mardi 20 novembre 2018

Today is the Day : Temple of the Morning Star


Je trouve ça rigoureusement puant chaque fois que je le lis - d'autant que la plupart du temps cela sous-entend des a priori envers le metal et le hardcore, de gens qui n'en écoutent guère, car précisément ils condescendent peu à reconnaître à ceux-ci les "qualités" que l'on va dire - et pourtant, lorsqu'on écoute le disque, que voulez vous dire d'autre - que : "quand on pense que des gens jouant du black metal se croient malsain, et même que certains jouant du hardcore y mettent du black metal dedans en pensant lui donner une dimension malsaine... et qu'on entend ça".
Temple of the Morning Star, pour remettre à sa place d'emblée le concours de quéquette, n'est pas, probablement, le disque le plus malsain qui soit non plus que Today is the Day le groupe, dans l'univers ; simplement, Temple of the Morning Star est un disque pas vraiment metal, à la rigueur hardcore, enfin surtout de punk rock extrême, qui utilise une sémantique metal, et rend par là-même assez inévitable de constater les océans (de dépravation) qui le séparent d'à peu près tout ce qui sort ou est sorti dans la catégorie, à commencer bien sûr par Kickback, dont j'ai suite à l'écoute de ce Today is the Day dépoussiéré Et le Diable Rit Avec Nous dans une intention, soyez en persuadés, tout sauf dépréciatoire a priori, plutôt pour rester dans le ton... Et si le ton est resté, le propos quant à lui s'est considérablement dilué (on ne dira pas édulcoré, car on aime bien Kickback) entre les deux.
Parce que Today is the Day, n'étant pas un groupe de metal ou de hardcore, ne connaît pas cette dimension "bagarre" sur laquelle les autres ne savent pas faire l'impasse quelle que soit leur corpulence (oui, même Still Nothing Moves You), cet impératif de l'emporter dans un duel de rue (ou dans un combat contre le boss de fin de niveau de l'Univers pour le metal : je dis ça avec tendresse, j'aime le metal et je lis (lis !) Warhammer). Temple of the Morning Star ne connaît qu'une seule dimension, celle de son ordure mentale, celle de la soue où il entend - non : aspire, de toute sa libido, à - vous traîner, car vous êtes une traînée comme lui qui s'en délecte avec les délices que l'on prend à nager dans sa propre bile, à se vautrer dans ses fluides corporels épandus sur toutes les parois de notre univers - en vérité il existe des disques de metal qui font montre du même type d'attitude, il ne s'agit pas d'impuissance : jusqu'à preuve du contraire (i.e. que je le réécoute ?) Skandinavisk Misantropi par exemple en fait un beau cousin ; ou peut-être un Ebonylake.
Mais Temple of the Morning Star est le mâle - l'hermaphrodite, plutôt - alpha, de ce peuple des prédateurs de l'esprit ; rien qu'un détail drolatique le prouvera suffisamment : quoiqu'elles soient depuis de nombreuses années à présent le signal de tous les appels entrant sur mon téléphone, donc celui de choses généralement aussi indésirables que triviales, les notes acides enivrantes du morceau-titre me flanquent encore la chair de poule sans coup férir. Autant la voix (monstrueuse autant dans les rugissements de fournaise que dans les gémissements humides), bien sûr, les guitares (polluées), de toute évidence, et la batterie ( ophidienne), à n'en pas douter - que les chansons elles-mêmes, sont la toxicité violente faite substance sonore, pour s'en faire noyer par les oreilles ainsi qu'un blaireau se fait gazer dans son terrier : oh non, on n'est pas là pour vous prendre à la bagarre, mais pour la strangulation, pour l'empoisonnement, et à marche forcée encore, la sensualité ici à l'ouvrage n'étant pas synonyme de délicatesse ; le serpent (et le Serpent) est depuis le début le prince caché au cœur des albums de Today is the Day, mais ici plus qu'ailleurs encore sa présence se ressent partout, qui pèse de son étreinte nonchalante, dont les anneaux s'enroulent partout sans laisser aucun espoir d'évasion, prêts à tout instant à serrer et à broyer, si la victime cesse de se comporter comme consentante, et de laisser le vice ramper partout sans se lasser.
Lorsqu'on ne l'avait plus entendu depuis longtemps, le contact physique de Temple of the Morning Star est celui d'une horrible lourde gifle, qui laisse brûlant et quelques dents déchaussées. Mais dès la fois d'après si elle est rapprochée, on perçoit plusieurs degrés de répugnance de moins, et le sentiment de faire quelque chose d'extrême se dissipe ; parce que, encore une fois, Temple of the Morning Star, s'il est violent, ne cherche pas la violence avec vous, ne cherche pas le baston - mais seulement à vous baiser ; et à obtenir votre consentement.
J'ai longtemps voulu me cramponner paresseusement à l'idée que Kiss the Pig était mon Today is the Day préféré. Mais je me trompais.

