samedi 4 août 2018

HHY & the Macumbas : Beheaded Totem

Dans la famille des albums psychédéliques de grade élevé centrés sur les percussions, l'on peut, muni d'une certaine désinvolture, entendre dans Beheaded Totem des qualités qui furent portées au pinacle par de plus ou moins illustres autres : le vaudou de batcave de Flowers of Romance, le mystère drogué de Drum's Not Dead, la moite magie vespérale d'Afro Noise I ou Carnival of the Dead, le brouillage hallucinogène de Dante's Carnival, le tintinnabulement céleste de Black Noise... et ainsi de suite, en fait j'ai déjà la flemme de faire du travail de recensement. Allons directement à l'essentiel : en dépit de toutes les analogies qu'une oreille cultivée ne pourra manquer de faire, une chose qui n'appartient qu'à HHY & the Macumbas est, justement, ce qui lui permet de survoler, voire de voler à travers, toutes ces références : cette surnaturelle, féérique douceur et légèreté, permanente, à en presque émousser et rendre invisibles les subtils changements d'humeur entre des morceaux qui nous font voyager dans un ciel rosâtre de doux rêves toxiques, porté par ce qui semblent une union pour le meilleur et le plus vaporeux de Riou Tomita et Skull Defekts ; sans jamais, l'on s'en doute, s'appesantir sur aucun, les laissant eux-même ce faire, avec une douceur décidée toute féminine (à choisir une référence gothique distinguée, à tout prendre on aurait mieux fait, plus haut, plutôt que la séance de spiritisme déglinguée de Public Image Ltd, de citer The Creatures), sur la nôtre, d'humeur ; avec une persuasive puissance sur le métabolisme qui n'aurait d'égal à la rigueur que celle de Manorexia, mais alors traduite dans les scansions des simples de quelque médecine naturelle, œuvre d'une sorcière pâle, à la bienveillance aussi inquiétante qu'elle est - encore une fois - douce, à la façon d'une pluie sur les feuilles de la forêt tropicale (permission d'ajouter à la liste ci-dessus Evanescence, et ses rêveries cold pour siestes en période de mousson, accordée), à la façon de l'effet toxique d'une plante inconnue, qui infuserait tout le corps d'une langueur semblable à une sorte de vaudou-jazz végétal... A nous faire presque totalement passer à côté de la propre angoisse de Beheaded Totem, qui l'étreint délicatement pendant toute sa durée, qui tend les accents de ses vents, anime la fièvre de ses rythmes, et qu'il déguise avec pudeur en une hypnotique danse rosâtre.
Une chose est certaine, voire deux : Beheaded Totem est bien plus sybillin et peu destiné à être déchiffré que la plupart des disques psychédéliques, même percussifs ; et il compte parmi, de ces derniers, les plus à chérir. Allez, disons le net : le seul autre exemple d'une pareille confusion divine entre lancinante peur et moite délice, s'appelle Fetisch Park. Oui.

1 commentaire:

Blackwineorder a dit…

En train d'écouter le premier album, très très hypnotique. J'imagine cette même ambiance sensuellement tribale de danse à la pluie sur beheaded totem. Que de belles découvertes ici. Puisque tu en parles ci dessus, le nouveau skull defekts est encore une fois grandiose et, à mon sens, encore plus new wave... À bientôt