mercredi 6 juin 2018

Treedeon : Under the Manchineel

Point ne vous enduirai de caca de taureau : cette chronique est sous influence d'une autre, celle d'Elodie Denis pour Noise Mag ; sans cette dernière, peut-être aurais-je continué de me débattre dans l'impuissance de me raccrocher à quoi que ce soit concernant Treedeon ; hormis, assez probablement quand même, des ponts, mais des très branlants et périlleux, façon Indiana Jones, avec Babes in Toyland version cauchemar goudronneux. Mais après cette dernière, je disposai d'une clé précieuse, avec la traduction (et la définition) de "manchineel", que dans ma cossardise et préférant rêver (faut avouer que voilà un substantif qui a du cachet), je ne serais probablement jamais allé chercher : car en vérité, si la musique de Treedeon (que le groupe lui-même choisit de laisser catégorisé avec un point d'interrogation) est quelque chose, c'est de la forêt. La forêt où l'on se perd, et justement au fil de l'album on a tôt fait de s'apercevoir que déjà MoE (tiens, d'ailleurs, qui l'avait chroniqué dans Noise Mag, le 3 ?) et les Swans s'y sont paumés, sans espoir de retour.
D'ailleurs, quoiqu'on pourrait sans trop se forcer trouver un paquet d'autres noms auxquels penser, ces deux-là résument assez bien (en y ajoutant celui des Melvins des moments les plus sacrificiels, pour les passages où Treedeon devient explicite), non pas à quoi ressemble l'ombre inquiétante qui est le son Treedeon, mais où réside le malaise : une sorte, donc, de blues industriel (on parle des Swans qui sont de la même famille qu'Unsane, bien sûr, voire d'une fusion des deux)... des bois. Car enfin : oui, on pense fort à Unsane ; mais pour se rappeler qu'ils ont prêté un batteur à Swans, et aussi qu'ils aiment à finir leurs disques ou leurs concerts - ou ceux des autres, comme j'ai pu en être témoins dans une MJC des quartiers Nord de Marseille vers 95 - en bacchanale industrielle.
Et justement c'est ce dont il s'agit ici : une sorte de rituel d'intoxication au but mal défini, mais dont il paraît clair, si l'on ose dire, qu'elle transporte loin ses adeptes, sous l'ombre de l'arbre malveillant. Un sinistre état de transe, de perte du sens obtenu au cœur d'une casserolade  infernale, moisie de malveillance. Le mal n'a pas besoin au bout du compte de panthéon si exotique ou carnavalesque qu'on le voit le plus souvent, pour s'inviter dans l'existence ; un arbre peut suffire, lorsqu'il est suffisamment mal intentionné.
Et peu à peu de même l'on s'éloigne, des impressions de terrain familier du début (Unsane, Made out of Babies), vers l'inconnu où nous attendent, pour nous y traîner avec elles dans leur pesante boue d'hystérie, ces étranges mélopées : pour un peu, on se sentirait soulagé d'une part de malaise, lorsque, avec une culminance sur le "Wasicu" final, les choses deviennent, si l'on ose dire, plus claires, plus nettement et indubitablement ancrées dans le surnaturel, la magie et la nuit, qu'enfin on met le doigt sur ce qui clochait depuis le début, ce qui paraissait gauchi, la sensation de roue voilée, au cœur même de la dissonance parfois si confortablement codifiée, de cordes désaccordées, sur laquelle brinquebalait cette musique et avec elle la réalité ; voyant ainsi ses soupçons confirmés - et le doigt en question rester collé, par la maléfique résine ou alors autre chose. Le soulagement est, on le devine, relatif.

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