lundi 19 novembre 2018

Candelabrum : Portals

Là toute de suite, je confesse qu'il ne m'en vient pas trop d'autres en tête : allez, disons Non Omnis Moriar et, tenez, à sa façon légèrement différente, Svartmyrkr - mais il y a des disques dont dès la première écoute vous avez fait (et le savez dans vos os) le tour de tout ce qu'ils avaient à vous dire, de tout ce qu'il y avait à y découvrir et y ressentir ; et dont cette certitude même n'ôte rien, mais alors ce qui s'appelle rien, à la solidité de votre dévotion immédiate, votre attachement profond à eux.
Ce doit être là ce que les pandas expriment par la fameuse locution "so pure, so cold" ; Portals est... le froid. Son extase suffisante à elle-même. Son universelle puissance de transpercer. On le ressent d'emblée, de façon unie tout au long d'un album qui lui érige une cathédrale, à la nef aussi immense avec ses ombres impénétrables, que sont aveuglants ses vitraux comme des crachats de blizzard solidifié. La sensation ne se dément plus jamais - non plus qu'elle ne s'affaiblit, quoique d'un point de vue tout à fait terre-à-terre ces nappes de synthé glaciales, qui crucifient Portals dans le ciel du génial, ne fassent pas preuve d'un penchant immodéré pour le renouvellement ou une quelconque autre forme de variété. La porte du frigo refermée sur vous, et à la revoyure le monde de l'autre côté. Ça n'est rien que cela, et c'est aussi grand que peut être cela, comme du vieux Burzum, ou du Cold Meat Industry des tout débuts, ou du The Klinik : un truc qui vient du fond des âges, du fond du sang.
Enfin, bon : comme il ne s'agit pas non plus d'un album de Wold, j'ajouterai tout de même que Portals est plus que parfaitement propice, en ce qui me concerne, à se remémorer ses impressions floues mais immortelles de la lecture du Silmarillion, la crudité, la noblesse, l'âpreté hivernale, la grandeur, la désespérance, la désolation, qui toutes viennent le compléter et lui donner corps - congelé - à en rehausser encore la merveille... Probablement ai-je été plus qu'un peu aidé à trouver ce chemin par une chronique qui, cela ne vous aura pas échappé, a aussi peu cure que la présente de décortiquer des heures ce qui ne s'y prête pas.
Quand même, c'est tellement bien, l'hiver...

samedi 17 novembre 2018

Cult Leader : Nothing for Us Here

Tout, même la fameuse envie d'avoir envie : une question de perspective.
Eussé-je goûté Nothing for Us Here, en l'écoutant sans appétit, à sa sortie ? Sûrement pas, et encore moins aurais-je entendu ce qu'il démontre aujourd'hui à la lumière d'Un Homme Patient - à savoir que Cult Leader, à défaut peut-être de pouvoir déjà être regardés comme Grands, ne sont certes pas petits. Nothing for Us Here, ou une vingtaine de minutes dont chaque morceau, avec ses idées simples et ses riffs simples, paraissent des passages obligés du groupe de hardcore négativiste post-HHIG... Révisées à ce que l'on n'aurait, donc, pas forcément su voir à l'époque mais que force est - et quelle force - de reconnaître aujourd'hui comme la manière Cult Leader. Avec au premier chef cette façon de chanter comme l'on conduit une pelleteuse en furie dans des champs de cendres : si Nothing for Us Here n'est probablement pas leur meilleur disque, sur ce plan-là strictement Lucero est plus impressionnant que sur le dernier en date. Avec également au premier chef d'ailleurs, cette façon non pareille de traduire tous ces riffs que l'on a sûrement déjà entendu chez Trap Them ou d'autres moins dégourdis, dans une palette rigoureusement, méticuleusement purgée de tout souvenir ou soupçon de couleur.
Nothing for Us Here confirme que Cult Leader dès le début était Cult Leader ; et non pas, donc, ce n-ième groupe de petits barbus faisant des yeux de crapauds morts d'amour à leurs disques de Cursed ; déjà ce groupe qui ne retenait que le meilleur de Gaza. Et un disque qui sous ses apparences de gentil symptôme de son époque n'a guère de parents, en dehors du Are you Fucking Kidding Me de Call of the Void - qui en est le délicieux pendant... non pas festif, mais détendu, son seul égal tant en absence de melon qu'en mornerie sinistre.
Mais A.Y.F.K.M est une exception, au moins jusqu'à nouvel ordre (toujours bienvenu) ; Nothing for Us Here était la première assertion d'une singularité conséquente ; elle est passée relativement inaperçue parce que, d'une, les gens sont bêtes et préféraient pleurer Gaza, de deux elle ne cherchait pas la lumière - étonnant - et pourtant, dès "God's Lonely Children" : les larsens, les rugissements de bête de la fin des temps, on est à la limite du power electronics ; pas la plus sympa-bagarre des manières d'entamer un disque de hardcore bien dans son temps.
Mais on l'a compris : ce n'est pas tout à fait ce qu'est un disque de Cult Leader, quel qu'il soit.

