samedi 15 septembre 2018

Witchthroat Serpent : Swallow the Venom

Electric Wizard ? Oui : on continue, une troisième fois, à ne pas mettre un bœuf sur sa langue au moment que survient la démangeaison de prononcer le nom trop illustre, pour parler des Toulousains les plus maléfiques du monde (davantage que Sektarism, oui). Principalement,  uniquement même, cette fois, parce que cela permet de facilement et promptement situer certaines caractéristiques saillantes de leur musique (le type de chant et de riff), certaines en tous cas, qui s'attachent à la partie émergée dans le réel de celle-ci ; partie qui, on le comprend vite, plus vite encore cette fois que lors de leur concert à Châteauneuf de Gadagne, n'est que d'assez peu d'importance.
Parce que la musique de Witchthroat Serpent, qui paraît avec Swallow the Venom parvenir à maturation plutôt que maturité - la patience n'est pas la moindre vertu de qui se mêle de sorcellerie -, constitue sur la base ainsi constatée des mêmes matériaux, l'à peu près exacte antithèse de celle d'Electric Wizard et son doomxploitation ; à commencer (sans même parler de cette capacité à accrocher violemment et d'emblée avec, au contraire de l'autre, du tout sauf accrocheur) par le terme même de wizard, qui paraît de toute évidence une métaphore, une hyperbole rock'n'roll chez Oborn et son gang de motards cossards, lors que celui de witch paraît parfaitement littéral, à appliquer au doom de Bolzann et ses deux affreux sbires. De même les riffs, qui peuvent sembler se parer de la même limpidité chez l'un que chez l'autre, sont chez Witchthroat autant l'expression de la grâce, qu'ils ne sont pas celle d'une nature pop, ou blues, dans l'intention. La grâce du démon, voilà, c'est parfaitement cela. Celle qui se révèle ici - aux initiés, donc, aucune exhibition dans la lumière aux yeux de l'univers n'est de mise  chez Bolzann & Associés - plus que jamais encore à la hauteur de tout ce lexique de la serpentesque, tant dans ces basses pourtant toujours plus râclantes à l'image du tranchant d'une pelle, que dans les souples, envoûtantes, malfaisantes inflexions du chant, dont l'intention sacrée n'est pas à souligner - ou même du reste que dans la batterie tout simplement et effroyablement patibulaire.
Alors, Electric Wizard ? Soyons honnête : on y a pensé ; au moins le temps de la première écoute où, pas la peine de le nier, comme chaque rencontre avec eux sur disque ou sur planches, l'on est comme déçu, sur sa faim : l'impression d'entendre du EW, disons le tel que bêtement on le ressent, en moins bien. C'est, pour simplifier grossièrement, cela l'effet Witchthroat Serpent, écouté distraitement, du Electric Wizard en moins bien ; écouté attentivement - ce qui ne veut pas dire avec l'intellect, mais avec tout son être, en dévotion, en dédication - c'est du Electric Wizard en tellement, infiniment... plus profond. Élégant. Lascif.
Entendez le plutôt comme le nom d'un style que d'un groupe, car c'en est devenu un au même titre que Black Sabbath ; style où du reste Witchthroat Serpent serait plus à rapprocher de Wounded Kings, pour le côté dandy, et surtout du dangereux dandy de Visions in Bone - sauf qu'encore une fois ce n'est pas cela, qu'une fois encore Witchthroat Serpent marche seul, en prédateur et redoutable, quoique longiligne et altier, loubard des bois, ombre dans le sein de l'ombre, lame dansant comme flamme blême ; le gros son pour sûr n'est pas leur affaire, mais celui qui tranche ; et celui qui garrotte et strangule, mieux qu'un fil de fer particulièrement robuste. Un morceau tel que "Pauper's Grave", sans aucun doute, n'invente rien - d'autre qu'une porte, qu'il ouvre à la façon dont on taille une cruelle boutonnière dans une panse, vers une réalité parallèle, chatoyante comme des chapelets de boyaux. Witchthroat Serpent, c'est le doom, l'evil doom, celui qui a la beauté du Mal ancestral. Le poison. Le lait du serpent. Celui qui dans le rituel ouvre les voiles vers le monde vrai, celui où les possibles révèlent leur vrai visage, la nudité majestueuse de leurs appétits : il est un nom qui doit être prononcé aussi souvent que l'autre, à leur sujet, et c'est celui de danger. Swallow the Venom en exhibe une nouvelle facette, une nouvelle région, une nouvelle profondeur ; la définir, la décrire en termes géométriques ou en mesurer en botaniste la consistance (une cérémonie ? une danse ? une dégelée ? un voyage ?), est plus hasardeux que jamais, car par définition tout peut y arriver.
Rendez-vous de l'autre côté de la forêt, loin, si loin - si vous y parvenez jamais.

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