cœur d'une casserolade  infernale, moisie de malveillance. Le mal n'a pas besoin au bout du compte de panthéon si exotique ou carnavalesque qu'on le voit le plus souvent, pour s'inviter dans l'existence ; un arbre peut suffire, lorsqu'il est suffisamment mal intentionné.
Et peu à peu de même l'on s'éloigne, des impressions de terrain familier du début (Unsane, Made out of Babies), vers l'inconnu où nous attendent, pour nous y traîner avec elles dans leur pesante boue d'hystérie, ces étranges mélopées : pour un peu, on se sentirait soulagé d'une part de malaise, lorsque, avec une culminance sur le "Wasicu" final, les choses deviennent, si l'on ose dire, plus claires, plus nettement et indubitablement ancrées dans le surnaturel, la magie et la nuit, qu'enfin on met le doigt sur ce qui clochait depuis le début, ce qui paraissait gauchi, la sensation de roue voilée, au cœur même de la dissonance parfois si confortablement codifiée, de cordes désaccordées, sur laquelle brinquebalait cette musique et avec elle la réalité ; voyant ainsi ses soupçons confirmés - et le doigt en question rester collé, par la maléfique résine ou alors autre chose. Le soulagement est, on le devine, relatif.

Limbo : My Whip, your Flesh

Bien sûr, que joue le facteur "ça fait du bien sacré bon sang, de retrouver le vrai truc" - en l'occurrence la dark-wave, dont le ci-devant album de Limbo est un fleuron et un paradigme à l'égal des The Eternal Afflict, Il Giardino Violetto et das Ich : cette même sensation de ridicule et de peur mêlée, devant ces maléfices fiévreux et cette religiosité dans le vampirisme, qui même si c'est peut-être une question d'histoire esthétique personnel, paraît autrement plus habitée et inquiétante que tout l'occultisme déchaîné par les disques de tout le metal qu'on voudra.
Mais une chose s'y ajoute, à savoir qu'à côté de cela, Limbo n'est semblable à nul autre que Limbo ; avec son amour de la reprise tordue - il est permis de se demander lequel est le plus flippant, d'un premier morceau ouvertement rituel qui psalmodie de longues minutes durant "Meo penis in tua vulva" d'une voix de goule cadavérique, ou bien de la "Venus in Furs", croassée par un Quasimodo que l'on entend distinctement, dans sa poussiéreuse croonerie énamourée, se frotter des mains obséquieuses, aussi fripées que moites d'une dévotion caquetante de concupiscence - et puis sa façon sans pareil de marier avec une gourmandise réjouissante et contagieuse Diamanda Galas et Calva y Nada dans les matériaux pour la confection de ses chansonnettes perverses, Mynox Layh et Kirlian Camera, Kraftwerk et Sigillum S... L'appétit ne connaît pas les barrières, pas vrai ?
Difficile, en vérité, de décider ce qui est le plus inquiétant chez Limbo (ou plus globalement si c'est My Whip Your Flesh ou bien plutôt le tératologiquement potache Siliciolatra) - à moins que ce ne soit, précisément, cette incertitude permanente.

mardi 5 juin 2018

Bloody Hammers : Lovely Sort of Death

Cette fois le compte est bon. Si vous croyez aimer le goth mais qu'en fait, ce que vous aimez c'est le bon goût et la réserve, vous ne survivrez pas à Lovely Sort of Death.
Sinon, foncez, c'est le bonheur qui vous attend. Les arrangements qui changent Glen Danzig en Albator sur fond de galaxies mauves, les riffs qui jettent de solides ponts entre London After Midnight et Bon Jovi... L'album ne possède pas la perfection à laquelle il mérite pourtant d'atteindre, parce que sur sa fin - "Ether" - il se laisse aller à être trop doom metal, trop pur dans un genre et ses bottes (toutes proportions bien sûr gardées), il perd sa substance magique : ce n'est pas que "Ether" soit foncièrement mauvaise, mais il y a tellement mieux à faire, et de quoi sert-elle - lorsqu'il y aurait eu matière à encore de mille façons plus délicieuses les unes que les autres, confondre grunge avec une sorte de variété électro-glam-wave de Type O Negative, Soundgarden et Project Pitchfork, que sais-je encore - avec tout l'équipement cossu à disposition dans les accueillantes ombres des salles de torture aux parois satinées sous un château rococo ? Qu'est-ce qui est interdit, qu'est-ce qui est impossible, je vous le demande, à un groupe capable d'improbables joyaux de guimauve tels que "Lights Come Alive" (c'est U2, que j'entends se convertir au cuir, ou bien ? accrochez vous cependant, la première j'ai cru vomir, devant sa douceur), de roustes héroïques du gabarit de "Messalina" - ou encore tout simplement, comme sur The Horrific Case of, des refrains glam aussi impitoyables, au musc aussi inoubliable que celui d' "Infinite Gaze to the Sun" ?
A partir de là, du reste - "Ether", donc, en septième position sur dix chansons - le charme fatalement est rompu, et plus rien ne viendra nous renverser, comme tout ou presque le faisait jusque là. Tout le reste se cantonnera dans le règne de l'ordinaire, du matériel, du naturel, du bon (bien des groupes de heavy feraient encore volontiers les yeux de poisson mort pour avoir les poubelles de "The Astral Traveller"). La tristesse est grande, très grande ; ce ne sont pas là des façons de finir un album, non messieurs dames ; pas lorsque l'on s'est soi-même condamné à l'impeccable.