vendredi 16 novembre 2018

MZ.412 : Svartmyrkr

Faire du Cold Meat Industry en 2018 (sur Cold Spring, on reste chez les Grands Anciens), pour quoi faire et comment ?
Maschinenzimmer 412 n'était pas, à la grande époque de Linköping, le groupe le plus hiératique de la famille ni celui qui imposait le plus de respect, je peux vous le garantir - voire le contraire : le metal et ses amusants pyromanes n'était pas en odeur de sainteté alors, chez nous autres gothistes, donc In Nomine dei Nostri, déjà ça passait tout juste, mais alors Burning the Temple of God, pouah ! quelle pitié ! - mais ils le sont devenus peu à peu, sans vraiment paraître l'avoir cherché, à la faveur simplement d'une certaine progressive déchéance de l'espèce et déliquescence des individus plus nobles, tandis qu'eux-mêmes parvenaient peu à peu, avec Nordik Battle Signs puis Domine Rex Infernum puis enfin Infernal Affairs, à de mieux en mieux endosser le costume de luxe (au lieu de celui de rustre exécuteur des hautes œuvres, qui convenait à Macht Durch Stimme) qui allait avec une stature se révélant de plus en plus aristocratique et un port s'affirmant de plus en plus altier.
On admet donc aisément que, Riton étant par ailleurs toujours en exercice dans les sphères dark-ambient et disciplines affinitaires, il était parfaitement fondé à se poser la question, et se sentir un jour ou l'autre en demeure d'y répondre avec l'orchestre de ses larrons.
Or donc, en 2018, sont passés par là le black metal, le post-black metal, Peter Jackson, R.R. Martin, Andy Stott, Valhalla Rising, l'industriel à toutes les sauces, le rituel itou pour bientôt, le power electronics joué par des frimousses de blondinettes sucrées pour des labels hip, ambient crépusculaire à tous les étages, The Body... bref la démocratisation de tout et n'importe quoi, accélérée par internet, parce que la vocation de l'underground n'est pas de le rester, surtout s'il est extrême, dans un monde toujours en quête de nouvelles sensations à se payer. Force est donc, bon gré mal gré, de prendre ce nouveau monde en considération ; et le moins qu'on puisse dire est que MZ.412 le fait.
En mettant au goût du jour juste ce qu'il faut un propos, par ailleurs bien reconnaissable comme, donc, celui auquel les affreux étaient parvenus sur Infernal Affairs, soit comme on l'a dit la digne suite (ne me parlez pas de Sophia, merci : c'est très joli et mignon, Sophia, mais ça recroqueville le scrotum à qui ?) d'un In Slaughter Natives qui a pris sa retraite, quoiqu'il ne s'en soit pas aperçu (du coup le pauvre revient au bureau de temps à autre, depuis, et se met à bosser dans le vide) - en lui donnant encore plus de lustre moderne et de puissance d'impact sensible en millions de pixels. Ce qui pourrait, les grognements rocailleux dont Henri s'est montré friand dernièrement étant de mise ici pour appuyer le propos, conduire fatalement à craindre que Svartmyrkr fasse un peu redite avec Metempsychosis ou Atraments ; ce ne sera pourtant pas le cas, et MZ.412 garde intacte - impeccable, impitoyable, inoxydable - sa touche de suzerain du Nord : en vérité cette théâtralité-là, intrinsèque à la charge et au titre, est de sortie, plus prononcée que sur ces deux pourtant bien grimaçants derniers ; les manières de baron terrible, les pas lents et écrasants, on parle bien d'un album de MZ.412, quand bien même il est fatalement enrichi des expériences de Nordvargr (pour Drakh et Ulvtharm, les fréquentant très peu je ne me prononcerai pas, mais on ne doute pas trop qu'ils aient également fait de la route entretemps) ; pour sûr Svartmyrkr rend désagréablement palpable l'arrivée d'un hiver pas piqué des vers, bien dur et meurtrier - je t'en foutrai moi, de la Freezing Moon : pas d'arbres ici ou de châteaux hantés pour vous protéger de sa lumière aussi dure qu'elle est blafarde, et qui vous congèle jusqu'au os, pire que la pire des pluies d'hiver. Svartmyrkr est moins bavard que Metempsychosis ou Atraments, moins expansif, moins humain ; il est l'hostilité minérale, fait à la semblance d'un bloc d'obsidienne, laquelle peut par moments, la façon de Riton étant ce qu'elle est (à savoir plus laquée encore que celle de Brian Lustmord soi-même), lui donner l'air lisse - et lisse il est, comme l'est un monolithe de malveillance impavide, un cube de noirceur lisse comme la fatalité qui s'avance, lisse comme l'allure où s'en vient un glacier. Pour glisser ça glisse, chaque fois je me retrouve à passée la moitié du disque sans même avoir eu le temps de réaliser ce qui arrivait.
MZ.412 s'est, au moins autant qu'il s'est adapté au monde d'aujourd'hui (comme tout prédateur, pas vrai ?), épuré, densifié, concentré, aiguisé, et cette pochette qui peut paraître d'abord légèrement cartoonesque - voir, pire : rappeler celle du dernier Funeral Mist - résume au bout du compte assez bien cela : cette menace élémentale noire, annoncée dès le titre, qui s'avance sur fond bleu nuit, et la simplicité, largement suffisante voire parfaitement appropriée, de cette image-là, cet ogre émergeant des abysses des peurs enracinées dans nos origines, pour venir nous moissonner, nous prendre par la main. Papa est revenu. L'on voit même magnifiées dans cette épure limpide de certaines choses qui avaient commencé, doucement mais sûrement, à s'esquisser dans Nordik Battle Signs et Infernal Affairs, cette presque mansuétude qui va avec la noblesse et la sévérité, cette glaciale miséricorde qui se lit dans les silences qu'elle appelle de ses longs mugissements marmoréens, et qui donne le caractère de la plus naturelle logique aux accents de Steve Von Till, autant que de Burzum ou de Leviathan,qui se peuvent entendre dans la paix d'un "Burn your Temples, True Change"... La beauté de MZ.412, oui : on avait un peu plus que pressenti son existence, les derniers temps, son éclosion figeante ; mais elle est là, cette fois, impavide, lugubre, inflexible, totalitaire.
Les étoiles le disaient ; le monde était prêt, Karmanik sortait du bois et parcourait les routes d'Europe et du Nouveau Monde, même Patrick O'Kill était de retour... L'ascension de MZ.412 pouvait reprendre sa course inéluctable. Le death industrial ? Il n'a jamais été aussi vivant et souverain.

