mercredi 25 juillet 2018

Nothing : Dance on the Blacktop

On continue, par tranches d'un ou plusieurs morceaux sur Dance on the Blacktop, d'avoir la réconfortante mais ronronnante sensation de se tenir devant, si peut-être pas le même type d'exercice extrême que Wrong, du moins la même espèce de groupe hommage à une époque, respectueusement et solidement appliqué à pondre de nouveaux morceaux d'un genre clos, dans un périmètre clos, dont il met un sérieux tout Américain à ne surtout pas sortir - la sensation que les riffs et les déroulements des morceaux sont pas tout à fait déjà entendus mais presque, cette délicieusement, doucereuse fuyante sensation de déjà vu ; un truc bobo, cousu main avec exclusivement des ingrédients certifiés d'époque, recyclés ; un doudou.
C'est tout ce qui empêche le disque de s'arracher tout à fait au sol, à la boue, et que s'avance un Grand Album, sous cette Catwoman incarnée par Valérie Lemercier. Parce que glissés entre ces morceaux, il y a les autres ; ceux où Nothing, divinement, douloureusement, cesse d'être le groupe de metal qui s'essaie à la musique mièvre, le groupe pop de Relapse, pour faire ce qui lui pendait au nez : oser des chansons plus riches en dynamiques, en humeurs autres que ce bulldozer mélancolique et cette molle maladivité qu'ils maîtrisent comme des routiers ; sortir de ces deux fois quatre voies calé sur le régulateur de vitesse, pour emprunter les départementales, sans peur des lacets, en faisant confiance - pour découvrir qu'ils tiennent un vrai truc, et que leur si puissant pouvoir de mal de vivre ne se résume pas à cela, ne se réduit pas à ce permanent mur de guitare indolent, et que leur pénétrante somnolence y trouvera tout de même l'espace de s'y insinuer et manifester.
Pour devenir un véritable groupe de pop aqueuse ; et s'y révéler doué d'un palpable talent pour les mélodies vocales aussi magnifiques que peu assignées à résidence dans le susdit champ clos de la permanente référence à des morceaux canoniques du shoegaze nineties, bien reconnaissables ; pour évoquer plutôt des cousins éloignés et baléariques des Cranes, à l'ambiguïté digne de ces derniers - plutôt que le point d'équilibre figé entre My Bloody Amandine et Nirvanouille, ou des Radiohead pétrifiés pour l'éternité dans un cliché, un instant de leur vie ; pour démontrer un art bien à eux (quoique parent de celui de Cure sur Wish) pour la fragilité cachetonnarde et la délicatesse viscérale authentiques nichées au cœur de vastes envolées de sensiblerie d'apparence épique, donc épaisse.
Dommage, donc, que Dance on the Blacktop n'aligne pas morceau sur morceau de cette eau-là, et continue la moitié du temps à être une sorte de mi-chemin entre Interpol et Helmet - lorsqu'ils pourraient être à plein temps celui des Warlocks et -(16)-, quelque part sur une mer de jade (ou un In Utero noyé béat dans l'eau de Cologne) : "pfff", je ne vous le fais pas dire. Enfin, en l'état, le disque parvient tout de même à presque nous faire envie d'avoir quinze ans à nouveau, et la vie émotionnelle épuisante qui s'y assortit.

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