samedi 8 décembre 2018

Dirge : Elysian Magnetic Fields

Écrire sur Dirge est une foutue chierie, pour la même précise raison qui fait qu'écouter Dirge est un régal - exigeant, au point de parfois déboucher sur un fiasco. A savoir ce prodige de jouer ce qu'il est coutume d'appeler, dans le jargon du métier, "un peu toujours la même chose", à la fin de décrire et inoculer des sentiments si farouchement, palpablement différents.
Palper, voilà vient de quoi il est question - et est-ce qu'on palpe ou donne à palper en alignant des descriptions de ce qu'un disque donne à entendre ? Elysian Magnetic Fields est, sous ce regard-là, peut-être bien le plus épineux. Autant la plupart des autres se laissent à la rigueur humer en quelques épithètes rêveusement approximatives, je vous renvoie à l'article sur Lost Empyrean - autant mettre ses gros doigts sur l'état émotionnel qui nimbe Elysian Magnetic Fields de son halo brûlant et fiévreux ? Sa façon d'être aqueux et coalescent à la fois, chaud comme le sang malade et glaçant à l'égal du vent devant la mer en hiver ? Pornography, en vérité, n'est jamais bien loin lorsque s'élève la musique de Dirge, mais alors ici... Et pourtant, ce qui s'éprouve surtout, c'est à quel point le disque montre les limites de la description face à une musique dont l'affaire principale est de se faire élément inconnu, continent inouï des confins de l'âme, liqueur d'état (chimique) d'âme. Comment faire plus parlant, du reste, que leurs propres énoncés pour suggérer les marées magnétiques qui, en un doux chuintement derrière le grondement des plaques cosmiques, lèchent les rivages de l'autre bord : "Morphée Rouge", "Narconaut"... "Elysian Magnetic Fields". Est-il besoin d'en dire plus, en fait de mots ? Les vaut-il pas mieux laisser dormir, et rêver ?
Alors normalement, c'est à ce moment-là qu'on s'attend à lire une pirouette, brillamment spirituelle pour faire excuser le procédé éculé, qui rassure en confirmant que tout ce qui précédait n'était que prétérition...
Non, non.
On serait presque tenté de dire que Dirge, c'est encore Axel Kriloff qui en parle le mieux.

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