vendredi 28 septembre 2018

Soror Dolorosa : No More Heroes

On est prévenu d'emblée, dès une pochette (quelle que soit celle retenue, notez bien) qui témoigne de l'honnête crudité propre au groupe (en sus de, pour l'occasion et une bonne fois, affilier ouvertement et sans fausse pudeur le groupe à la famille du goth beau-gosse, dans les rangs duquel il a tout de même une tout autre gueule que les saletés à la retape façon London After Midnight, qu'on a dû sa fader parfois jadis, si vous saviez...). No More Heroes développe de Soror Dolorosa la facette la plus Sisters : vous savez, ce groupe dont, comme vous êtes personnes de qualité, vous n'avez jamais ignoré la part de Rolling Stones en lui ?
Évidemment, comme il s'agit de Soror Dolorosa, c'est là une autre chose dont on aura vite compris qu'elle leur était propre, la "réalité" est loin d'être aussi simple ; mais c'est ainsi - et par la même occasion une troisième qualité propre à Soror Dolorosa : les paysages, les humeurs ont beau être changeants, trompeurs, labiles, ambigus, hermaphrodites, troublés, brumeux et tout ce qu'on voudra, la force du groupe est telle pour insuffler une direction, une intention bien d'aplomb sur le plan mythologique et fantasmatique, ne serait-ce qu'à quelques morceaux mais en les rendant marquants comme pas deux (ce qui chez eux n'est pas synonyme de tube, pas au sens inflammable et périssable de la chose, tout du moins) - que l'on peine à se retenir d'identifier distinctivement chaque disque, comme un tout, à telle ou telle grande figure tutélaire, tel ou tel épouvantail superbe du rock'n'roll et de ses domaines oniriques...
Et onirique, No More Heroes sait l'être aussi bien qu'un Blind Scenes, si pas aussi souvent ; car le disque n'est pas que sistersien : si jamais vous aviez déjà percuté le cousinage entre The Cure et les Rolling Stones, vous, je vous félicite. Car pour autant qu'il porte avec un divin naturel le perfecto, voici un album qui n'a pour rien au monde renié son amour des guitares aquatiques de Simon et Robert, quoiqu'il y marie - avec quel talent ! - une batterie animale, à la puissance rock, avec lesquelles les précitées n'ont pas accoutumé de frayer, ou si timidement - Wish et Bloodflowers, d'accord ; ce sont du reste justement deux albums que Soror Dolorosa, à la différence de maint corbeau, savent apprécier à leur juste valeur. Alors, on a  beau avoir juré une amitié éternelle au Docteur Avalanche et à Lol Tolhurst, difficile de rester de marbre...
C'est aussi cela Soror, dans un jargon plus philippe-manoeuvresque : la preuve vivante que la musique des Cure et des Sisters reste moderne, autant qu'elle est inscrite dans un éternel du rock, une forme sans âge et toujours verte ; Andy Julia n'y est pas tout à fait pour rien non plus, lui qui sous ses éternels faux airs d'adorateur d'André Le Driche, délivre dès le refrain de "Silver Square" une subjuguante performance d'aboiement fauve entre viking et Danzig, avant sur "Sound & Death" d'étaler une superbe puissance tranquille nichée, elle, pile entre Glen Danzig et Chris Isaak... Renversant, et tout en discrétion.
Et ainsi, comme face à la lumière rasante de la fin du jour sur la route, tantôt les yeux verront le passé, tantôt l'avenir qui s'ouvre accueillant, tantôt la vigueur conquérante et tantôt le trouble et la rêverie.Mais à la fin, pour être honnête et dire ce qui compte, ce que Soror Dolorosa et tout particulièrement un disque de sel sur les plaies tel que No More Heroes - ce brelan d'as d'ouverture ! - brandit comme d'une modernité perpétuelle, c'est, encore au-delà du rock, cette musique des gens pour qui est aise la malaise, dont le pêché mignon et la talon d'Achille est le bonheur d'être malheureux, la sensualité à être souffrant (et là-dessus No More Heroes vaut pas loin d'un Disintegration et bien un First and last and Always) ; et de bramer là-dessus d'une voix grave, salée, amère, et vertigineusement amoureuse d'elle-même : Buffalo Bill est un petit joueur. Ils parlent même de nous à l’Église, nous sommes la délectation morose contre laquelle ils vous ont avertis... On est gothiques et on vous emmerde, putain. Dégagez le passage.

3 commentaires:

Raven a dit…

La première m'évoque Emmanuelle Seigner. Je n'osais lire... Las !

gulo gulo a dit…

T'aimes pas Emmanuelle Seigner ?

Raven a dit…

C'te question ! (j'ai revu la Venus y a pas longtemps, elle y est incroyable), rien qu'en la voyant j'osais même pas lire le racolage radioactif... !