lundi 17 septembre 2018

Burial Hordes : Θανατος αιωνιος

Ceux-là, ce sont presque les plus faciles... mais pas tout à fait loin d'être les plus difficiles. Je parle, bien entendu, des disques avec ce genre de pochette.
Le genre qui fait tout le travail, au point qu'il n'y a presque que le minimum à faire, histoire de juste s'assurer que personne n'aille mal interpréter, par hasard, les puissants stimuli de l'imaginaire qu'elle fournit généreusement... En ne franchissant jamais le pas de trop dans le descriptif émerveillé, qui sera de toutes les manières toujours en-dessous de la qualité non verbale d'évocation qu'elle démontre.
En l'occurrence, la mission est juste d'aiguiller un peu si nécessaire l'imaginaire, en précisant que Burial Hordes sont de la nationalité d'Embrace of Thorns. Car en vérité, The Termination Thesis est de la famille de The Scorn Aesthetics, dont il est le cousin plus sévère dans sa semblable grandiloquence pro-apocalyptique ; à part ça, que voulez-vous dire ? Que cette pochette est grise comme le ciel de l'Orage Dernier, qu'elle tourbillonne telle le vortex au bout du temps, et l'heure du jugement ? Quant à la procession, et au centipède : voilà le point dont je vous parlais tantôt, et où il ne faut pas aller flanquer ses gros sabots à expliciter les fantasmes grisants que l'esprit nourrit bien mieux sans mots. Et pourtant ; qu'il est difficile, autant que de ne pas se resservir ce verre de trop lorsque la bouteille est bonne et l'ivresse de même, de ne pas se laisser aller à déverser les mots qui viennent, se bousculant, avec l'emballement, le tournis de l'imaginaire confronté à des disques de cette trempe...
Burial Hordes donne à savourer ce que force est de reconnaître comme la sensibilité grecque en metal - puisque même Dead Congregation, à leur légèrement gauche façon de preux, la reflètent - cette sinistre emphase, faite de noir de tonnerre et de vin couleur de sang. Tout comme dans The Scorn Aesthetics on songe parfois au sens esthétique de Paradise Lost ère Icon ; à la différence de The Scorn Aesthetics, on n'est pas en ces parages éberlué par un batteur qui soit un carnaval à lui tout seul, on est davantage absorbé par les délices qu'offrent de nombreux passages dans la tourbe ferrugineuse, la boue imbibée de sang. En fait, The Termination Thesis est à ce point moins dynamique et fougueux que son cousin, qu'il est la terre où l'autre est le feu (noir) ; il est un énorme caillou, dont les riffs ne servent qu'à le faire rouler sur davantage du monde pour le broyer.
Si un seul autre nom devait être évoqué pour donner une idée de l'humeur particulière à l'album, que ce soit celui de The Destroyers of All ; qui, oh coïncidence, mêlait dès la pochette orage et sang, et dans l'imaginaire soulevé massacre et monstres des mythes hellènes... A moins que tout compte fait, ce ne soit celui de Bölzer ? qui s'en sortirait mieux pour traduire cette étrange interzone où maraude le disque, entre old-school blasphématoire, fuligineux et désécrateur à tout crin, et maladive barbouillade moderne de dévotion, de fièvre charnelle et d'inquiétude, entre sauvagerie primale et décadence terminale... Neurosis autant que Rebirth of Nefast sont des mirages qui traversent la vision périphérique pendant le déroulement de l'ombrageux album, qui hante les paysages de fin du monde comme l'écho du lointain appel d'un migou.
Oui, en fait The Termination Thesis tient davantage de l'ours des cavernes que de tout autre chose ; ou du grondement d'une meute de loups sur la steppe des rêves agités de l'ermite. Et l'on fait toujours bien de ne pas se fier aux apparences de sa distance.

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