samedi 13 octobre 2018

Soror Dolorosa : Blind Scenes

Tout de même, lorsqu'il faut lire (y compris par un cuistre écrivant sur fond rose) que Soror Dolorosa est un groupe d'adorateurs transis, de copieurs, de fans de Cure bornés... Quelle marrade.
Oui, Soror Dolorosa ont des influences : qui n'en a pas ? Vous voulez vraiment refaire cette disserte de philo, sur le principe d'ex nihilo ? Oui Soror Dolorosa aiment The Cure d'amour : pas vous ? Jouent-ils, comme j'ai pu le lire - je ne vous cacherai pas que cela m'a causé un peu d'humeur : vous le voyez bien - des plagiats de morceaux de Faith ? Cette bonne blague. Rien que "Silver Square" à l'ouverture de No More Heroes : si elle ne vaut pas cent fois mieux, au bas mot, que cette fichue "Temple of Love"...
Tenez, regardez une "Scars of Crusade" : comme une chanson telle que celle-ci, non seulement est magistralement réussie, mais surtout est typique de leur répertoire, et de leur propre personnalité, comme ce qui en fait l'essence et le désir moteur se retrouve d'album en album, mais dans une tonalité, une couleur différente pour s'accorder - évidemment, il n'est que de voir comment le Julia est amateur d'art - avec le tableau propre que peint chaque album.
S'il est, d'ailleurs, une chose qui sur Blind Scenes, non pas manque car elle est déjà présente, mais se trouve à un état moins brillant et aveuglant que sur No More Heroes, c'est ce talent pour agencer ces morceaux sublimes en une enfilade encore plus sublime, qui à chaque enchaînement vous retourne, vous renverse, vous chavire à la façon du danseur de tango chevronné qu'est le groupe... Et peut-être est-ce simplement (mais qu'importe au fond ?) non pas un progrès qu'ils n'auraient alors pas encore accompli, seulement une volonté précisément de ne pas briller tant que cela, comme l'or vieux de la pochette, qui se pourrait deviner dans un morceau tel que "In a glance", lequel aurait tout pour être un hymne goth-à-ray-bans flamboyant, mais se contente de l'ombre peinarde, d'une assurance mâle mais réservée... C'est que Blind Scenes, "Broken Wings" vient le rappeler pour la note de conclusion, est une âme endeuillée qui erre la forêt, un chat qui s'en va tout seul. Un tableau en lumière basse de fin d'année, où la voix de Julia vient, en toute discrétion, au service du symbolisme, figurer tantôt le goéland de passage, tantôt la ramée qui bruisse dans le vent plaintif, tantôt encore un nuage qui vient bleuter le ciel...
En vérité cet air de simple imitateur virtuose de Robert Eldritch Murphy est un leurre, une modestie qui ferait presque passer inaperçu la façon dont ce chant, davantage que l'expression d'un ego qu'il est facile d'y voir, d'un narcissisme écorché qu'il est aussi - est pinceau, qui vient poser ses figures parmi les magnifiques paysages automnaux de roman - de ceux qui vous hantent ensuite sourdement toute votre vie - que vous tissent les morceaux. Soror Dolorosa possède ce talent - ou plutôt un talent, ce démonstratif suggère bien mal à propos qu'on en aurait déjà pu rencontrer autre exemple - pour concilier, entretisser sans aucun scrupule ni pédante maladresse, mais en revanche un aplomb ahurissant, nature viscéralement dandy et décadente, et ambitions à parler le langage des éléments. Comme une forme très étirée de haiku, serait-on tenté de dire pour faire le bel esprit. Cela prendra une forme beaucoup plus grandiose, une envergure sacrée antique plus manifeste, sur Apollo mais regardez, tout est déjà là. La new-wave et le rock plombé comme odes les plus sincères, comme vœux les plus éternels à la nature. Eh oui les gens, vous tous pour qui se proclamer goth est, provisoirement, le nouveau sommet du cool, les gothiques sont aussi cela ; depuis bien avant que ce soit cool.
Soror Dolorosa, un groupe sous influence... de qui tu vas être sans rémission, oui, et non pas sitôt que tu l'entendras, ce n'est pas aussi simple, leur musique est tellement aqueuse qu'elle paraîtra te couler dessus les premières fois - mais cette eau-là te changera, te troublera le sang pour jamais, et te noiera comme un bienheureux dans son royaume des rêves.

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