mercredi 14 novembre 2018

Ingrina : Etter Lys

Le genre de disque, et le genre de genre associé, dont je sais pour sûr que je ne me mettrai jamais à en écouter régulièrement, mais dont je suis ravi, de temps à autre, d'avoir vent de l'existence, et fort agréablement désaltéré d'en entendre un exemple aussi réussi. Je me sentirais presque pousser en dedans un Michel Drucker, pour vanter comme il se doit le travail formidable et admirable abattu par certains labels, qui ne craignent pas d'envoyer au diable vauvert des exemplaires qui eussent pu être vendus de leurs parutions, au destin pourtant plus qu'incertain en ces présentes pages. C'est d'une autre trempe que du lien à télécharger envoyé à des listes de diffusion interminables, je vous le dis tout de go. Lorsqu'on est vulgaire, on appelle ça avoir des couilles au cul. Mais Vox Project, dès leurs débuts avec moi, ils n'ont pas manqué d'audace.
Le genre ? Du neurocore dont on précisera d'emblée - avant que de plus positivement, proprement et extensivement tenter de décrire Ingrina - qu'il aurait la bonne idée de s'abstenir de toute barbe et ampoule apocalyptique : de toutes les manières Neurosis a tué le game de la barbe, de la souffrance et du post-metal branché fight club sous les ruines, pas vrai ? Ingrina l'ont compris, ou n'ont même pas eu besoin de le comprendre : peut-être ont-ils simplement grandi dans un monde où Neurosis faisait partie des meubles, de la météo pour ainsi dire, et ne s'en sont-ils par conséquent pas vus empêcher pour autant de développer leur propre identité.
Ingrina, donc, ne se pique pas de pesanteur, ni dans ses guitares ni dans son propos, et tisse ces mots, originellement parlés à Oakland, pour en faire sa propre langue, qui est lumineuse, limpide, déferlante et rafraîchissante ; un orage diluvien qui vient laver le monde pour qu'il laisse la place à un visage en paix. Oh, il y a bien une famille qui, assez logiquement, se dessine pour Etter Lys une fois qu'on a lâché ces épithètes-là, et les ressemblances de forme qui vont avec sont bien présentes : Giant Squid et Altar of Plagues. Pourtant Etter Lys suit de façon indiscutable sa trajectoire bien à lui, sa détermination propre, son humeur à lui, avec une agilité et une silhouette longiligne qui n'appartiennent qu'à lui. Il se noue quelque chose, entre cette batterie (on me susurre qu'il y en a deux, c'est bath quoi qu'il en soit) virevoltante et aérienne presqu'à l'égal de celle de Cortez, cette distance climatique, où planent les hurlements, qui renvoie à Minsk, ces envols de guitares post-rock plus corrosives que n'importe quoi sous les doigts d'Aaron Turner... Une réussite qui doit également beaucoup à ce que rien de tout cela, justement, ne verse jamais dans l'héroïsme ou l'égotisme, ce qui est bien la moindre des choses mais est souvent oublié par les autres chantres de cette musique des éléments.
La nuit, la pluie, des cris d'oiseaux qui se répondent à travers de vastes distances ; pas de sucre, pas de présence humaine, comme si la planète en avait finalement été lavée ; profitez, c'est un spectacle auquel vous n'aurez pas souvent le privilège d'assister, pendant un disque de rock.

mardi 13 novembre 2018

Mark Lanegan Band : Phantom Radio & No Bells on Sunday

Peut-être encore plus variétés que Blues Funeral et délayé que Gargoyle ? Pour sûr, Mark n'est pas ici à son sommet de charisme de Harvey Keitel pacifique, et le disque ressemble à une manière de version trip-hop de Mad Season, voire de version ambient désincarnée de lui-même...
Et si finalement, Phantom Radio était le plus beau disque de Mark depuis un bon moment : beau à la façon, indie et sans jeu maniéré, des trois premiers ou d'un Screaming Trees converti à la new-wave ? Et si Mark n'avait pas sonné aussi jeune, fragile, sensible depuis bien longtemps ? Sa voix à son plus nu, pour être à la hauteur de guitares aussi liquides et translucides qu'aux premiers temps - comme quoi Mark, pas trop mal dégourdi quand même le vieux camé cramé, aura fini par retrouver sa source au cœur même du rock synthétique, à la lisière de le pop eighties la plus modeste, et touchante.

lundi 12 novembre 2018

Black Wine Order : Folklore

J'avais un vieux brouillon, à propos de Folklore, un du genre qui avait trouvé un angle de départ, se faisait fort de le suivre où il le menait... C'est à dire nulle part - qui soit en rapport avec l'album, du moins. Car cela-même serait antinomique, en plus d'être présomptueux. Savoir où mène Folklore, allons donc... Sérieusement ?
Nous n'en garderons donc que le passage où ladite bafouillante bafouille pressentant quelle fausse route elle faisait, elle se mettait à hésiter : "Est-ce parce que l'on a pensé à l'oreille à Sleazy Listening, que l'on se met en tête, via les vagabondages de l'esprit, les noms de Roland Topor et Roman Polanski, ou l'inverse ? Est-ce parce que l'on a entendu des bribes de Twin Peaks que l'on pense aux vieux Limbo, après un détour de l'inconscient du côté de Noise Trade Conspiracy - ou l'inverse ? L'incertitude, on a dit ; le fantastique, sinon rien. Die Form et Edgar Allan Poe eux-mêmes ne sont pas loin.".
Une fois encore : s'il faut absolument donner des points de repères, vagues, dans le lointain crépusculaire, avant de se lancer dans l'inconnu, de partir rôder dans des campagnes sur lesquelles tombent le soir, ses nuages bas chargés d'intentions obscures, ricanants à la façon des gravures rabelaisiennes dont semble s'inspirer la pochette... Folklore est digne d'une mise en scène sonore du Horla par un Alain Bashung revenu du tombeau pour l'occasion, sans passer par la case Émail Diamant, le petit déjeuner des champions assuré serviablement par Shug-Niggurath... Sait-on seulement en quelle époque on erre, s'éternisant ainsi bien après l'heure ?
Un sample contenu dans Folklore est ce qui parle le mieux de celui-ci, au bout du compte : "La nuit, [...] l'homme est une bestiole". Folklore paraîtrait presque rock à côté ses deux prédécesseurs, et pourtant l'étrangeté a encore grimpé d'un bon cran, et il semble observer sa propre humanité comme on regarderait des insectes inconnus, le nez au ras de leurs vicissitudes et de leurs étranges pratiques ; des chimères, portant leurs peurs et leurs appétits, comme des couleurs protubérant de leurs orifices malades, traînant leur lassitude hantée sur la lande. Entre chien et loup... et un nombre indéterminé d'autres choses, toutes invisibles.

