jeudi 12 juillet 2018

Malthusian : Across Deaths

Portal, oui, bien sûr. Mais Portal avec en soubassement une sensualité - les lignes de basse... - digne du noise-rock math/chaotique le plus fiévreux, et le surplombant une migraine à tout casser ; pour sûr, ceux qui restent sur leur faim avec la tournure froide et électrique prise par les horlogers, sournoisement, depuis Swarth, et carrément embrassée sur Ion, vont retrouver ici l'oppressante chaleur de ruche où nous momifiait Outre dans son bourdonnement insane.
Et d'insanité aussi il va être question du reste, avec Across Deaths, puisque Malthusian ne vivent pas en creux, en négatif, ce qu'ils peuvent avoir de nettement moins insectoïde (malgré tout) que l'illustre modèle, mais à bras le corps, et qu'ils font resplendir bien haut - façon de parler, vue l'huileuse et reptile brume qu'est cette musique - l'humaine démence qui est leur lot : un peu comme Imperial Triumphant sur Inceste, si l'on veut, mais d'une façon ici plus rustre, agreste, médiévale. Disons que vous seriez à bon droit d'imaginer Chris Reifert dans Portal, voilà un peu de quel type de folie on parle : pas d'une docte et rigoureuse démence qui tient de la philosophie, de la religion et l'alchimie ; mais d'une forme bien plus sensuelle, subie comme une gueule de bois des plus redoutables et néanmoins ordinaire, naturelle, animale : on est après tout en présence entre autres d'un membre de Wreck of the Hesperus.
La sensualité et l'animalité : voilà bien ce qui fait qu'avec le plus grand naturel et sans la moindre rupture de cohérence Malthusian peut d'un instant voire d'un quart d'instant à l'autre évoquer Crowpath ou Destroyer Destroyer, qu'Autopsy, Abscess ou The Ravenous ; s'avérer bien plus interlope, fourbe, traîtreux, carnivore et dangereux que des Diskord ou des Chaos Echoes dont on pourrait à première vue le croire le sage cousin, et ce sans avoir jamais le moindre besoin de se dissimuler sous la moindre obscurité d'aucun type - sans rien souligner à vrai dire, pas plus l'occultitude de sa matière que la oufdinguerie de ses criaillements - se contentant de son aura de braise rougeoyante, son odeur de tourbe et de fumée omniprésente, qui ne fait que rendre plus visible la maussade majesté râblée de ses riffs grésillants, grondants, sorciers en toute bestialité. Que celui qui aurait vu venir les violons, ces doux fantômes, envoûtant la fin de "Primal Attunement - The Gloom Epoch", toute frissonnant de zeuhl brusquement virée femelle, se lève, un peu, qu'on se bidonne. En vérité ces types-là, même si encore une fois il est scientifiquement irréfutable qu'ils ont écouté - boulotté ? - Portal, sont surtout aussi frappés, dégénérés et ingérables que Wreck of the Hesperus.
En fait d'humanité, Across Deaths est une randonnée sur les rapides et les bouillons canailles de la plus torride des migraines. Sourd et grêle, acide et grondant, une bourbeuse gigue, d'une redoutable sensualité à quoi seuls ont accès des druides repris de justice qui s'adonnent pleinement à l'ivresse mystique de s'ouvrir mutuellement le crâne à coups de bûches. Un truc de viveurs.

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