mardi 2 octobre 2018

Demande à la Poussière : Demande à la Poussière

Je n'ai pas trouvé de vanne fielleuse à faire sur "étranglé", mais vous pouvez croire que ce n'est pas faute d'avoir essayé, ou en tous cas envisagé de chercher, à la première écoute au moins.
Sérieusement ? Qu'est-ce que ce morceau tarte vient faire dans l'onctueuse soupe de velours, de magma et de cendre, qu'est le neuro-core patibulaire de Demande à la Poussière ? Dans ce torride royaume onirique où se confondent science-fiction pure, dystopie cyberpunk, et héroïsme noirci à la cimmérienne ? Pourquoi, au milieu de cet épais et capiteux sirop qui tient à la fois de la ginja et du pétrole au goulot, ce morceau d'une regrettable orthodoxie dans le mièvre ?
Le morceau n'est même pas à jeter dans son entier, soyons honnête, il apporte après tout une couleur jazz et comptoir de bar aux petites heures de la nuit, qui sied bien à la référence contenue dans le nom du groupe (et du disque), et finalement on réussit à l'intégrer, au sublime et sanglant tableau général de bouge mal famé, perdu sur un caillou entre des étoiles qui grondent au son d'un dub de la braise, dans quoi l'on croit entendre les séquelles de Red Harvest... Le moment du film où l'on écrase une larme, tandis que survient un souvenir du présent, de l'humanité, où l'on étrangle... Allez : ça se tient.
Or donc, on pourrait s'appuyer sur le présent disque, le nouvel album de Barus, et éventuellement Eryn Non Dae, pour détecter dans le metal français actuel une intrigante nouvelle tendance du beatdown sous semuta, mais je dois confesser une préférence dedans : pour le ci-devant disque (sans conteste le plus animal et brûlant des trois) en forme de périple intime comme peuvent l'être des Deathspell Omega ou des Leviathan, mais retaillés au gabarit ours, trapu mais redoutablement souple et vif quand nécessité le requiert, aux allures de péplum fulminant et carnassier. L'intersection d'Entombed avec Oranssi Pazuzu ? Non plus. Une Chronique de Riddick par Frank Herbert ? Il y a de ça...
Demande à la Poussière semble jouer - et vous moudre un tantinet les os au passage - avec une sorte de demi-sourire qui colore de narquoiserie son nom, pour vous laisser seul décider où vous êtes - j'allais dire "réellement"... On pensera de façon aussi légitime à des choses aussi primitives que Lurk, ou que... A moins que, peut-être, suffît-il tout simplement de prononcer le nom Proton Burst, disant ainsi à la fois la tradition (française et fantastique), ancienne, dans laquelle s'inscrit Demande à la Poussière, et son ambivalence, entre rustauderie antique et occulte savoir tombé du futur ; sur la foi desquelles le disque s'appuie pour son odyssée au gré de langoureux fleuves de lave et de mercure sale, qui aussi bien vous troubleront le sommeil de lointains rêves de P.H.O.B.O.S. que de Lab° ou Treponem Pal, bref des fantasmagories comme lui taillées dans la brûlante chair même dont on fait les mirages ; et les chimères. Au milieu desquelles, dans son groove sourd et huileux, il se meut avec la féline, redoutable grâce d'un prince ou d'un merlan.

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