lundi 10 septembre 2018

Mirrors for Psychic Warfare : I See What I Became

Bon, on va procéder comme suit, ce sera plus rapide : y a-t-il quelqu'un dans la salle, n'importe qui, qui n'a pas encore fait son coming-out new-wave et souhaite le faire devant le groupe ? Allez y, c'est le moment.
Ce petit coup de gueule amusé poussé, force est de reconnaître que Scott, indépendamment de la tendresse que l'on éprouve forcément devant toutes ses aventures et expériences, lui il se contente de le faire au chant, et que du reste il s'y débrouille ma foi fort bien, et sans pomper personne ni se renier dans un quelconque bal masqué. En fait, allons même jusqu'à pour une fois l'admettre : j'exagère ; c'est surtout frappant le premier morceau ; ensuite, c'est juste mon Scott qui chante mélodique, quoi : faut bien avouer que ça a de quoi saisir, de surprise et d'admiration ; d'autant plus sur le fond industriel coupant et psychédélique qui est celui de I See What I Became. Car derrière lui - et probablement un peu avec lui - Parker fait un peu du Lash Back, ce qui est très très bien en soi, et offre de nouveaux horizons à la bête qu'avait dévoilée le premier disque.
Sur "Crooked Teeth" (mais le titre n'en est-il pas déjà un indice ?) on a même la surprise - assez divine d'ailleurs - de l'entendre se muer en une sorte de rappeur - terrain où là encore le dévoué et décidément fort efficace Parker le suit - pour abstract hip-hop, axe Dälek-Bigg Jus... Kelly bientôt prêt pour venir poser des lyrics sur le disque de la renaissance de Techno Animal ? à condition, alors, que Justin y mette à profit tous les trucs qu'il a appris en enfantant Post Self. D'ailleurs, en passant, "Body Ash", c'est une instru de guitare volée aux sessions de Absence ?
Ou bien au fait ne serait-il pas déjà en train de le faire - représenter sur son propre disque de, a-hem voyons, wavish kosmischamanic illbient ? Pour sûr, on n'avait pas entendu aussi gentiment chelou et perché depuis, au bas mot, Morthound et son doublé Spindrift - The Goddess. On ne part pas dans tous les sens, non : on survole ; tout ; de très haut ; à quoi vous apparentez une chose comme "Death Cart", vous ? Somatic Responses et Nick Cave ?
On regretterait presque que le disque se terminât, de façon toutes proportions gardées plus triviale et euclidienne, sur la prépondérance de ses relents de Nadja (Nadja qui, dois-je le rappeler, a repris sur son meilleur disque "The sun always shine on TV" ?) ; de même qu'il est, probablement, permis de douter ne fût-ce qu'un brin, du bon goût des atours orientaux sur "Flat Rats in the Alley", si pudiques soient-ils ; mais à un album qui révèle ce qu'il y a de Michael Hutchence dans le chant dont est capable Scott Kelly (voilà, quant à moi, où je raccroche "Death Cart", parmi les étoiles), il sera beaucoup pardonné. Ou tout autant, du reste, un qui le montre - "Tomb Puncher"... - en train de donner une leçon de sa façon à Nick Holmes, sur la bonne façon de chanter bellâtre ténébreux, sans un instant se départir d'une bouche pâteuse qui donne direct à l'imaginer tel qu'on l'a vu sur scène grattouiller sa guitare en ânonnant sa country dépressive : paraissant en bonne voie de subclaquer de quelque longue maladie particulièrement épuisante, et qui le blanchit à tous points de vue, plus détaché et végétatif chaque lente seconde qui passe... Survoler, vous dis-je, est le mot. Scott est haut, très haut. Dans des sphères mentales dont la dolente indifférence au tumulte tourmenté du temps qui va, évoque finalement Frank Herbert plus que toute autre chose ; comme une intuition d'indigo qui n'aurait jamais la balourdise de se manifester et de briser la laiteuse âpreté du décor élémental; l'étape d'après la neurocountry crépusculaire et post-mortem, pour Kelly qui me confirme tranquillement, après le premier Mirrors for Psychic Warfare et le second Corrections House, que quand bien même j'ai fini, à la grâce d'A Life Unto Itself, par me réconcilier copieusement avec son De Niro de faux-jumeau, j'ai ma petite prédilection affinitaire entre les deux, et qu'elle s'affirme en profondeur.

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