dimanche 24 juin 2018

Craft : White Noise and Black Metal

La première chose qui saute au visage en présence de White Noise and Black Metal et ses poussées mélodiques escarpées et stellaires, à la façon d'un chat de gouttière borgne au pelage violet, l’œil larmoyant de vice, c'est que Craft a suivi la voie qu'on rêvait de le voir prendre, enchaîné dans la même foulée que sur Void, et confirmé qu'il existe bien une esthétique du black astral et lunaire.
Ce qui finit par venir s'y ajouter avec une délectation encore plus grande, c'est le constat qu'on avait bien fait de ranger les représentants de cette dernière - Void, donc, et Defunct Pluto Myhtology, pour les plus évidents - non loin de ceux du black dit gluant, et rampant : Obscurus Advocam, Nunfuck Ritual, Mortuus... Car le nouveau Craft, ce n'est pas là le moindre de ses mérites, évoque furieusement Hell Militia, et s'en vient donc consoler le chagrin qu'on avait éprouvé le jour où l'on s'aperçut que le line-up responsable de Last Station on the Road to Death et Jacob's Ladder était dissout ; ce qui est déjà beau - en sus d'être inespéré ; mais ça n'est pas tout.
Car à côté du fait de fermement s'affilier à une famille, ce que fait ici Craft c'est surtout d'affirmer, de façon on ne peut plus tangible malgré la dimension surréelle et onirique du propos, son riffing à lui, son atmosphère à lui, faite d'autant de rock'n'roll primal (Khold ou Unsane sont des noms auxquels on n'échappera pas davantage qu'à celui de Darkthrone, et d'Aura Noir) que de vitreuses hallucinations, résineuses et raisinées. Car le pire de toute l'affaire est probablement que son caractère fermement tourné vers l'inhumanité des cieux n'empêche pas que White Noise and Black Metal soit, contrairement à Void (qui était, qu'on n'aille pas se méprendre, attachant aussi pour cette raison précise), odieusement groovy ; on y verra une contradiction si on le souhaite (ou que l'on comprend mal le mot "paradoxe") avec l'épithète "gluant" lâché plus haut, mais White Noise and Black Metal glisse à la façon d'une mauvaise plaque de verglas nocturne, sur laquelle sans fin on croirait se viander au ralenti, et à plaisir, en contemplant par avance, le temps étant lui aussi tout fracturé par l'état psychédélique infernal sous le régime surnaturel duquel est placé tout le disque, la ruine de ses propres dents, en un tableau réjouissant au-delà de toute mesure, car la connerie elle non plus n'a certainement pas déserté Craft.
Et de s'apercevoir au bout du compte que Craft sont plus proches que jamais de Darkthrone... mais alors d'un Sardonic Wrath viré, voire tourné, complètement sous l'influence de la lune mexicaine.
L'astre est plein, et le true black en a profité pour changer de planète ; ciao les corniauds.

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