dimanche 11 novembre 2018

N.K.R.T : Niger Ritus

Il y a quelque chose de profondément sale dans le placement rythmique de cette chose. Voilà tout ce que, prétéritivement parlant, j'aurais envie d'en dire. Ah, çà ! pour sûr, si l'on vient ici chercher une tranche de dark-ambient à la Cold Meat Machin et aromatisée aux chants des moines tibétains-là, pour écouter pépouze-douillet au moment de l'assoupissement... On ne va pas être servi.
Parce qu'un peu comme, tenez, Shantidas lorsque je l'avais vu en concert, N.K.R.T ne perd pas son temps à s'efforcer de sonner sale dans le but transparent vous mettre mal à l'aise : il se contente de... vous mettre mal à l'aise. Par ce qu'il fait, qui ne l'est jamais dans l'intention de cocooner ou bercer qui que ce soit, et qui transpire tranquillement à chaque instant de l'évidence - pour autant qu'il existe une chose telle que l'évidence rampante, c'est à dire : bien sûr que oui, avez vous le moindre doute sur la teneur des réflexions d'un serpent lorsque vous le regardez ? - de ses intentions malfaisantes, dans le respect de la suite dans les idées et du plan occulte de longue haleine.
Quoi d'étonnant, dès lors, que la musique de Niger Ritus, au moins autant que de chants méticuleusement pétris de monastique malfaisance, soit faire de cliquetis, raclements, frottis et autres bruits divers de manipulations indéfinies d'outillage mal identifié ? "La fonction performative du langage", qu'ils disaient en cours de philo, voilà tant d'années... Niger Ritus, ce n'est pas là le moindre de ses pouvoirs de terreur sourde, vous rend spectateur, donc consentant tacitement, des outrages qu'il fomente, vous commence de souiller déjà dans ses préparatifs, vous en rendant ainsi complice passif. Pas une miette du processus à l’œuvre, quel que puisse être son aboutissement (mais l'état de salubrité de votre âme à la fin en sera un bon indice), ne sera perdu : en voilà de la leçon de dévotion, pour tous ces fashionistos qui se disent orthodoxes ou ritualistes. Nul besoin de ces capuches qui sont pareilles à l'éclairage des séries américaines actuelles, pour tenter d'obscurcir des intentions désespérément transparentes, chez N.K.R.T : bienvenue dans le rituel. Prenez-y votre place, avec le reste des ossements.

samedi 10 novembre 2018

Decline of the I : Escape

Pas forcément l'envie, désolé, de me plonger sérieusement dans l'étude de la théorie psychologique ou philosophique dont la trilogie de Decline of the I est la rêverie associée qui se conclut ici, après les épisodes sur les réactions d'inhibition et de rébellion, par celui consacré à celle d'évasion - et du coup encore moins de construire dessus une relation du disque et de ma perception de celui-ci - mais force est de noter qu'il semble, en ce qui concerne son auteur, opérer sa fuite, loin des horreurs de l'existence, dans le raffinement, la beauté, l'art.
La musique classique, la drum'n'bass de sensibilité fiévreuse, le rock gothique très aristocratique (on fait péter le Phallus Dei, le Elend, ou les deux ?)... C'en est au point que l'on éprouve une sorte de gêne en face de ses composants black metal, pas tout à fait débarrassé que l'on peut être d'attente de... riffs, vous savez, ces choses cathartiques et déclencheuses de secousses vertébrales et autres sourires d'approbation dépravée diversement blasphématoire ; le riff de guitare dans Escape n'est pas parmi les personnages principaux, non.
Il faut s'y faire. Plus encore que cette sorte d'absurde emmêlé, mi-rixe mi-accouplement, entre Neurosis et Hell Militia Escape semble parfois être un disque de musique classique écrite avec des langues modernes. On éprouve comme un étrange malaise de la pudeur devant ce qui évoque, sourdement mais irrésistiblement, sans doute en vertu d'une même scabreuse cohabitation d'un questionnement intellectuel aigu et exigeant avec une crudité émotionnelle douloureusement candide, dénotant une même soif désespérée du divin et son amour - Daniel Darc. Cette même richesse de langue en reflet de celle de la songerie, mais croyante en sa modernité pop de naissance. Cette dernière vécue non comme un avilissement, choisi et mystique, tel que c'est le cas chez Diapsiquir, dont on peut retrouver un parent de la quête anxieuse ici ; mais avec, c'est sans doute également la ce qui provoque malaise, un appétit de savoir dans son esprit et dans sa chair, plus proche de celui de JK Huysmas. Voilà : Decline of the I pratique le metal de Satan à la façon de Huysmans, avec conviction et innocence.
Vous imaginez donc aisément avec quelle contrition et contrariété l'on se voit impuissant à y pénétrer ainsi qu'il conviendrait, sa nausée en bandoulière,et son ivresse au garde-à-vous - ce qui est le moins que j'attends d'un album de Decline of the I, et ce même en voulant bien me rappeler que Rebellion m'avait déçu et laissé un pied dehors, de prime abord. D'ailleurs, dans ce dernier cas, c'était que le disque me paraissait trop black metal ; mais j'ai fini par l'accepter parce qu'il l'était, justement, corps et âme ; ce qui me gêne chez Escape, c'est qu'il est trop metal alors que son propos me semble fait pour s'épanouir dans une langue moins corsetée...
Non ; ce n'est pas tout à fait cela. Les premiers riffs à résonner dans le premier morceau sont déjà fièrement metal, et post-metal par-dessus le marché, cela ne pose aucun problème, et leur translation sous l'effet de la première boucle électronique fait partie du charme qui d'entrée de jeu propulse le disque dans l'élégance, et son écoute dans un contexte général de confiance. Ce qui pose problème, alors, c'est que Escape manque du goût du soufre - même subtil et raffiné, on est chez Decline of the I tout de même, mais un peu de cette chose que trompeusement évoque "Organless Body", et qui n'est absolument pas son affaire : qu'il est trop cultivé, méditatif, scolastique, calligraphique, spéculatif, syntagmatique, chorégraphique... au point qu'on en est au bord de chercher où il convient de signer pour refaire une hypokhâgne, ou de s'enthousiasmer à la gloire du black de bibliothèque...
Bon, d'accord, je me rends : pour une échappée, elle est brillante. Et cette fièvre qu'il est impossible de n'y pas sentir, mise dans sa création, je finirai, je le sais, par trouver la percée et la rejoindre, à la façon dont une exponentielle s'envole (car il ne doit subsister aucune ambiguïté, si c'était le cas après notre première phrase du jour : l'évasion s'effectue par le haut, et se poursuit dans la même direction). Ce n'est qu'une question de constance, et de confiance.



