mardi 4 décembre 2018

Depeche Mode : Playing The Angel

Playing the Angel, c'est un peu par excellence l'album de groupe qui fait son job, de groupe pas trop là pour rigoler qui a une longue carrière, et a donc sérieusement bossé la bonne façon de concilier deux jeux complexes de figures imposées, les impératifs de sa propre esthétique et ceux et celle de l'époque qu'il traverse au moment de sortir ainsi son n-ième tout dernier modèle, tel un constructeur automobile ; du coup l'album sonne très sérieux et vaguement sans âme - c'est bien gentil mais ça se chiffre pas l'âme, coco -, ou du moins comme tous ces albums qui avec grand sérieux cochent un à un les trucs "à faire", enfilant les unes à la suite des autres des idées et gimmicks sonores qui ont sûrement dû sonner très "malins" alors et s'écoutent aujourd'hui un peu sans s'entendre, tout au plus se remarquent en faisant hausser le sourcil inopiné pendant un bâillement : un disque efficace, lisse et uniforme comme la peinture métallisée d'une berline allemande...
Sur la grise laque duquel ressort, encore plus fort, encore plus brillant, encore plus étincelant, un talent sans égal pour les mélodies et les morceaux inoubliables. Chaque morceau. On croyait avoir un peu oublié l'album, on se souvenait l'avoir jovialement adoré à sa sortie puis vu se dégonfler - s'oublier - gentiment, comme un album de vieux paresseux, comme est le destin d'un n-ième tout dernier modèle, on avait pour sûr oublié à quel point une bonne première moitié en était rythmée comme une séance de fitness pour ces quarantenaires qui ne rigolent pas avec la fonctionnalité de leur corps... Mais les chansons, on n'en avait oublié aucune, ou presque - celles qu'on avait oubliées, elles procurent un encore plus divin frisson à pour ainsi découvrir.
Comme l'on découvre un autre album ; un album qui se tient là, peinard, sans nous demander la permission, qui a pris sa place sur les rayons à bouteilles, qui a vieilli comme il devait, est devenu celui qu'il devait devenir. Pas aussi lumineusement lascif que Spirit, pas aussi ouvertement vénéneux que Violator, pas aussi rêveusement contemplatif que Exciter : un peu de chaque, dans un contre-jour qu'on ne voit pas d'entrée de jeu, trompé par ses allures aplaties. Car sous ses faux airs de revamp smooth-dark-electro de Violator pour servir à l'ère techno, de cousin minet d' Egodram, se révèle encore plus cuisamment ce qui l'air de rien jouait une non négligeable part dans la toxicité de Violator : Dave Gahan. Et sur des instrus, il faut tout de même le reconnaître, qui valent parfois bien du Andrea Parker au moins dans une seconde partie en techno-trip-hop boréal ("I want it all" est pas la moitié d'une beauté, dans le genre), mais justement (ou pas, allez comprendre), qui se souvient d'Andrea Parker ? Et Playing the Angel, en sus d'être une authentique reprise de Violator en doudoune polaire matelassée dernier cri, est tout compte fait un disque qui confesse bien ce que sont Depeche Mode, avec leurs airs presque anodins de dealers d'une douleur habituelle, mais qui ne pourront jamais ambitionner que de jouer les anges en vérité : des tueurs ; il faut n'être rien d'autre de touts manières pour donner des échos de Sisters of Mercy, et surtout de rien moins qu'un carnage, à une chanson affublée du prénom de "Lilian" - et chantée avec un rhume. Des prédateurs, conscients de l'être, en paix. "Suffer well", qu'ils disent... Et écoutez moi donc ce ton de porcelaine sur lequel ils vous confient, désolés : "Things get damaged, things get broken".
C'est peut-être, ou peut-être pas, ce qui fait de Playing the Angel l'un des tout meilleurs disques de Depeche Mode, très simplement.

3 commentaires:

Raven a dit…

C'est vrai, Lilian a un goût de Sisters, j'avais jamais remarqué... je sais pas si c'est pour ça que c'est ma préférée du disque, mais je sais pourquoi celui-ci est un des plus attachants, avec sa gueule de synthèse.

Raven a dit…

Bon, et Ultra, mon Gégé ? ça veut toujours pas ?

gulo gulo a dit…

Carrément pas.