vendredi 21 septembre 2018

Daughters : You Won't Get What You Want

La porosité (encore une) entre noise rock et noise industriel, cela fait longtemps qu'on la voit rôder telle le requin pas très loin de la surface, avec tous les trucs de l'axe White Suns, Bruxa Maria, White Mice, Child Abuse... J'en passe. Manquait seulement celui qui allait réitérer la démonstration, mais en incluant ce que le noise-rock peut avoir de monstrueusement physique, et disons le sexuel, plutôt que cérébral et matheux comme il l'est un peu trop souvent, et en particulier dans l'école choisie par tous les trucs cités plus haut.
Jusqu'ici. Voilà, il est là, le requin crève la surface. Daughters confirme et fait éclater, à la façon d'une brusque lumière qui brûle moult rétines alentour, la part jésus-lizardienne de sa nature, mais révèle également au passage sa part de Mr Bungle (terme qui chez moi veut dire Mr Bungle, on le sait), voire Iceage, Horrors, tous ces machins : ni la sortie chez Ipecac, ni la pochette qui nargue les ratées, à force de surexploitation de la signature visuelle, de Young Widows - ne sont là pour ne rien dire. Tout en restant dans cet entre-deux qu'on a dit au début, et dans la continuité bien reconnaissable de l'idiome Daughters.
Lesquels, ainsi, inventent cette sorte d'indus-bastringue qui prouve que l'on peut, ouf, rester alcoolique dans le futur, celui-ci est légèrement kubrickien, et aussi que les costards qu'aime porter - et dévêtir - leur chanteur ne sont pas volés : parole ! le garçon révèle une profondeur de talent qu'on ne faisait jusqu'ici que soupçonner, bien cachée sous son talent de faiseur dans le registre Yow de grande qualité, quelque chose de propre à sa cruelle froideur de post-punk passé dans le cloud à la Brain Case...
De même, du reste, que les musiciens derrière lui révèlent, eux aussi, des chiens de leur chienne qu'ils nous avaient réservés, rayon maîtrise impériale de la glissade rythmique contrôlée et odieusement groovy. Le juste milieu parfait, comme un fil d'équilibriste, entre noise et industriel, qu'on vous dit : vous devrez bien comprendre qu'on entend par là coupé-décalé, et cisaillage de vos jambes, et accordéonisation de votre colonne vertébrale ; ceci étant à entendre, donc, autant au sens Vince Taylor de l'affaire, ainsi qu'il est d'usage avec le bon rock (noise ou pas), qu'à celui des déhanchements pixellisés du serviteur domotique sourdement s'éveillant aux réminiscences sexuées de sa vie d'avant la dématérialisation de sa conscience - ainsi qu'il n'est manifestement guère d'usage chez les héritiers ayant fait dernièrement acte de notoriété pour le legs de The Downward Spiral, Author & Punisher et Street Sects pour les nommer ; on se prendrait presque, par endroits, à rêver d'un Bad Witch qui ne serait pas chargé de famille, réintroduisant dans tout ça de la pénétration, du Setson, du sang et de la coulisse.
Alors, You Won't Get What You Want, simplement une sorte de double des Horrors mais qui pour seule promotion dans la vie n'aurait connu que le passage de tapin à merlan, à quatorze ans ? Ou alors plutôt la rencontre d'Okkultokrati et Sister Iodine présentés par Zs ? Plus on va et plus ce dernier nom paraît pertinent au-dessus des autres. Une étrange alternative, toute en carrelage blanc, gants de caoutchouc et scalpels stérilisés, de Cop Shoot Cop rêvés par les petits-enfants de Patrick Bateman ? Et si ce vernis beau-gosse, finalement très Daughters classique, et en même temps sourdement effrayant, n'était que ce qui dissimule une chose bien plus froide et sinistre, un conscience frigide, insectoïde, indifférente au meurtre ou à la torture ?

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