NdR : si je peux me permettre un conseil, des conditions d'écoute propices à épanouir l'intellect et l'esprit, telles qu'un bon fauteuil et un bon verre de spiritueux, peuvent être d'un certain secours.

vendredi 9 novembre 2018

Cortez + Stuntman, 08/11/18, The Black Sheep, Montpellier

Une soirée placée sous le signe du groove ? Non : du swing, également.

Stuntman : de mon point de vue leur meilleur set en 8 ans de fréquentation plus ou moins méfiante - de façon, en fait, régulièrement dégressive dans ladite méfiance, et ce sans lien démontrable avec ma fréquentation des membres du groupe, lesquels n'ont jamais cherché à me faire changer d'avis. Étant le contraire d'un spécialiste de leur répertoire, donc, il me serait compliqué de déterminer si la nouvelle section rythmique joue dans l'interprétation de vieux morceaux, ou s'il y a nouvelles compos (je sais au moins que "Bag of Dicks" sort de l'album dont la release party m'avait fait faire mon premier pas vers une certaine appréciation du groupe) davantage à mon goût... Mais à ce rythme-là, en tous cas, je ne vais pas tarder à adorer Stuntman, et peut-être même en écouter sur disque. Quel groove punk-hardcore torride, et ce sans lâcher sur leurs amours chaotiques ni jamais cesser de mériter ce légendaire t-shirt Deadguy... Sans rien lâcher de leur identité, en fait, ni la fibre metal de Rod, ni son envie permanente de hardcoritude, ni, donc, la fibre chaotique infibulée au noise-rock de Flo... Et donc, cette nouvelle section rythmique voyouse à souhait. Stuntman, quoi ; l'intégrité la plus radicale, en toute décontraction.

Cortez : en toutes honnêteté et transparence, je ne me rappelais pas à quoi ressemblait la musique de Cortez, malgré un album et un concert - release party là aussi, il me semble - qui restent de très précieux... souvenirs émotionnels ; je me rappelais simplement qu'elle décoiffait et vous mettait le feu dans un sourire (partagé) et que le chanteur avait une touche bien à lui de danseur électrocuté, de funambule auguste... Quelle ne fut donc pas mon inquiétude, mais cependant ma curiosité, en apprenant la veille du concert que le nouvel album, à défendre ce soir là, était beaucoup plus frontal, et pas chanté par le même.
Bien. Cortez (eux non plus) n'ont pas changé. Oh, ils ont globalement choisi de jouer du rock'n'roll - à l'exception vers la fin d'un morceau genre vénère ce qui à mon goût leur va moins bien, et d'un morceau dans la veine post-hardcore épique, peut-être issu de Phoebus - et ils le font à leur façon, c'est à dire que ça pourrait aussi bien être un e nouvelle définition du jazz et du post-hardcore à la fois, avec toujours - cela m'est aussi rapidement revenu - un batteur qui est un fou de Dieu et ne laisse comme seule comparaison possible à leur set, qu'avec un d'Aluk Todolo... Sans oublier, il aura été prouvé ce soir-là que cela faisait également partie de la définition de Cortez, un chanteur sans discussion possible aussi magnétique que le précédent, avec même une continuité malgré un style, tout comme sa présence physique, un peu plus... confrontationnel ? Certainement pas moins lunaire, en tous les cas.

Bref : bravo, les garçons. Belle soirée.

