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Affichage des articles du octobre, 2018

Night Gaunt : The Room

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Night Gaunt est de la même espèce que Witchthroat Serpent ; celle des groupes dont l'essentiel et le crucial se joue dans l'implicite, le non-dit, l'intangible, l'aura : car tout comme les derniers cités dans un style légèrement différent, ce qu'ils jouent en surface est un doom tout ce qu'il y a de plus méticuleusement respectueux de la tradition. Leur autre point commun étant que les deux exsudent chaque seconde au litre : la malveillance, la malfaisance, la malignité.
Toxicité prenant, avec The Room, une voie différente de celle observée sur Night Gaunt, puisque le nouvel album, en cela merveilleusement conforme aux promesses de sa pochette, son titre, et celui de l'obsédante "The Oval Portrait" (qui a la fâcheuse tendance d'éclipser toutes les autres, au début, ce que celles-ci ne méritent certes pas), est partout teinté de fantastique fascinatoire et d'horreur gothique XIXème ; pas au point, cependant, de totalement occulter la dange…

Fiend : Seeress

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Doom ou stoner punk : pourquoi choisir ? Ou, mieux : pourquoi jouer l'un et l'autre, lorsqu'on peut jouer une seule chose - du punk doom -, qui soit un peu plus que la somme des parties ?
Parce que, bien sûr, tout ceci n'est qu'une accroche, et vole bas, en-dessous de l'odorante réalité. Fiend m'avait un peu perdu avec un second album que j'ai eu de la peine à ne serait-ce qu'écouter, mal gré que j'en aie, vu l'amour dont m'avait baigné le premier. Un peu trop tradi, pour ce que vaut un avis aussi superficiellement bâti. C'est oublié. Seeress est tout sauf tradi, a-t-on envie de s'ébahir de prime abord, quoiqu'il emprunte sans complexe à la tradition qu'il porte dans son sang ; ou alors aussi traditionaliste, dans la pratique du sabbath, que pourraient l'être des Monster Magnet ou des Soundgarden qui s'en iraient braconner sur les steppes qu'écument des Gates of Slumber et des High on Fire. Tout sauf autre…

Bambara : Shadow on Everything

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De prime abord, l'envie de bailler est ce qui prévaut devant Shadow on Everything. Swamp-rock-post-punk où pèse pesamment l'influence des lourds Birthday Party, chant dénotant celui qui met une large rasade d'ennui dans tout ce qu'il fait, dans la manière d'Iceage... voilà un disque qui paraît fort bien fait, fort bien mis, et fort bien fléché. On baille donc, poliment.
Mais il y a autre chose, par-dessus cet air très fort de déjà-vu et de si bien dans son temps. Peut-être est-ce là cette ombre sur tout dont il annonce la couleur dans son titre et qui, à l'image de sa pochette, semble tout draper dans une chose faite d'autant de laque que de brume, et voir tout se diluer dans son encre, alors même que pourtant l'album fait plus souvent qu'à son tour appel à cette cadence si chère au genre, ce beat façon rumble in the jungle qui dit "rockabilly va y avoir du rififi" - et qui pourtant ici, plutôt qu'une bagarre de saloon à l'austral…

The Body : O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth; Pay Back To The Proud What They Deserve.

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O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth ; Pay Back To The Proud What They Deserve., c'est exactement le même salami que The Tears of Job : l'essence de The Body. Ou comment une chose qui est un pur produit de circonstances de sa production devient une manifestation, qui les sublime, de l'identité fondamentale.
Car, audiblement, les deux sont pareillement engendrés par et pour les tournées, et les besoins afférents à celles-ci, de réparer le van, faire le plein d'essence, de ventoline, bref aller jusqu'à la prochaine date, encore et encore. Les deux sonnent comme faits avec le même luxe de moyens qu'un gribouillis sur le coin de la nappe en papier du restoroute avec le stylo emprunté à la serveuse - et laissent jaillir le même fruste génie brut que peuvent voir germer ces sorte d'épisodes, lorsqu'on parle de qui en a - du génie, donc. Celui de The Body, outre qu'il est certain, a le propre de par son caractère même s'accommoder…

