vendredi 2 novembre 2018

Uncle Acid & the Deadbeats : Wasteland

Vous avez écouté The Lucky Ones comme je l'avais demandé. Bien.
Maintenant, imaginez : même ville - pas la même heure. La nuit tombe - tôt, c'est l'hiver, c'est l'Angleterre. Les rues sont pluvieuses, les passants se hâtent chez eux sur le pavé trempé, filant dans les ombres entre les réverbères, qui commencent à donner à la cité des couleurs toujours aussi égrillardes mais plus inquiétantes, plus grimaçantes, plus ricanantes. Vous la parcourez, vous, douillettement blotti à l'abri - carrosse ou Rolls Royce, vous ne vous rappelez plus à vrai dire - sur les ailes engourdies d'une chaude ivresse de sherry qui commence.
Vous vous sentez aristocratique, élégant et défoncé ; vous ne l'êtes pas - défoncé. Pour le reste : dame ! vous êtes Anglais.
Mais bientôt le temps semble se ralentir, s'enliser dans une sorte d'ornière violette, où soudain tout se met à coller comme du sirop et prendre des figures dont on ne sait dans leur mollesse daliesque si elles hurlent de plaisir ou de terreur. "There's no return", croyez vous entendre à travers le fracas de mille oiseaux de paradis jacassant ensemble dans le cœur de l'horlogerie de Big Ben affairée. Vous regrettez d'avoir entamé récemment la lecture des Confessions d'un Mangeur d'Opium ; et vous devinez bientôt, à la suite des événements qui viennent vous cueillir, vous ravir et vous emporter comme fétu dans leur vent de démence et de confiserie épouvantable, que le voyage vers votre véritable destination commence ici, mais que vous n'avez pas la plus petite idée d'où il finit, ni à quelle vitesse on peut avoir le tournis avant de se rompre l'être en un renvoi salvateur. Le sang hurle dans vos veines, un chant de guerre et de joie qui vous laisse l'âme en tôle froissée. Vous vous demandez, rêveur au milieu de la tourmente aux couleurs enjôleuses, si vous tenez aussi bien l'acide que cette garce d'Alice, et si vous avez vraiment envie de revenir un jour - où, déjà ?
Le moment authentiquement désagréable - le plus douloureusement orgasmique, c'est à dire - du rush et de la perte totale, corps et biens, des repères ne dure pas bien longtemps, à vrai dire ; bientôt, vous atteignez une sorte de plateau où à nouveau vous flottez, sur un nuage de léger engourdissement comme devant - mais beaucoup plus haut, au-dessus du plancher de la réalité où vous apercevez encore, pareils à des fourmis depuis le ciel (à moins que ce ne soient des moucherons sur le pare-brise ?), ceux qu'il a toujours fallu accepter comme "vos semblables", en proie à leurs empressements incompréhensibles... Vous soupirez d'aise, et humant ses promesses vous laissez de nouveau emporter par le Sirocco persuasif, qui ne s'est pas interrompu car la route se poursuit sans fin.

Aucun commentaire: