mardi 26 juin 2018

Embrace of Thorns : Scorn Aesthetics

Ou : comment la vie de mange-disques n'est pas question uniquement d'attentes, mais encore de moment.
La raison de mes successifs rendez-vous manqués avec Embrace of Thorns était l'attente chaque fois, a priori, de quelque chose de plus sale que ce que j'entendais, née d'une confusion-approximation entre eux, Undergang (je n'avais pas encore eu le crush pour ceux-ci) et Witchrist, en gros. La raison du succès enfin de ce présent dernier rencard en date est la prise de conscience de cette attente parfaitement indépendante de ce qu'ils sont réellement, et la rencontre pleine et entière, précisément, de ce qu'ils sont - et le fait que cette nature tombe à point nommé lors que, il faut se l'avouer, on a un peu fait le tour de toute cette vogue du sale et de l'infra-death sub-occulte, avec tous ses séides sulfureusement interchangeables, ses fastidieuses processions tournoyantes en rond où rien ne ressemble plus à un riff fuligineux qu'un autre riff fuligineux - et même ses valeurs sûres qui s'affaissent un brin (Grave Upheaval, quelle peine...).
Ce qu'il y a, réellement, dans Embrace of Thorns, c'est cela : de la fraîcheur. Une née de cette emphase et ferveur qu'on a envie de dire typiquement hellénique, puisqu'on ne sait si c'est plutôt à Horrified, à Septic Flesh ou encore à Dead Congregation qu'on pense le plus fort - et pourtant d'une grande et palpable modestie (vous pouvez donc après tout rayer Septic Flesh ; et Dead Congregation aussi pendant que vous y êtes) ; alors même que ce disque, de leur propre aveu, est leur plus emphatique, tout pétri qu'il est d'intentions de requiem. Une simplicité barbare qui est une grandeur, qui fatalement fait brûler les lèvres le nom de Bölzer, une sévère et sincère rusticité mélodique évocatrice du vieux Paradise Lost, parcourent de bout en bout ce qui ressemble furieusement à une symphonie... furieuse, paraissant presque entièrement dirigée par une batterie prodigieuse, virevoltante dans sa bestialité, renfrognée et exultante à la fois. L'album est invraisemblable d'absence de chichis et de salamalecs, pour une chose aussi grandiloquente que lui et l'esthétique où il s'inscrit, mais uniquement selon ses propres termes ; un manifeste brillant - d'une brillance de ténèbres vineuses, bien entendu - de toute la crudité que peut convoquer le black/death, lorsqu'il n'est pas joué à l'envers de tout bon sens et pour maximiser le potentiel intolérablement pompeux des deux composantes, c'est à dire.
Alors oui, pour sûr, on n'est pas ici dans les beautés ostensiblement, ostentatoirement, outrancièrement intoxiquées et sur-surnaturelles du metal post-néo-zélandais qui a fleuri au-delà de l’écœurement agréable ces dernières années  (à la rigueur, Weapon et Rites of Thy Degringolade, dans cette famille-là) ; plutôt, nettement, solidement, farouchement, sur un registre très XIXème ; l'occultisme païen bien épais barbouillé à la peinture de sang sur les parois de la caverne, en sus. Un condensé à la fois de ce que le metal, et sa quintessence le heavy, peut avoir d'exubérant, et de ce que sa version extrême peut apporter de sévérité focalisée et affutée. De l'authentique tartare de metal au couteau, musqué comme de la bavette de percheron enragé. Réservé à ceux qui savent goûter une large rasade de bon vin rouge, sans négliger la lie qui descend avec.

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