Scorn : Gyral

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L'album de Scorn qu'on a tendance à oublier, et ce depuis 1995. Parce qu'il est arrivé, ce jour-là, sans tambour ni trompettes, nimbé et pétri de toute l'humilité et l'effacement dont est fait Mick Harris, dévalué a priori car le premier sans Nick Bullen, à la fois trop beau pour être vrai et comme s'il y avait toujours été, prêt à recevoir une formule journalistique du type "définition de Scorn" comme le gros et bon chat qu'il est aurait reçu la caresse, chat et caresse à la fois, accueillant et laiteux à l'image de sa pochette, paru chez Scorn Recordings, paré d'un morceau intitulé "Black Box" et un autre "Hush" ce qui en fait une forme de quintessence de Mick Harris, présentant toutes les soyeuses qualités d'un Evanescence qui aurait parfaitement digéré sa propre tumeur Ellipsis, et déjà les prémices de Logghi Barogghi, enceint de What do you know about it ?, d'une facilité prête à l'emploi déconcertante…

Satan's Satyrs : The Lucky Ones

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Imaginez, essayez un instant, Appetite for Destruction, voire uniquement les tout meilleurs moments de celui-ci à savoir, bien sûr, les "Rocket Queen", "Paradise City", "Mr Brownstone" et autres "Anything Goes" - et faites refaire le match par une bande de nuisibles petites racailles taillées comme des plumeaux batcave, et tout sapés en couleurs pop sixties - des putain d'Anglais, sacré bon sang... avec un son de basse purement et simplement OBSCÈNE ; à la façon d'une version explicite d'Iron Fist.
Vous bandez ? Elle aussi.

Mark Lanegan Band : Gargoyle

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Le disque où mon gars Mark assume complètement, et embrasse de ses bras tannés de camionneur camé, cette voie pop-variète qu'il ne semblait qu'emprunter en roue libre, comme on se beurre la gueule pour oublier la demi-honte, sur un Blues Funeral qui du coup sonnait un peu trop auto-pilot no control si vous me permettez. En toute logique, mon Mark il assure grave, comme le chef indien qu'il est. Les arrangements electro sont par le fait beaucoup plus nombreux et présents que sur Blues Funeral, et de pas meilleur goût (le beat drum'n'bass de "Drunk on Destruction" ? vraiment ?) mais c'est parfait, ça fait le job, plus classieux c'eût été chiant, eût sonné Télérama. C'était, que voulez vous, la période où Mark était pop et se voyait partout en ville, il n'a pas même  chanté sur des bandes originales de films ces années-là ? Et ben il a les épaules pour, Mark, s'il le décide, en avant pour la pop, il tient le volant d…

Ævangelist : Matricide In The Temple Of Omega

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A mi-chemin, non de notre vie de misère, mais de la férocité animale d'un Cultes des Ghoules et de la férocité pas forcément moindre mais beaucoup plus cérébrale d'un  Reverorum Ib Malacht ; des appétits d'un Monumental Possession et des délires opioïdes d'un Stained Glass Revelations ; il s'y tapit... celui qu'on croyait un groupe de death metal ; d'une espèce sévèrement défoncée et super-perchée, par des drogues synthétiques d'un futur aux allures de cul-de-sac, mais de death metal néanmoins. Il est donc passé au noir, celui des forêts maudites.
Vous l'avez à présent deviné : Ævangelist a pris la décision qu'il fallait. Arrêter la course à la xénomorphie pour la xénomorphie (que les médecins appellent "syndrome Portal"), et se laisser aller, glisser, simplement, peinard, selon sa propre naturelle pente au délire. L'être humain est une assez bien belle saloperie tordue, après tout, sans avoir besoin du recours à des déguisements …

