samedi 9 juin 2018

True Widow : Avvolgere

En voilà un, de genre transversal, pour lequel le bel esprit trouvera difficilement où donner de la tête. Sonic Youth, The Kills, Robedoor, Liar, Queens of the Stone Age, My Bloody Valentine, Bardo Pond, Nothing... Vous l'avez ?
Narco-rock, pharmarock, médoc-rock, faut avouer qu'on ne sait quel terme choisir. Certains des adeptes ou des albums visés sont plus ou moins rock, c'est assez le cas de cet Avvolgere - je dois confesser que je ne sais pas bien après combien de guerres j'arrive concernant True Widow, je crois les avoir longtemps un peu peu confondu avec justement Robedoor, et serais bien en peine de vous dire s'ils ont déjà fait ce disque combien de fois, ni si en mieux ou moins bien - bref : je voyais ça plus invertébré et saisissant de toxicité médicamenteuse, surtout au vu de la ci-devant pochette - mais tous se doivent pour être éligibles au label d'être groggy, K.O. debouts, demi-morts par boulimie de coton imbibé de pharmacopée.
Et True Widow fait ici partie de ceux qui prouvent une nouvelle fois que c'est possible dans un format rock ; de faire des chansons qui tournent en rond, ne vont nulle part, et s'en branlent comme elles se branlent de tout. Le cool qu'il y a à être un déchet, quand on y réfléchit on ne fait pas plus rock, et Avvolgere là-dessus est encore plus rock que Raw Power et Penance Soirée réunis. L'art de tâtonner, tituber sur place et bégayer sans issue, l'art de mettre la fluidité animale dans les gestes saccadés, mécaniques, du tox hébété.
Hélas, le disque à force de funambulisme gracieux sur la lisière avec la pop, finit par y verser un peu trop, sur sa fin, l'inverse d'une chute de tension qui le libère un rien - de trop - de la sublime molle nausée qu'il échafaudait jusque-là avec une impeccable morosité fiévreuse, un infaillible rien-à-branler juste infusé de ce qu'il faut de mièvrerie délavée jusqu'à l'état de trace de rouille, de sentimentalisme à la consistance de grade amibe, une parfaite succession de chansons qui paraissent toutes déjà entendues, douillettement rebattues et banales dans leur douloureuse beauté lancinante ; comme une dent creuse ou les sensations familières d'un bad récurrent et rassurant.
C'est que c'est pas rien, l'art des petits riens.

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