mercredi 26 septembre 2018

Soror Dolorosa : Apollo

Comme indiqué dans la chronique de Blind Scenes, voici l'album où Soror, après la parenthèse (ex-)héroïque et perfecto de No More Heroes, reprend les chemins célestes pour de nouvelles dérives oniriques, magiques, fantastiques : dès la pochette on est préparé à l'envoûtement, elle qui reprend les prières adressées à Dead Can Dance, encloses dans le titre du tout premier disque.
On n'est pas déçu, assurément : on retrouve en quelque sorte le Soror Dolorosa de Blind Scenes, mais dans un récit différent, un idiome contemplant - et partageant avec nous son émerveillement subjugué devant - sa propre métamorphose : s'il faut se montrer trivial, une musique qui n'est définitivement plus ni gothic rock, ni cold-wave, ni new-wave, mais se meut ainsi qu'on nage de l'une à l'autre en permanence, s'égarant parfois avec délices. Affranchie de tout impératif y compris celui d'être sombre ou tourmentée, à l'écoute de son seul instinct, de son désir - et d'enchantement il est bien question, on aurait tôt fait de se retrouver nu dans la forêt à écouter des choses telles que "That run", et sa synthèse du Cure océanique de Wish avec The Beloved, sous la haute bienveillance pour ne rien gâter du Pasteur Morten Harket, dont du reste la présence altière ne fait que se confirmer sur la suite du disque, que ce soit dans la voix de Julia ou les violons dignes du plus sublime A-Ha.
La dimension pagano-naturaliste, esquissée avec douceur mais conviction sur Blind Scenes, prend ici toute l'envergure druidique, sexuelle et messianique d'un, allez, mais oui, October Rust. Voilà, Monsieur, de quelle légitime mégalomanie Soror montre ici l'envergure, de quelle superbe sans ces fausses modesties qui sont des pudeurs, et la pudeur n'est pas au vocabulaire de la pureté d'amour qui est celle de Soror Dolorosa. Encore heureux qu'on ne soit pas du genre porté à la grandiloquence ou l'hyperbole : on eût tôt fait de décréter qu'Apollo est en vérité œuvre alchimique, qui transmute ainsi le plomb de Saturne en or d'Apollon - sans blague ? Apollo est apollinien ? Comme d'habitude, au fait : vous dites angélique, si vous préférez, ou luciférien, selon votre patois.
Peu importe au juste, car l'heure n'est plus au pusillanime ni à quoi que ce soit qui fasse intervenir une pince à épiler, devant pareil printemps. Car ce n'est plus ici sur Faith ou Pornography, que Soror Dolorosa démontre ici la juvénile audace d'ouvrir les fenêtres au parfum des fleurs fraîches - mais Disintegration et ses marais, dont ce faisant il révèle la splendeur secrète, toute de jade et de riches tapis de nénuphars, avec son rock ambient et félin.
Alors, évidemment, Apollo a comme on dit le défaut de sa qualité : il est ambitieux ; il pourra donc paraître trop long, trop solennel par endroits, trop sûr de lui, trop impérieux ; mais ainsi qu'est toujours de mise en pareil cas, il sera permis de se demander si ce n'est pas nous plutôt qui sommes trop petits, pas à la hauteur de cette ambition : le disque, lui, se contente d'être à la sienne, quoi de plus naturel. Car de maladresses, on n'en trouvera pas ici. Exceptée, bien entendu, celle d'être gothique. A en crever tel, pour paraphraser Camus, qu'il faut imaginer Icare heureux ; car le salaud, faut dire, s'est bien gardé de nous dire que ce n'était que sa carcasse qui s'était abîmée dans la mer, mais que lui avait bel et bien plongé dans le soleil.

6 commentaires:

LANGOUSTE UH a dit…

Ah je suis heureux, finalement c'est pas un défaut que d'être "solaire" :D
Et moi aussi j'y ai entendu du Wish et du Type O, avec en plus le premier riff de l'album qui est quasiment recopié d'une face-b de Goodbye Horses. Que du bonheur, si on peut dire !

LANGOUSTE UH a dit…

D'ailleurs pour en rajouter une couche : j'ai dit Goodbye Horses, mais j'aurais aussi bien pu dire que ce riff a une saveur assez Broadrickienne, période Selfless - tant qu'on est dans du solaire.

gulo gulo a dit…

Solaire, Selfless ? Bon, y a un dur soleil d'hiver sur Xnoybis, mais après... Le seul plus hivernal c'est Post Self.

LANGOUSTE UH a dit…

Pour moi c'est plus qu'évident tellement c'est aveuglant et ça commence dès les premières notes de Xnoybis, jusqu'à la dissolution totale de Go Spread Your Wings (qui correspond très bien à ton image d'Icare, Sisyphe faut le garder pour Harvey Milk). D'ailleurs, Selfless, tu comptes lui dédier un billet un jour ?

gulo gulo a dit…

J'aimerais bien, mais... compliqué.

LANGOUSTE UH a dit…

Je comprend, ça tiendrait peut-être de l'autobiographie comme avec Dirt. Je vais me contenter de relire tout ce que t'as écrit sur Post Self, après quoi j'aurai forcément envie de les écouter tous les deux.