dimanche 26 août 2018

Mental Destruction : The Intensity of Darkness

On porte à mon attention le fait que d'aucuns ne connaissent pas Mental Destruction et The Intensity of Darkness : je me sens forcément en partie responsable, puisque je n'en ai jamais parlé ici. Pas faute d'y avoir pensé, plusieurs fois, pourtant ; comment faire autrement ? Que d'y penser, c'est à dire ; car comment faire tout court ? Surtout lorsque certes il y a eu des précédents, concernant votre initiation aux musiques industrielles tout court - Strategies Against Architecture, Tiddles, Enemy of the Sun... - mais que l'on peut affirmer que le ci-devant album, avant même le premier Dive, constitua votre introduction dans les cercles de l'industriel pas cool, non organique, plus particulièrement à la scandinave, et d'une certaine manière, au fond, au black metal, avant même In Nomine Dei Nostri Satanas Luciferi Excelsi ?
De quoi parle-t-on donc ? De la banquise, sur laquelle face au sifflement abrasif comme la pierre d'un vent sans fin ni pitié qui s'appelle Dieu, nul ne vous entendra crier, surtout au milieu du fracas de l'Univers en train de vous dégringoler sur le coin de la gueule ? Se rabat-on plutôt sur les valeurs éprouvées, et la brillante, si expressive et si explicite formule de Laurent "Lol" Chevaux, sur le catalogue Ombre Sonore, à savoir "la musique de l'effondrement et du chaos biblique" ? Saura-t-on faire autre chose que paraphraser celle-ci, quand elle a matérialisé presque au même titre que le disque la définition d'une nouvelle perspective esthétique, qui s'ouvrit ce jour-là où l'on entendit le cataclysme pour la première fois - passées bien sûres les premières minutes de sourire béat de jeune con, devant l'introductif "Without Form" - lequel à lui seul, au rayon naissance d'horizons insoupçonnés, se pose juste un peu là...
Dans la famille death industrial même, Mental Destruction constitue une bête rigoureusement solitaire et sans descendance, ainsi qu'en toutes choses y compris la vie de ses auteurs (l'on me permettra de ne pas compter Azure Skies, qui n'est au fond que la suite en pente douce de l'album final de Mental Destruction, le souvenir d'une envie mélancolique de ne pas partir tout de suite, de disparaître doucement sur les ailes des éléments), lesquels avant et après cela semblent n'avoir eu rien à dire au monde et en musique, qui importât suffisamment, qui poussât plus loin : seulement cette unique vision de tonnerre. Une hallucination sur les étendues désolées d'un Arctique de cauchemar entre Druillet et Lovecraft, une révélation divine en forme d'In Slaughter Natives chutant dans le ciel à travers l'Enfer Géométrique. Des mille et des mille encore après ce que Christian Vikernes prit pour le bout du monde, il se trouve encore autre chose, de bien plus terrible que ce cotonneux engourdissement, au bout de la blancheur une blancheur encore plus grande, celle d'une nuit qui ne se lève jamais, de l'envers du monde. Un prodige œuvre de trois chevelus, dont malgré des doutes récurrents je n'ai jamais eu la preuve qu'ils étaient, tels ceux d'Unveiled ou de Puissance, des métalleux et dont deux étaient frères, au cœur empli de la croyance en un Dieu dont ils sont en vérité, je vous le dis, parvenus à la perfection à rendre compte de la terrifiante nature. Une mise en musique de l'inhumanité du Verbe, de l'horreur et la démence qui ne peuvent que résulter de la contemplation de Sa face, et de la caresse de Sa pensée en rouages cyclopéens creusant leur tranchée de Chemin en travers des vallées de larmes désertées de toute autre vie.
Enfin bref, tout cela ou d'autres choses, vous le verrez par vous même... ou pas, car The Intensity of Darkness brûle les rétines de sa blancheur impitoyable, et davantage encore cautérise le cerveau, le tétanise, l'abrutit, le réduit à l'état de Sodome et Gomorrhe - en veux-tu de la blancheur ? en v'là. Vous apprendrez que la foi n'est pas donnée à tout le monde, et c'est là le seul effet de la clémence de l'Individu dont il est question. Vous pouvez au choix profiter de cette chance, ou bien la mesurer en écoutant le disque.

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