Articles

Affichage des articles du juillet, 2018

Statiqbloom : Infinite Spectre

Image
Luxueux. Comme vous l'imaginerez d'emblée si je parle d'intersection entre Mentallo & the Fixer et Pain Station.
Avec sa courte durée, Infinite Spectre, mécaniquement, souffre moins que Blue Moon Blood de sensations de délayage, redite, camaïeu de noir velours sur noir soie - mais grouille d'idées brillantes, donnant à échafauder mentalement pour chaque morceau, bien plus qu'un clip, son propre petit film sensoriel, tant la musique de Statiqbloom s'avère toujours plus visuelle, évocatrice, hallucinogène.
Ou bien sont-ce vraiment des idées, proprement dites ? Sur le fond, Kainer ne prend pas de risques - et aussi pourquoi le faire, lorsqu'on montre pareille maîtrise ? - continuant d'ouvrer son Mentallo calligraphié à l'encre de Chine de marque Skinny Puppy "plus noir que noir", mais sapé en smoking sur mesure - et c'est précisément là qu'entre en jeu son talent à nul autre pareil ; celui du détail, dans le sens noble du terme ;…

Slidhr : Spit of the Apostate

Image
Alors là, si l'on s'était retenu au moment de The Futile Fires of Man de lâcher le nom pour ne pas surcharger de références un disque unique en son genre, il va s'avérer difficile pour le coup de ne pas s'extasier : on n'avait pas entendu aussi spectral depuis Glorification of Pain, ou même à remonter jusqu'à la lecture du fameux passage sur les hauts des Galgals et toutes les allusions au lugubre Angmar, chez Tolkien. Pour autant, il ne s'agirait pas d'ailler faire l'erreur de croire que Spit of the Apostate se puisse cantonner à un seul registre esthétique, et que celui-ci soit l'heroic fantasy, l'archaïque, le médiéval, le naturiste. Le spectre dont on est la proie terrorisée autant que grisée, ici, dérive à l'aise aussi bien dans la forêt que dans la matrice des réalités dégradées du futur ; comme qui dirait, mais surtout au sens figuré et analytique, que l'on penserait autant à Blut aus Nord, celui de Ultima …

Nothing : Dance on the Blacktop

Image
On continue, par tranches d'un ou plusieurs morceaux sur Dance on the Blacktop, d'avoir la réconfortante mais ronronnante sensation de se tenir devant, si peut-être pas le même type d'exercice extrême que Wrong, du moins la même espèce de groupe hommage à une époque, respectueusement et solidement appliqué à pondre de nouveaux morceaux d'un genre clos, dans un périmètre clos, dont il met un sérieux tout Américain à ne surtout pas sortir - la sensation que les riffs et les déroulements des morceaux sont pas tout à fait déjà entendus mais presque, cette délicieusement, doucereuse fuyante sensation de déjà vu ; un truc bobo, cousu main avec exclusivement des ingrédients certifiés d'époque, recyclés ; un doudou.
C'est tout ce qui empêche le disque de s'arracher tout à fait au sol, à la boue, et que s'avance un Grand Album, sous cette Catwoman incarnée par Valérie Lemercier. Parce que glissés entre ces morceaux, il y a les autres ; ceux où Nothing, divineme…

Uniform : The Long Walk

Image
Ce qui a changé entre le premier et le second Uniform ? Tout et rien. Ce rien qui change tout. Uniform a choisi, consciemment ou pas peu importe, de moins appuyer sur le côté démonstratif et volontaire de la violence en lui ; moins sur le côté Ministry, que sur le côté Joy Division, lesquels sont deux faces de la même pièce, évidemment, je vous renvoie à la reprise de "The light pours out of me" sur Animositisomina, et à Pailhead. Pourquoi aller chercher la violence chez ce qu'il y a de plus mécanisé chez Ministry, lorsque la violence dans les mouvements de pantin qui secouent la musique de Joy Division est telle, lorsqu'elle est cette chose qui semble chercher à désarticuler et démantibuler, on ne sait bien qui de nous ou d'elle-même, mais avec la dernière des fureurs désespérées et terrorisées ? Comme Joy Division ou encore Godflesh, pourquoi s'appliquer à toute force à causer la peur, lorsque le simple aveu cru et l'exhibition de son propre état de te…

High on Fire : The Art of Self Defense

Image
Les racines de High on Fire ; discrètes comme une montagne - non : comme La Montagne - au milieu du désert. Sleep, et au-delà, sommet encore plus écrasant dans le lointain poussiéreux, fantôme impossible à méconnaître pesant sur l'horizon écrasé de chaleur et les vermisseaux de ses mirages : Black Sabbath.
Et malgré la taille imposante de tout cela, qui s'expose ainsi sans détour, avec l'ingénuité de la jeunesse : déjà une personnalité impossible à ignorer, crue itou, et sauvage, et imposante à égalité malgré son caractère impulsif, peu consciente encore d'elle-même ; une putain de personnalité. Celle du barbare qu'on va rapidement apprendre à connaître, redouter et admirer, bien entendu. High on Fire tout pataud, le sang épaissi et ralenti par le hashish du Vieux, c'est déjà du High on Fire.
Sans compter que - je l'ai déjà dit, ou pas ? - The Art of Self Defense est, en regard des albums à suivre, d'une crudité incomparable ; lenteur ou pas, voici leur…

