mardi 24 juillet 2018

Uniform : The Long Walk

Ce qui a changé entre le premier et le second Uniform ? Tout et rien. Ce rien qui change tout. Uniform a choisi, consciemment ou pas peu importe, de moins appuyer sur le côté démonstratif et volontaire de la violence en lui ; moins sur le côté Ministry, que sur le côté Joy Division, lesquels sont deux faces de la même pièce, évidemment, je vous renvoie à la reprise de "The light pours out of me" sur Animositisomina, et à Pailhead. Pourquoi aller chercher la violence chez ce qu'il y a de plus mécanisé chez Ministry, lorsque la violence dans les mouvements de pantin qui secouent la musique de Joy Division est telle, lorsqu'elle est cette chose qui semble chercher à désarticuler et démantibuler, on ne sait bien qui de nous ou d'elle-même, mais avec la dernière des fureurs désespérées et terrorisées ? Comme Joy Division ou encore Godflesh, pourquoi s'appliquer à toute force à causer la peur, lorsque le simple aveu cru et l'exhibition de son propre état de terreur, est le plus glaçant des spectacles à offrir ? Pourquoi découper méthodiquement sa musique en tranches lorsqu'on ne sait déjà de naissance plus s'exprimer que par saccades heurtées, comme l'on trébuche vers le fossé et le peloton, lorsque son propre pouls a déjà la cadence d'un stroboscope calme comme le cour d'un mourant ?

The Long Walk revêt cette incandescente élémentarité-là, celle de Curtis et Sumner dont le premier concert aurait été Unsane plutôt que les Sex Pistols ; celle d'un Big Black dont on aurait amputé, sans anesthésie, tout sens de l'humour pour ne garder que le côté écorché qui, en un quiproquo à faire tomber les bras d'Albini, est ce que j'apprécie le plus en eux ; celle d'un Pop.1280 dénudé de toute forme de morgue dandy ; celle d'un Amebix changé en petit tas de charbon par les radiations en taux indécent. C'est qu'on en concevrait presque encore plus de frustration à l'endroit de Mental Wounds not Healing, sinon de la rancœur carrément envers King et Buford, qu'y soit bridée cette sensibilité new-wave (en fait, ils sont presque tout simplement les jumeaux new-wave de The Body) excessive, univoque et sans aucune barrière que l'on sent, aujourd'hui devant The Long Walk, chez Uniform - quasiment du même calibre que celle qui coûta la vie à Ian C. : on en revient encore et toujours là. The Long Walk semble un Unknown Pleasures (on en reste toujours, là, aussi, hein : pour donner un frère à Closer, les candidats ne se bousculent pas encore à l'intimidant portillon ; quoique... Post Self ?) endurci - et armé d'un cran d'arrêt, acheté au gang Corrections House  - pour affronter pour les années d'aujourd'hui, les émeutes et la massification, l'abattoir qui sert de société globale, et plus encore que Place Noire il paraît les crocs découverts et les yeux fous, devenu incapable de toute écoute, rendu sourd par le tintement alarmant de sa propre souffrance. Pour affronter l'asphyxie où sa propre révolte de toutes les cellules le jette, aussi.

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