mardi 19 juin 2018

Marduk : Viktoria

Du diable si je m'attendais... Se prendre une telle tarte d'un album de Marduk, diantre ; j'ai beau nourrir pour le groupe une sympathie certaine quoique mesurée et teintée d'un rien de condescendance, en sus d'être circonscrite aux albums ultérieurs à l'embauche d'Arioch (et encore : Frontschwein, dur dur, hormis le coup de génie "The Blond Beast"), j'ai beau avoir tout récemment renouvelé mon affection à Plague Angel et sa cruauté orageuse et sournoise, ma tendresse à Wormwood avec son Maranatha sous Redbull, et enfin succombé fougueusement au charme de Serpent Sermon : Viktoria paraît bien parti pour prendre en caracolant la tête de mon petit classement personnel. Pas rien, quoique non dénué d'une certaine logique (celle des attentes), pour un disque dont le thème guerrier dans la lignée du précédent laissait à prévoir un album inscrit dans une certaine tradition de Marduk (le mauvais), et imaginer une trajectoire globale qui aurait vu leur volcan humain de dernier chanteur en date, peu à peu se fondre dans un moule fatidique de la bovine médiocrité inertielle du groupe ; mais il était également permis, au moins pour rire, d'à entendre ce ronron bourgeois voire bavarois qu'était le Funeral Mist en face, caresser l'éventualité que ledit furoncle vocal ait réservé toute sa verve, son inspiration et son envie à ce disque-ci, celui du groupe supposé remplir le rôle du crassement bourgeois.
Dans le mille, Emil.
En caracolant, et en vitupérant ainsi qu'une vipère enragée. Le rouge, sobre et explicite, sur le noir de cette minimale pochette ? Arioch. C'est lui. Il réussit cette fois ce qu'il n'avait qu'à moitié accompli avec Frontschwein, à savoir cesser de servir pour Marduk une prestation méritoire ô combien mais potentiellement transposable à un disque de Funeral Mist sans la moindre retouche, à changer de registre - tout en restant dans un niveau d'intensité et de rage démente qui n'appartient qu'à lui pour sûr. A inventer le Mortuus Panzer. Viktoria est un récital de rafales de crachats sanglants, un crépitement intarissable de furie sous forme d'hémoglobine haineuse, un blizzard de sang. Le gars est saisissant, frappant, terrifiant dès la première écoute, et l'effet ne fait plus ensuite que s'affirmer encore ; sauf qu'il ne suffit pas à porter un disque de Marduk seul, même en grande forme, Frontschwein en est bien la preuve - et que cette fois il n'est pas seul.
Les riffs de Viktoria sont à la fois caractéristiquement marduks, tout en se permettant de convoquer, dans l'univoque teinte rouge baignant le disque, ce qu'il y a de plus rouge chez Satyricon, Thorns, Repvblikka ou 1349 - pour le piétiner dans une bouillie bien moins froide que ne le sont tous ceux-là dans leur forme de brutalité, et le transformer en une longue, bouillante et pure crise de fureur charnelle qui ne sent rien tant que son Motörhead (époque Sacrifice), son Slayer, son Monumental Possession et son Blood Angel (ce n'est ni un groupe ni un album). Ah pour sûr, on n'est pas ici dans la lumière, et malgré la simplicité univoque et minimale de son intention, on ne qualifiera pas ce disque de Marduk le plus limpide : leur plus torride et corrosif, en revanche, sans l'ombre d'un doute. N'eussé-je si peur de la fatwa, j'aurais tôt fait de le bombarder jumeau razor-punk de VVorld VVithout End. Rarement aura-t-on à ce point, riff, batterie et chant à l'unisson dans une crise à la fois déchaînée et sévèrement concentrée, incarné le rouge et le cru, et ceux qui ne voient d'horizon que lui ; à commencer par vous, très bientôt.

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