dimanche 16 décembre 2018

Abraham : Look, Here Comes the Dark !


Du neurocore non seulement intelligent - téma ce titre, on dirait pas du Black Sheep Wall ? - mais suisse par-dessus le marché, et qui comme leurs compatriotes de Schammasch enquille le concept album étalé sur trois disques - enfin, deux seulement ici, mais divisés en quatre chapitres aux orientations musicales distinctes, pour ne rein gâter publiés sur le label du groupe spécialiste du post-hardcore paléoloconceptuel... On prend ses jambes à son cou, direct ?
Oui mais non : Abraham, avec leur nom aussi doux que leur pochette, jouent comme Ingrina : raffiné. Abraham, cependant, jouent dans un ton assurément différent de ces derniers : plus rugueux, moins longiligne. Plus chaud et riche, aussi, en instrumentation roborative, voire en mâche pour ne pas rester sur le strict et prévisible registre élémental : oui, Ingrina est l'eau, on l'a bien compris tant c'est fait avec talent et sensibilité ; mais Abraham ? De la brioche ? De la bidoche ? De l'ostie ? De la caillasse ? Non, leur affaire n'est pas si monolithique, et joue artistement de tous ces tableaux, tout comme elle mélange Dodheimsgard, Virus et... Parween sur "Errant", d'autres choses ailleurs, le tout avec une fraîcheur que je n'attendais pas de la part d'Helvètes, et que j'eus aimé en revanche trouver chez le Salt de Khorada, voire le Endocrine Vertigo Truc d'Overmars ; celle-là même qui leur permet encore de se lancer dans le neurocore jazzy-lounge avec autrement plus de réussite qu'un Converge qui s'y est viandé comme une merde : pardonnez la vulgarité, mais il faut bien cela pour donner une idée en regard de l'élégance qu'y met Abraham. Le neurocore sensible, rien que ça ; frémissant de sensibilité, même, et de poésie.
Alors bon, arrêter d'échafauder des rivalités absurdes entre les disques : vous en avez de bonnes, vous... Quand bien même je saurais faire abstraction de la triple frustration personnelle sur laquelle Look, Here Comes the Dark ! vient pareil à une fleur et un baume se poser (soit, dans un ordre d'importance que je vous laisserai deviner, le dernier Huata, le concert de Coilguns, et le nouveau Vindsval) : il paraîtra difficile de contester que, dans la grande famille des idées qui à de certaines époques flottent tout bonnement dans l'air que chacun respire (et croyez moi j'ai un flair pour semblables choses) et libres d'être respirées avec lui, se trouve ces jours-ci l'existence de la lumière qui irradierait de la rugosité, de l'hirsute et de l'oléagineux ; et presque aussi indubitable que ce sont Abraham qui ont décroché la timbale et fait jaillir la magie, avec ce hardcore qui vous ouvre l'imagination à la semblance d'un tapis d'alvéoles pulmonaires (vous savez si on les dit vastes), et qui sous cet habit géométrique peu disert paraît surgir de profondeurs autrement plus vertes et charnues que le Drowned de Barús, et plus chantantes que tout Giant Squid. Un album enflammé comme un peplum, et pourtant songeur comme une retraite monacale ; une authentique roche plutôt que simplement une chose aux contours rocailleux, et dont le labyrinthe de la structure évoque l'entrecroisement du Neurosis le plus mystique avec la science-fiction poétique à la française, des Wul et autres Damasio. Un roman, parfaitement, celui selon toute probabilité d'une quête spirituelle en bonne et due forme. Une beauté.

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