samedi 29 septembre 2018

Soror Dolorosa : Severance

Alors certes, Severance est des disques de Soror Dolorosa peut-être le plus classique, authentiquement et non trompeusement comme les deux suivants ; mais déjà l'on y contemple Andy Julia pareil à un Glen Anzalone dans le corps de Brett Anderson, et déjà son groupe s'y peut voir comme un équivalent romantique de Hangman's Chair... Sauf qu'il restera à déterminer si l'on a là devant soi leur Lament for the Addicts, appliqué et talentueux... ou bien leur Hope Dope Rope ; car pour sûr Soror était malade alors. Jusqu'au trognon. Avec émissions de capiteux rayonnement de contagion, à en flétrir sur pied tout ce qui pousse alentour.
Dans Severance on y sent, bien plus que par la suite, les racines au sang noir insinuées, agrippées profond, comme un cancer amoureux, dans Bauhaus et Christian Death, on croit même par endroits se retrouver en face d'une manière de Deadchovsky purgé, lessivé (j'ai dit Danzig, déjà, ou pas ?) de tout son sarcasme, son extravagance, sa démence batcave, ne conservant que... la maladie. L'absinthe triste, la syphilis, la chlorose, l'humeur noire.
Severance est des disques de Soror Dolorosa le moins mégalomane de toute évidence - comparativement aux sacrés morceaux à suivre, difficile de faire autrement - mais certainement pas dénué d'envergure : dans sa maladie même, dans son odeur omniprésente de bacilles, de macérations, d'alcool, de chloroforme, et dans sa façon déjà doucement excessive de les embrasser tous ensemble, avec déjà cette ferveur, cette flamme goth religieuse qui caractérise le groupe - et pour autant toujours au bord de prendre son essor et sa liberté dans l'indie pop pure... ou presque : le spectre de la douleur rôde, jamais loin dans les ombres translucides, prêt à revenir serviablement sitôt qu'il est appelé ; cette magistrale façon de finir le disque par le morceau le plus oxygéné, élégiaque, suivi en piste-fantôme par le plus rituel, mazette !
Mais après tout, oui, ce disque est-il si linéairement gogoth que tout semble porter à le croire ? Ou bien ne mériterait-il pas amplement les rappels rétrochroniques que suscite sa pochette avec celle d'un certain Relatives in Descent, qui est en vérité son parent en laconique ambiguïté aux basses sourdes comme une angoisse familière, comme une envie trouble ? Je laisse la porte ouverte, vous êtes libres et majeurs.
Non vraiment, un bon conseil : ne vous fiez pas aux conneries, et dieu sait s'il s'en trouve, que vous pourrez lire sur le vaste web, pour vous corner des histoires de groupe-hommage, appliqué, pathétique (sérieux, on parle d'Interpol, ou bien de Soror Dolorosa ?) : Soror étaient grands, déjà quand ils étaient petits.

1 commentaire:

LANGOUSTE UH a dit…

Ah toi aussi tu as été surpris par l'enchaînement des deux derniers morceaux ! C'est assez magique, un groupe qui sort 30 ans après mais donne qaund même l'impression que c'est lui qui a inspiré les Sisters et Bauhaus, tellement l'inverse paraît difficile à croire pendant l'écoute.