Soror Dolorosa : Blind Scenes

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Tout de même, lorsqu'il faut lire (y compris par un cuistre écrivant sur fond rose) que Soror Dolorosa est un groupe d'adorateurs transis, de copieurs, de fans de Cure bornés... Quelle marrade.
Oui, Soror Dolorosa ont des influences : qui n'en a pas ? Vous voulez vraiment refaire cette disserte de philo, sur le principe d'ex nihilo ? Oui Soror Dolorosa aiment The Cure d'amour : pas vous ? Jouent-ils, comme j'ai pu le lire - je ne vous cacherai pas que cela m'a causé un peu d'humeur : vous le voyez bien - des plagiats de morceaux de Faith ? Cette bonne blague. Rien que "Silver Square" à l'ouverture de No More Heroes : si elle ne vaut pas cent fois mieux, au bas mot, que cette fichue "Temple of Love"...
Tenez, regardez une "Scars of Crusade" : comme une chanson telle que celle-ci, non seulement est magistralement réussie, mais surtout est typique de leur répertoire, et de leur propre personnalité, comme ce qui en f…

Exploded View : Obey

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Davantage que les notes de dégustation que l'on pourra faire - Cercueil, Kas Product, Andrew Weatherall, Adult. et Haus Arafna pour se cantonner à peu près au plus saillant - ce qui dira le mieux ce qu'est cet Obey, c'est qu'après Magus, Vive la Void, la réédition de la bande originale d'Eraserhead et la prochaine parution d'un album de Thought Gang, le disque d'Exploded View achève, de la splendide et brumeuse façon qui convient, de faire de Sacred Bones les dépositaires musicaux de l'esprit David Lynch.
Ou plus précisément de ses toxiques héroïnes, et leur inimitable mariage de l'eau de rose la plus sucrée et délayée, avec le vinaigre le plus létal ; tant où Vive la Void semble dérouler les horizons parfaits pour de ces dernières les rêves chloroformés et les hallucinations à l'eau de Cologne, Exploded View (que de V's, dites, comme dans ?) paraissent, quant à eux, distiller pile le genre de shoegaze-nowave-a-billy (le mélange de Nancy Si…

Hell in Town : Bones

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Il y a quelque chose chez Hell in Town... Quelque chose que Hell in Town a pigé, ou du moins et cela suffit, capté, de l'essence toutes ces saintes icônes des nineties, dont lesdites portaient haut et fier la bannière, avant que tout ne devienne du doom, du sludge et de l'extrême : c'est le groove, et plus globalement l'accroche.
C'est cette simplicité à laquelle Hell in Town s'affilie, au moins autant qu'aux gimmicks certifiés Alice in Chains et Down (pour nommer clairement de quoi on parle), et à laquelle ils ajoutent leur transposition dans une langue et une sensibilité modernes, par-dessous l'humilité de leur respect non dissimulé. Lequel ne dissimule pas non plus, ceci expliquant sans doute cela, qu'il inclut Pantera au nombre de ses bénéficiaires, et son goût d'un bon coup de soleil sur le cabochon, à égalité avec celui pour une bonne vieille sinistrose du foie à la Crowbar - rappelez moi à qui ceux-là doivent leur exposition, au fait ?
E…

Demande à la Poussière : Demande à la Poussière

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Je n'ai pas trouvé de vanne fielleuse à faire sur "étranglé", mais vous pouvez croire que ce n'est pas faute d'avoir essayé, ou en tous cas envisagé de chercher, à la première écoute au moins.
Sérieusement ? Qu'est-ce que ce morceau tarte vient faire dans l'onctueuse soupe de velours, de magma et de cendre, qu'est le neuro-core patibulaire de Demande à la Poussière ? Dans ce torride royaume onirique où se confondent science-fiction pure, dystopie cyberpunk, et héroïsme noirci à la cimmérienne ? Pourquoi, au milieu de cet épais et capiteux sirop qui tient à la fois de la ginja et du pétrole au goulot, ce morceau d'une regrettable orthodoxie dans le mièvre ?
Le morceau n'est même pas à jeter dans son entier, soyons honnête, il apporte après tout une couleur jazz et comptoir de bar aux petites heures de la nuit, qui sied bien à la référence contenue dans le nom du groupe (et du disque), et finalement on réussit à l'intégrer, au sublime et sa…