mardi 4 septembre 2018

Mark Lanegan & Duke Garwood : With Animals

Trois one-man-gangs se partagent, sans heurts, pas un coup de flingue intempestif, le territoire du wasteland des spectres.
L'un s'appelle Wolfkind, il règne sur les bas-fonds et tout lieu où le vice est loi ; le second se nomme Cowgill, et les âmes sont toutes ses vierges consacrées, pour en faire ses repas ; et le troisième est Lanegan ; en son sein dans le sifflement sans fin d'un vent creux et chaud, dans ses échos de cendre, il recueille ceux qui perdus sur cette lande cherchent un peu de bienveillance.
Comme Mark ne nous est pas tout à fait étranger, on se retient difficilement d'écouter With Animals en tastevin : ainsi détectera-t-on des notes du trip-hop de It's Not How Far You Fall, It's The Way You Land et de la folk-country funéraire et zazen de Field Songs. Ce qui du reste dit assez bien ce qu'est le disque, musicologiquement tant que spirituellement : comme si Lanegan était parvenu à se détacher, tant de ses racines traditionnelles que de ses plus récentes aventures en terres plus modernes et technologiques, trouvant ici dans ce minimalisme où l'on a du mal à dire s'il relève davantage du souvenir de l'un ou de l'autre, la forme fantomatique la plus pure et à même de laisser se développer les esprits de sa fantomatique présence et nature.
C'est bien de cela qu'il s'agit, tant à côté de With Animals le résultat, objectivement proche, qu'obtient un Timber Timbre, paraît un complexe et fragile appareillage d'horloger, enraciné dans ses méticuleuses fabrications. Mark Lanegan, lui, a toujours été un spiritueux. De toutes les manières vous comprendrez bien vite à l'écoute du morceau-titre, pourquoi il est inenvisageable d'employer d'autre vocabulaire, à son endroit, que tout ce registre de la subtilité et simplicité élémentaire et fondamentale. Ainsi, bien sûr, que celui de l'apesanteur.
Du coup, si vous voulez en déduire que voici du vieux (c'est un terme d'affection, du reste il est toujours capable, sans prévenir, d'inflexions rappelant le meilleur des Screaming Trees et qu'il est un immortel beau gosse maudit mais vivant du grunge, ce faux-jumeau sauvage, plus doux et plus ténébreux, de Morrison ; bref Mark est sans âge), le meilleur album depuis un bon bout de temps, qui suis-je donc, moi, pour vous l'interdire, et au nom de quoi ?

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