dimanche 21 octobre 2018

Scorn : Gyral

L'album de Scorn qu'on a tendance à oublier, et ce depuis 1995. Parce qu'il est arrivé, ce jour-là, sans tambour ni trompettes, nimbé et pétri de toute l'humilité et l'effacement dont est fait Mick Harris, dévalué a priori car le premier sans Nick Bullen, à la fois trop beau pour être vrai et comme s'il y avait toujours été, prêt à recevoir une formule journalistique du type "définition de Scorn" comme le gros et bon chat qu'il est aurait reçu la caresse, chat et caresse à la fois, accueillant et laiteux à l'image de sa pochette, paru chez Scorn Recordings, paré d'un morceau intitulé "Black Box" et un autre "Hush" ce qui en fait une forme de quintessence de Mick Harris, présentant toutes les soyeuses qualités d'un Evanescence qui aurait parfaitement digéré sa propre tumeur Ellipsis, et déjà les prémices de Logghi Barogghi, enceint de What do you know about it ?, d'une facilité prête à l'emploi déconcertante - "Trondheim - Gävle", ce tube -, candide avec son nom à la fois si simple et si gros de mystérieuse puissance oniromancienne, presque trop idéalement parfait douillettement psyché autant qu'il était douillettement dark, si benoîtement et naturellement basculé de plein pied de l'autre côté du miroir, tout au fond de l'étang et de ses eaux noires...
On le voit, pour toutes ces raisons, et autant d'autres que j'oublie et qui toutes sont aussi inter-connectées et -pénétrantes que celles-ci : un non-événement parfait, limpide, une forme de confirmation parfaitement apaisante, de dématérialisation de tout dans l'irréel, et de triomphe de ce dernier, peut-être bien ai-je cessé de croire au monde cette année-là d'ailleurs.
Car, tout de même : quelle bête. Un monstre de la famille des grands gouffres d'encre, et qui se laisse avaler à la façon d'une soucoupe de crème fraîche avec juste ce qu'il faut de sucre. Une inversion complète du concept de "cauchemar". Loin, si loin du monde. Quelle paix.

Aucun commentaire: