jeudi 18 octobre 2018

Mark Lanegan Band : Gargoyle

Le disque où mon gars Mark assume complètement, et embrasse de ses bras tannés de camionneur camé, cette voie pop-variète qu'il ne semblait qu'emprunter en roue libre, comme on se beurre la gueule pour oublier la demi-honte, sur un Blues Funeral qui du coup sonnait un peu trop auto-pilot no control si vous me permettez. En toute logique, mon Mark il assure grave, comme le chef indien qu'il est. Les arrangements electro sont par le fait beaucoup plus nombreux et présents que sur Blues Funeral, et de pas meilleur goût (le beat drum'n'bass de "Drunk on Destruction" ? vraiment ?) mais c'est parfait, ça fait le job, plus classieux c'eût été chiant, eût sonné Télérama.
C'était, que voulez vous, la période où Mark était pop et se voyait partout en ville, il n'a pas même  chanté sur des bandes originales de films ces années-là ? Et ben il a les épaules pour, Mark, s'il le décide, en avant pour la pop, il tient le volant d'une main ferme - l'autre pend toujours au bout du coude à la portière, un vieux clopon collé entre deux doigts de bagnard, faut pas déconner - et il se fait plaisir, enfin réveillé cette fois, en met des caisses sur le vibrato, pour être à la mesure de ces paysages un peu cliché qui ne prennent la juste mesure de leur saveur en puissance, qu'ainsi brossés avec une sincérité larger than life - et Mark est plus grand que la vie. Il s'avère ici plus grand que Bono - ce qui est facile - et plus grand que Mark Knopfler - ce qui est plus difficile.
Parce que bon, au fait : le disque s'appelle Gargoyle, et une de ses chansons "Nocturne", et je suis ravi, à lire certaines chroniques qui le déclarent album du virage gothique pour Lanegan, de constater que je ne suis pas le seul à posséder un inconscient couche-toi-là - mais si jamais à aucun moment de votre vie vous n'avez aimé U2 ou Dire Straits, et si les roads movies dans la poussière du Grand Ouest ne vous font pas rêver, peut-être aurez vous un problème à voir le charme renversant de Gargoyle - mais bon, je ne peux pas résoudre non plus tous vos problèmes. Gargoyle est, à la limite, aussi gothique qu'un Star Treatment : voilà dans quelle famille esthétique on est, celle qui comprend également un certain Uncle Anesthesia, et aussi des films de motel comme Powder Burns ou Prey.
Pour les autres, sachez qu'à tout ceci Mark ajoute la profondeur d'un City of Industry - maman, "Nocturne" ! - ce qui après tout n'est presque que tautologie : je rappelle que l'on sait depuis son rôle aux côtés de Michael Madsen dans Gutter Twins, que Mark Lanegan n'est autre qu'Harvey Keitel ; en sus d'être un Lou Reed ou un Iggy Pop (celui du "Passenger", d'Arizona Dream ou de Post Pop Depression, vous choisissez : Mark est un pitre fort accommodant) en version hard boiled bad ass motherfucker, ce qu'il prouve à mesure que le disque avance ; puis se clôture, sur une "Old Swan" qui quant à elle fait la jonction, dans du velours, entre Joshua Tree et Violator - quand on y songe un instant, c'est l'évidence, non ? Dark Mark ? Stratosphérique Mark, oui, rien moins.
Bref : lorsque le grand Mark se pique de variété, il en résulte, fatalement, de la grande et tragique variété grand luxe.