vendredi 15 juin 2018

Imperial Triumphant : Vile Luxury

On pourrait partir sur l'angle Portal : Imperial Triumphant pour sûr les connaissent et vénèrent, et Vile Luxury sous certains aspects joue encore plus jazz (vous l'avez ? elle est nulle, hein ?). On pourrait choisir aussi l'angle New-York, comme le fait l'appareil promotionnel, à juste titre : Vile Luxury réhabilite, en passant, les cuivres synthétiques bon marché déjà utilisé chez Swans ou Extra Life, toujours délicieux et parfaits pour induire une ambiance parano droguée.
Mais Vile Luxury est surtout du cinéma death metal ; surréaliste, bien entendu : vous avez vu la pochette ? Vous n'avez qu'à aller voir les nouveaux masques qu'exhibent Imperial Triumphant pour compléter l'idée qu'il convent de vous faire : on pensera à Portal et à leur bande-son imaginaire pour un Eyes Wide Shut remanié par David Cronenberg. Vile Luxury est un film avec son onirisme, ses ambiguïtés - Imperial Triumphant, s'il faut encore à tout prix citer Portal, contrairement à ces derniers ne choisit pas particulièrement la brutalité (ni le death metal) ; tout au plus est-ce elle qui le choisit parfois, pour le quitter l'instant d'après, le laissant libre de poursuivre le fil erratique et fantasque de sa dérive nocturne, de son jazz de carnassier sous délirogènes, de sa comédie grinçante de la barbarie géométrique, où un molossoïde éveillé à la torture de la conscience se voit lâché dans une sorte de carnaval de Venise pour y découvrir qu'il tient le rôle de l'agneau. Le grotesque et l'élégance se mêlent comme rarement dans Vile Luxury, tout comme le font l'Italie et Metropolis, et Portal avec Zs - tiens, revoilà New York capitale du barbare bizarre.
Vile Luxury paraît la chitineuse naissance d'un death baroque et insectoïde que l'on ne faisait jusque-là que deviner sous la chrysalide grouillante et frémissante d'Imperial Triumphant, et qui cette fois étend libres, avec grâce et délicatesse, ses membres garnis d'horribles crocs effilés, et ses incompréhensibles autant que longilignes appendices aux articulations en trop grand nombre, dans une irréelle symphonie de stridulations et de grondements gargouillés ; par endroits, ses exquises qualités de danseur rappelleraient presque lointainement Hail Spirit Noir, qui s'inviteraient au cœur de la ruche de Howls of Ebb y esquisser quelques entrechats, avant d'opérer un virevoltant et létal changement de trajectoire avec une intelligence instinctive que Deathspell Omega n'a fait qu'effleurer sur Fas. Mais cette chose-ci suit sa propre horloge, au balancement souple, ample, avide d'emporter la chair dans sa toupie ivre, et sur ses vagues et ses crêtes de glisser, à cru, grisée, insatiablement. Et vous la suivrez, aussi facilement qu'on écoute 400 The Cat ou qu'on s'enfonce dans un polar tout habillé de jazz salissant, et se fait emporter plus loin que prévu.

2 commentaires:

Blackwineorder a dit…

Grand Merci à Toi, je viens de découvrir Imperial Triumphant.
Abyssal Gods, grandiose et innovant.
Ma préférence va au ep inceste est tout simplement splendide, un vrai cauchemar progressif. Beaucoup de Zorn et Naked City également, line up oblige.
Il me tarde d'écouter ce nouvel album.

gulo gulo a dit…

Tu peux t'attendre à quelque chose qui "capitalise" sur les acquits des deux (ma préférence va également à Inceste, entre ceux-ci ; mais entre Inceste et Vile Luxury, difficile de trancher).