jeudi 8 novembre 2018

Cult Leader : A Patient Man

Maintes choses convergent (oups, j'anticipe) dans A Patient Man, qui couvaient depuis quelques années, rôdant telles des reproches dans le marigot new-new-newschool-hardcore : la tentation du post-rock (de Converge à Isis en passant par Envy bien entendu), la tentation du post-punk (tous les Coliseum et Modern Life is War en tête du tableau des bonnets d'âne, Young Widows et autres Jay Jayle... toutes ces conneries de born again goths de la dernière pluie)... et la tentation de l'extrême : j'ai écouté juste avant sa découverte The Black Crown, de Suicide Silence, pendant quoi j'avais songé à The Acacia Strain : figurez vous que j'ai pensé aux deux pendant A Patient Man ; ainsi qu'à un Primitive Man qui aurait bu trop de cafetières, et un Thou reconverti prof de sport, ce qui nous ramène au post-rock emphatique de tout à l'heure.
Oui, bien des choses qui se bouclent avec un naturel et une rustrerie étonnantes, surtout compte tenu de la mégalomanie et l'emphase de toute l'affaire. Primitive Man avec Wear your Wounds, excusez du peu (d'un autre côté, je vous confierais bien qu'à la dernière écoute de Caustic j'ai été tenté par un troisième billet sous l'angle emocore, mais il y en aurait pour croire que je bluffe). C'est à dire aussi que, plutôt que les divers tâcherons mis sous le cordon sanitaire des parenthèses ci-dessus, A Patient Man évoque ceux qui sont venus avant tout cela (vous m'excuserez si je ne vérifie pas scrupuleusement, grosso modo on y est), à savoir Scott et Steve ; et d'ailleurs la bovinerie avérée du disque dans ses passages plus drus, ne tient-elle pas elle aussi de ce que Neurosis était avant d'être pris pour ceux qu'ils ne sont pas, à savoir les hérauts du post-metal et les trompettes de l'Apocalypse et de la Fin de la Dignité ? Un groupe de veaux illuminés, de kids des suburbia abrutis aux drogues de prolétaires et corollairement hantés de visions mystiques ? Oui : encore et toujours ce sempiternel même repère, quand bien même le langage et la génération ne sont pas les mêmes - mais en est-il d'autre, pour parler d'un certain hardcore du jusqu'au bout, d'un certain punk du terme des choses, du bord du monde, du dépouillement dernier et de la crudité primitive élevée au stade du grandiose, la barbarie au grade du cosmique ? N'étaient-ils pas pareillement gauches et un peu laids, les Neurosis d'avant (et après, d'ailleurs) Times of Grace et A Sun that Never Sets ? N'ont-ils pas toujours été d'autant plus pompeux qu'ils l'étaient avec rugosité ?
Cette tradition-là au bout du compte n'est-elle pas plus directe, malgré les dissemblances de surface, qu'un hasardeux croisement entre Nick Cave ou King Dude avec Gaza ? Neurosis qui en partant vers le Nord aurait dépassé Converge, et se retrouverait paumé quelque part vers Primitive Man : voilà pour la triangulation. Ou, plus précisément et au risque d'insister, une version bovine et saturée des premiers solos de Steve et Scott, ce qui dira bien de quelle surnaturelle façon les chansons "folk du crépuscule blanc" et les chansons "Gazacacia Strain a perdu son dernier neurone dans l'octogone" s'enchaînent sans la moindre rupture dans leur continuité de monocordisme morne, hâve, blafard, dans leur gris lugubre où même la poussière ne se lève plus pour saluer un vent mort de toues les façons. Entre ces riffs qui au chaos préfèrent une dissonance ou une répétition systématiquement vitrifiées, dévitalisées, stérilisées, décérébrées en une manière de Coalesce suicidaire, mlagré les éparses tentations deathcore (j'aurais d'ailleurs volontiers classé l'album en deathcore malade, si je ne redoutais l'accusation de calembour) - et ces accords acoustiques aplatis, lessivés, paraissant parfois recyclés d'un morceau à l'autre tout comme les psaumes christico-funèbres qui les survolent pesamment... Coalesce et Michael Gira réquisitionnés pour prendre la suite de You Fail Me, tenez, voilà des choses qui convergent et émergent ensemble dans A Patient Man, et qui vous ont une autre gueule que ce qu'on a cité en préambule, pas vrai ?
De toutes les manières le moment viendra dans quelques semaines, de voir quels arômes se déploient, autres que la cendre et la rouille, lorsque la bouteille aura un peu ouvert : là il est temps de se taire, sans quoi je vais vous dégainer un Planes Mistaken for Stars qui rencontre The Body sur le charnier, et je vais vous embrouiller ; mais cette salope d'intro de "A World of Joy" fait quand même bien craindre le pire, quelques secondes de tension durant, et ce batteur est je l'espère surveillé par un contrôleur judiciaire. Bref.
Le hardcore, en particulier cainri, étant ce qu'il est à savoir une musique du présent, de l'instant (personnellement, le seul groupe que j'écoute encore avec une certaine régularité s'appelle... Neurosis), il n'est nullement acquis que Cult Leader prendra dans l'avenir l'envol qui avec A Patient Man s'offre à lui - mais au présent, on s'en fout un peu : le machin restera au pire des cas une sacrée bête d'album à la difformité saisissante.

mercredi 7 novembre 2018

Uncle Acid & the Deadbeats : Wasteland

A l'attention de toute personne au goût de qui la première fois manquait de noms qui tombent sur le museau : intersection de Queens of the Stone Age (Villains ou Era Vulgaris) avec Electric Wizard, de Guns'n'Roses avec Doctor Smoke, respectivement s'accouplant nuitamment dans des coins sombres au bord de la Tamise, bien sûr.





Quant à The Lucky Ones, auquel pour un tas de bonnes et de moins bonnes raisons il est cagneux de ne pas le comparer ? Que des trucs punk : les Beatles, les 3 premiers Led Zeppelin, et G'n'R Lies.

dimanche 4 novembre 2018

Pungent Stench : Masters of Moral - Servants of Sin

Dans la continuité d'une longue série "on me dit jamais rien à moi" : il existe, dans le règne du réel, un disque sur lequel l'aura de perversion, que l'on sent bien entourer toutes choses chez Pungent Stench - si non leurs riffs - s'entend réellement.
Un disque où leur death de petit cousin d'Entombed condamné aux performances dans les clubs échangistes de la bordure batave, soudain prend feu sous la forme d'une sorte de, toujours, Entombed, mais période peplum épais (traduire : Inferno et When in Sodom), et dont la beauferie mustélidée se voit manucurée et toilettée par une sorte de cruauté clinique qui n'est ni tout à fait industrielle ni tout à fait Morbid Angel - mais, justement, quelque part entre les deux, en ce point dont il est fascinant de découvrir l'existence par la grâce de Masters of Moral - Servants of Sin.
La tronçonneuse s'y révèle comme un instrument propice aux caresses, certaines d'entre elles du moins : elles donnent, bien entendu, des haut-le-cœur, qu'on attribue ceux-ci à la subliminale claudication insectoïde qui semble hanter ces riffs en apparence bas du front comme death metal nineties peut l'être, et les faire glisser de côté, comme un rideau que l'on tire - ou bien au dégoût que nous causent nos propres pulsions, ici éveillées de façon autrement plus doucereuse et sourde que sur les disques précédents et leurs lourdes charges ; elles étouffent la volonté dans leur pâte acide et glaireuse, qui est l'étrange forme qu'ici donnait Pungent Stench à la traditionnelle obscurité mythique du death metal : une chose étonnamment lisible, en cela dans la ligne de leurs disques précédents de plus en plus rock - et pourtant obscure comme bien peu, un sous-sol où l'on tâtonne, et où la moins pire des choses que parfois l'on se retrouve palper avec révulsion n'est pas sa propre chair.
Pungent Stench a inventé le death'n'roll froid comme la mort.

