mardi 30 octobre 2018

Night Gaunt : The Room

Night Gaunt est de la même espèce que Witchthroat Serpent ; celle des groupes dont l'essentiel et le crucial se joue dans l'implicite, le non-dit, l'intangible, l'aura : car tout comme les derniers cités dans un style légèrement différent, ce qu'ils jouent en surface est un doom tout ce qu'il y a de plus méticuleusement respectueux de la tradition. Leur autre point commun étant que les deux exsudent chaque seconde au litre : la malveillance, la malfaisance, la malignité.
Toxicité prenant, avec The Room, une voie différente de celle observée sur Night Gaunt, puisque le nouvel album, en cela merveilleusement conforme aux promesses de sa pochette, son titre, et celui de l'obsédante "The Oval Portrait" (qui a la fâcheuse tendance d'éclipser toutes les autres, au début, ce que celles-ci ne méritent certes pas), est partout teinté de fantastique fascinatoire et d'horreur gothique XIXème ; pas au point, cependant, de totalement occulter la dangerosité à cran d'arrêt qui était le propre du groupe dès le premier disque, et faisait de celui-ci une bonne part du charme fatal ; ces riffs à faces de carême mais indentés à en couper la viande, toujours prêts à vous tomber sur le râble au détour d'un lead mal éclairé, d'un brouillard de réverbération sous la lune blafarde, d'un brame de prêtre croque-morts, à vous sauter d'un coup à la gorge si vous aviez oublié de surveiller cette basse boueuse, et les accès de bestialité qu'elle couve et incube - tout ce qui fait de The Room, au bout du compte, presque un Facelift dans la langue du Moine de Lewis.
Car peu importe le nombre d'empans de riches soieries orientales dont ils choisissent de se draper pour déclamer leurs homélies : Night Gaunt restent des bandits des campagnes italiennes déshéritées, devant lesquelles Dieu a voilà sa face depuis longtemps, des ladres de la pire espèce.  Et à l'instar de la plupart des pires crapules, ils ont compris que le champ pour leurs outrages serait d'autant plus libre et l'ignominie d'autant plus impunie, qu'ils auraient enfilé soutane. Peut-être est-ce même cette onction, que la bure met à toutes les choses qu'ils font, qui donne au disque ce subtil, douceâtre - comme c'est italien... - arrière-goût de frustration pour la grande chose funèbre et horrifique à en cailler les sangs qu'il pourrait être, au lieu de cette nauséeuse et blette sournoiserie que voilà. Pour la chose extrême qu'il n'est pas ; mais n'être pas extrême ne veut pas dire qu'une chose n'est pas profonde ; vous pourriez vous le rappeler à vos dépens.

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