jeudi 12 juillet 2018

Buñuel : The Easy Way Out

Voilà donc ce qui, on n'osait se l'avouer mais le corps lui savait - manquait au dernier Oxbow, l'un peu trop auguste, un peu trop intelligent, et légèrement chiant Thin Black Duke : ce que le noise rock peut avoir d'un peu con - d'un peu cul.
Heureusement, les Italiens sont là. Ce n'est pas tout à fait le premier Todd, peut-être sont-ce un peu davantage les Jesus Lizard tardifs qui ressuscitent, ou bien, en filigrane, le mariage clandestin de Cop Shoot Cop et Dazzling Killmen qui se dessine - parce que, ne vous y trompez pas, l'Eugene ne se commet pour autant ici dans le jeunisme, et Buñuel n'est pas son embarrassante décapotable rouge. On reste dans un noise rock qui ne renie pas sa part intello, non plus que sa part d'alcoolisme jouisseur, s'entend.
La jouissance inclut la méditation, une certaine forme de celle-ci, du moins, lorsqu'elle se pratiques dans des les flottements de rythmiques ainsi légèrement détachées des strictes bornes de la marche au pas, du moins. Et Buñuel manifestement maîtrisent ces cadences-là. Quant à Robinson, on n'en avait jamais douté : on ne fait pas plus malandrin ni sinueux pour se couler n'importe où, que ce gredin-ci. Il oublie donc pour notre plus grande joie son rôle de distingué clochard céleste juste précédent, et redevient halètement à l'état brut ; il renonce à ses prétentions de Prince Déglingué du Caniveau des Amours - et trouve le Glen en lui, mais oui : rien que ça. Oui aussi : je parle toujours d'un disque de noise-rock ; de celui qui s'entame sur un "Boys to Men" dont on doit plusieurs fois se frotter les yeux pour se convaincre que ce n'est pas "Godless" qui joue, ou un vibrant hommage à celle-ci. De toutes manières - ôtez moi par pitié ce doute affreux qui m'étreint soudain - Eagle Twin et Big Business sont bien classés dans le noise rock, exact ?
Voilà, pour être cru, la source de vie à laquelle The Easy Way Out va puiser : le feu où pareillement noiseux, howlers et chamans peaux-rouges vont abreuver leur noeud poétique, nourrir leur transe, aspirer le venin de tarentule pour leur affoler les genoux et les lombes.
Accessoirement, son Anzalone intérieur n'est pas le seul que trouve dans les profondeurs de son vaste buffet Mr Robinson ; le Gira des eighties et Riton Danssatête (parce que bon, les howlers, c'est pas que David Yow, Danzig et une vaste bande de renois), à ce qu'il apparaît, y ont également une résidence secondaire. Si jamais l'on était porté aux traits d'esprits vaseux, l'on dirait qu'Eugene a surtout trouvé son Big Sexy Noise dans ce noise-rock-là - tant on pense davantage à Gallon Drunk qu'à n'importe quel disque de Lightning Bolt, quand bien même de trompeuses passerelles s'offrent çà et là ; tant, aussi, l'homme n'a pas son pareil excepté Rennie Resmini pour sonner ainsi comme une sorcière concupiscente enfermée dans le corps d'un coreux trapu...
Enfin, bref : on a compris, l'on ne va pas se trouver en mauvaise compagnie pour cette petite promenade solitaire dans les rues mal famées sous la Lune. Et Buñuel est un nom qui appliqué à la musique n'a pas mais du tout la même connotation excessivement cérébrale qu'au cinéma. Dommage, simplement, qu'il ne le soit par endroits (les passages avec Kasia Meow, plus difficiles à avaler) un peu trop pas du tout, en ces quelques accès con-cons, où l'Italie succombe un rien à sa pitrerie innée, qui viennent regrettablement aérer l'album, et lui interdire d'être un glorieux ensemble cuisant dans tous les sens possibles ; quelque chose comme le cousin mastar et maquereau du dangereux hermaphrodite An Evil Heat... Tant pis pour nous qui attendons toujours un peu trop plutôt que de prendre. On n'oubliera tout de même pas (de prendre) ces quelques - assez nombreux - moments grandioses et affriolants où Buñuel et son chanteur ne sont personne d'autre que Buñuel, ce qui n'est pas rien et secoue bien suffisamment en soi, ni cette nuit de rugueuse maraude dans les ombres accortes.

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