Jesus Piece : Only Self

Image
Que l'on y songe un instant honnêtement : si l'on continue, malgré une blase justifiée, à mollement mais maladivement "checker" régulièrement, disons, un groupe sur trois dans cette dérive sans fin que suit le hardcore depuis on ne sait plus quand au juste, où se situe le commencement de l'escalade sans fin vers la stérile absence de conclusion, Cursed ? His Hero is Gone ? This Gift is a Curse ? Celeste ? Black Sheep Wall ? - bref, si l'on continue à suivre à demi-machinalement, comme on télécharge la nouvelle saison de Game of Thrones alors même qu'on n'est pas foutu de se rappeler qui veut buter qui, ou qui l'a d'ailleurs déjà fait depuis deux saisons, l'oiseuse et indécise errance de ce qu'on appelle chaque fois d'un nom différent, lequel sera, pour aujourd'hui, "gros chaoticrust qui tâche" : ne serait-ce pas parce que, tout simplement, plutôt qu'un n-ième changejeu, on attend toujours avec espoir un nouveau ch…

Lurk : Fringe

Image
Lurk a toujours été un monstre, un truc difforme qui ressemble à rien ; simplement, où les deux disques précédents l'étaient en creux, en négatif, toujours indécis entre dépression et death'n'roll (au ralenti), entre Pungent Stench et Indesinence, entre Entombed et Paradise Lost... stagnant dans un terne plein de promesses que cependant ils ne parvenaient pas à concrétiser, irrépressiblement fascinant mais qu'ils ne parvenaient pas à rendre grisant ; ni sludgedoom ni deathdoom et donc nulle part malgré une palpable ambiance aussi prometteuse que frustrante, malgré une singularité sensible dès leurs pochettes étranges - Fringe, enfin, l'est de façon positive, assumée, conquérante, affirmée, extravagante, extravertie, toute timidité mise de côté... Un bel et vigoureux monstre. On pense d'emblée à Sludge, qui mélangeaient Celtic Frost, Samael et Alice in Chains, ou à Hooded Menace, qui eux touillent ensemble Katatonia et Winter ; voire à Herem…

P.H.O.B.O.S : Phlogiston Catharsis

Image
Les teasers et autres avant-premières, surtout pour les musiques pas spécialement taillées pour cartonner au format tube : la plupart du temps, cela ne sert au mieux à rien, au pire à se faire une fausse idée du disque qu'elles annoncent mais ne présagent, justement, pas : combien d'albums me paraissaient fumants (Ilsa, si tu m'entends : je pleure encore, un peu, les fois où je pense à Corpse Fortress) avant de les entendre entiers, combien d'autres m'ennuyaient poliment extrait après extrait avant de me faire cueillir comme une midinette par leur matière complète...
Mais des fois, non. L'extrait de Phlogiston Catharsis, on le sentait d'instinct, annonçait pour le meilleur ce que montrerait le disque, de P.H.O.B.O.S ; un groupe qui, pour autant que son Atonal Hypermnesia avait pu brillamment faire penser à un Blut aus Nord dévoré par l'extase de quelque ignoble dégénérescence tombée des étoiles, n'avait pas cédé à la tentation de l'escalade dan…

Nuisible : Slaves and Snakes

Image
Jouer Entombed (car, d'évidence, Nuisible est du nombre de ces groupes dont on ne peut parler sans citer l'influence majeure qui saute aux oreilles à chaque instant, et n'en souffrent pas un (instant), tant ils y ressemblent plutôt par les gènes assumés qui sont l'apanage des enfants aimants, que par l'ostentation qui est le chancre des idolâtres), comme si c'était là le nom d'un des hirsutes fondateurs du black metal norvégien : voici Nuisible, en simplifiant juste un peu. On pourrait presque y voir, en quelque sorte, une forme inédite de crossover.
On l'a déjà dit probablement mais il est des choses qu'on a toujours un plaisir sans chichis à répéter : Nuisible, leur tour de passe-passe éminemment chérissable, c'est qu'ils te font reluire le punk dans Entombed sans passer, comme les ricains n'arrivent jamais à l'éviter, par la case hardcore moderne ; tout juste à la rigueur celui, moins frais sorti du barbier, de Biohazard, All Out…