Rob Zombie : The Sinister Urge

Rob Zombie, on va pas tenter d'en faire ce que ce n'est pas : c'est de la BD. Deux idées par morceau, des riffs indus-thrash au tarif chômeur moins de 25 ans, que du schématique colorié à la serpe, une cadence qui n'est pas là pour niaiser ou laisser le temps de dégoiser sur le plan-séquence, un timbre qui sent bon le bacon et le cheddar fondu... Une histoire de vignettes et de trait.
Et présentement, son trait est à son plus incisif, ses vignettes à leur plus inspiré (y en a même une qui s'appelle Ozzy, elle passe à toute vitesse et c'est cool), et le tout découpé avec une netteté parfaite. Puis bon : un art pareil pour lâcher les "yeah" à intervalles aussi réguliers qu'il est requis, et placer judicieusement çà ou là un "babe" bien senti, n'est pas si partagé qu'il paraîtrait.
Et dans une esthétique certes légèrement différente mais pas fondamentalement étrangère, The Sinister Urge n'a pas loin de la carrure pour un équivalent moderne à un certain Static Age, ouais ouais.
Finger lickin'good motorfast food.

samedi 3 novembre 2018

Dead Can Dance : Dionysus

#à mon signal déchaîne les enfers #caravane des desserts #asseyez vous monsieur Bond #Enrico Macias #Dead Can Dance Machine #Carachel #Frédéric Lopez #Nusrat Fateh Alidl #omega 3 #Obao #formule pierres chaudes jouvence #Colin Farrell #Lisa Gerrard Lanvin #Brendan Perry-Fraser #Age of Empires 1 #loading please wait #dionysucks #Palmolive #ylang ylang #Paris Dakkar #probablement le meilleur café du monde #au mariage de mon ami Aziz #Arthus-Bertrand #Pier Import #Jean-Pierre Raffarin #Solcarelus #petit mezze #Le Spartacus #Max Havelaar #Marie-Ange Nardi #Salakis #les Grosses Têtes au Club Med #Yves Rocher #Ubi Soft #Garbit #Olivier Minne #sors ! sors ! sors

Prong : Whose Fist is This Anyway ?

"Godflesh plays Bootsy Collins", par les Therapy? de New York City.
UN PEU QUE TU LE VEUX, MON NEVEU.

vendredi 2 novembre 2018

Uncle Acid & the Deadbeats : Wasteland

Vous avez écouté The Lucky Ones comme je l'avais demandé. Bien.
Maintenant, imaginez : même ville - pas la même heure. La nuit tombe - tôt, c'est l'hiver, c'est l'Angleterre. Les rues sont pluvieuses, les passants se hâtent chez eux sur le pavé trempé, filant dans les ombres entre les réverbères, qui commencent à donner à la cité des couleurs toujours aussi égrillardes mais plus inquiétantes, plus grimaçantes, plus ricanantes. Vous la parcourez, vous, douillettement blotti à l'abri - carrosse ou Rolls Royce, vous ne vous rappelez plus à vrai dire - sur les ailes engourdies d'une chaude ivresse de sherry qui commence.
Vous vous sentez aristocratique, élégant et défoncé ; vous ne l'êtes pas - défoncé. Pour le reste : dame ! vous êtes Anglais.
Mais bientôt le temps semble se ralentir, s'enliser dans une sorte d'ornière violette, où soudain tout se met à coller comme du sirop et prendre des figures dont on ne sait dans leur mollesse daliesque si elles hurlent de plaisir ou de terreur. "There's no return", croyez vous entendre à travers le fracas de mille oiseaux de paradis jacassant ensemble dans le cœur de l'horlogerie de Big Ben affairée. Vous regrettez d'avoir entamé récemment la lecture des Confessions d'un Mangeur d'Opium ; et vous devinez bientôt, à la suite des événements qui viennent vous cueillir, vous ravir et vous emporter comme fétu dans leur vent de démence et de confiserie épouvantable, que le voyage vers votre véritable destination commence ici, mais que vous n'avez pas la plus petite idée d'où il finit, ni à quelle vitesse on peut avoir le tournis avant de se rompre l'être en un renvoi salvateur. Le sang hurle dans vos veines, un chant de guerre et de joie qui vous laisse l'âme en tôle froissée. Vous vous demandez, rêveur au milieu de la tourmente aux couleurs enjôleuses, si vous tenez aussi bien l'acide que cette garce d'Alice, et si vous avez vraiment envie de revenir un jour - où, déjà ?
Le moment authentiquement désagréable - le plus douloureusement orgasmique, c'est à dire - du rush et de la perte totale, corps et biens, des repères ne dure pas bien longtemps, à vrai dire ; bientôt, vous atteignez une sorte de plateau où à nouveau vous flottez, sur un nuage de léger engourdissement comme devant - mais beaucoup plus haut, au-dessus du plancher de la réalité où vous apercevez encore, pareils à des fourmis depuis le ciel (à moins que ce ne soient des moucherons sur le pare-brise ?), ceux qu'il a toujours fallu accepter comme "vos semblables", en proie à leurs empressements incompréhensibles... Vous soupirez d'aise, et humant ses promesses vous laissez de nouveau emporter par le Sirocco persuasif, qui ne s'est pas interrompu car la route se poursuit sans fin.