Buñuel : The Easy Way Out

Image
Voilà donc ce qui, on n'osait se l'avouer mais le corps lui savait - manquait au dernier Oxbow, l'un peu trop auguste, un peu trop intelligent, et légèrement chiant Thin Black Duke : ce que le noise rock peut avoir d'un peu con - d'un peu cul.
Heureusement, les Italiens sont là. Ce n'est pas tout à fait le premier Todd, peut-être sont-ce un peu davantage les Jesus Lizard tardifs qui ressuscitent, ou bien, en filigrane, le mariage clandestin de Cop Shoot Cop et Dazzling Killmen qui se dessine - parce que, ne vous y trompez pas, l'Eugene ne se commet pour autant ici dans le jeunisme, et Buñuel n'est pas son embarrassante décapotable rouge. On reste dans un noise rock qui ne renie pas sa part intello, non plus que sa part d'alcoolisme jouisseur, s'entend.
La jouissance inclut la méditation, une certaine forme de celle-ci, du moins, lorsqu'elle se pratiques dans des les flottements de rythmiques ainsi légèrement détachées des strictes bornes de…

Malthusian : Across Deaths

Image
Portal, oui, bien sûr. Mais Portal avec en soubassement une sensualité - les lignes de basse... - digne du noise-rock math/chaotique le plus fiévreux, et le surplombant une migraine à tout casser ; pour sûr, ceux qui restent sur leur faim avec la tournure froide et électrique prise par les horlogers, sournoisement, depuis Swarth, et carrément embrassée sur Ion, vont retrouver ici l'oppressante chaleur de ruche où nous momifiait Outre dans son bourdonnement insane. Et d'insanité aussi il va être question du reste, avec Across Deaths, puisque Malthusian ne vivent pas en creux, en négatif, ce qu'ils peuvent avoir de nettement moins insectoïde (malgré tout) que l'illustre modèle, mais à bras le corps, et qu'ils font resplendir bien haut - façon de parler, vue l'huileuse et reptile brume qu'est cette musique - l'humaine démence qui est leur lot : un peu comme Imperial Triumphant sur Inceste, si l'on veut, mais d'une façon ici plus …

The Secret : Lux Tenebris

Image
The Secret n'ont assurément pas inventé le principe du safari bûcheron en Norvège avec une tronçonneuse suédoise. Mais avec leur nouveau court, ils s'essaient aux formats longs, et un peu comme peut le faire Hexis - avec, eux, des formats généralement très courts - ils en font l'occasion de pour le coup brouiller assez réellement - si l'on peut dire - les pistes, s'éloignant insidieusement mais sensiblement du blackballou-core, entre hardcore post-Cursed et black post-orthodox, les parties de dialogue entre stroboscopes et symphonies forestières dans le froid nocturne étincelant...
Mais enfin, bon, ce que prouve Lux Tenebris (on aurait pu d'ailleurs, cyniquement, s'en douter dès ce titre), c'est une énième fois que si les Italiens ont assurément du vice à revendre, ce n'est du moins pas au rayon black metal. Lux Tenebris n'est pas véritablement mauvais ; il est un peu désuet, un peu naïf : profondément attendrissant. On n'ira pas, en…

Saltas : Currents / Parasites

Image
Dû, je ne saurais me permettre de le dire, mais voici en tout état de cause ce qu'aurait pu être le second Grave Upheaval - n'eût-il, étrangement, choisi de donner dans le "plus de métal" (à entendre au sens de "beaux longs cheveux virils"). Sale, sale, sale ; à vous en fiche des encéphalites spongiformes à chaque fétide soupir morne ; bourbeux, également, comme bien peu. Ainsi que, évidemment, sordide, pathétique, misérable, bon marché, désespéré comme une production Bunkur (quand vous voulez, la suite), ou la plate hideur d'un Moss ; ou peut-être plutôt, afin que l'on aille point, de façon tout à fait malencontreuse, s'attendre chez Saltas à du torture-doom en grosses entrecôtes bouchères avariées à 1300g par assiette - Ride for Revenge, ce qui sera peut-être plus saillant sur un  Parasites légèrement plus metal - ceci à entendre avec toutes les pincettes qui se peuvent trouver. Pensez encore aux albums ambient, immondes de s…

Slidhr : The Futile Fires of Man

Image
Sapristi, c'est pas pour rien que ceux-là ont partagé un disque avec les auteurs de Tabernaculum. Hermétique, mystique, occulte, choisissez votre terme de prédilection... ou pas. Le nouveau Slidhr les porte tous, respire les secrets alchimiques comme bien peu : Rebirth of Nefast, Head of the Demon, et puis ? L'album est forestier de type éveillé, à l'égal d'une version savante de l'Ondskapt du second album ; la capacité de Slidhr à y tisser des cathédrales, elle, n'en rend qu'à Earth & Pillars ou Negative Plane ; mais à la différence justement d'un Earth & Pillars, Slidhr pour sa part, s'il nous en emplit massivement, ne semble pas se contenter du simple et brut sentiment de la religiosité, à éprouver devant l'inquiétante verdeur des futaies - mais se vouer à l'ascension de leurs perspectives sacrées. Plutôt, du coup, comme Negative Plane. Car l'affaire de Slidhr n'est certainement pas l'héroïsme, ni davantage la…