lundi 17 décembre 2018

Hipoxia : Ruinae Ira, Creans Ruin eo Tempore Est : Monumentum ab Khaos II

Difficile de ne pas s'auto-congratuler pour avoir cru, dès sa découverte, à ce groupe et son talent exceptionnel pour user d'un art sans pareil de la tension, la créer, l'entretenir, la faire grimper sans fin insoutenablement, avec un doigté qui tient autant de "Go Spread your Wings" que de la scène noise française des nineties la plus illustre - et la mettre au service, c'est le cas de le dire, de sa propre intention, de sa messe pour la ruine du monde. Difficile de penser à un groupe aussi toxique, aussi malade, aussi malfaisant, que ce soit dans la sphère black ou la doom, auxquelles Hipoxia s'adresse conjointement sans appartenir véritablement, obéissamment, à aucune. Hipoxia, disions nous, avait refermé son Monumentum ab Khaos précédent sur une manière d'office religieux - particulièrement saisissant : il reprend les choses où il les avait laissées, et pas qu'un peu. Saisi, on l'est d'emblée comme par des doigts qui vous empoignent les boyaux, dès l'entrée, pour ensuite les malaxer sensuellement pendant vingt minutes qui vous rendent l'angoisse caressante à en frôler l'envie de vomir. Le son d'Hipoxia - grain des guitares, gangrène de la voix, agonie de la batterie - est toujours, à l'égal au moins de celui de Stabat Mater ou de Fleshpress, celui de la corrosion de l'âme et de son lent sanguinolement ; le rythme, celui de la procession de la vermine en son sein ; à côté, les forages de Primitive Man ressemblent à un porno tourné par Joel Schumacher. On est ici dans les catacombes, d'ailleurs une fois de plus on pourrait avantageusement se laisser gentiment guider par la pochette : le jour a failli, et pourrait aussi bien avoir disparu pour ce qu'on en saura, puisqu'on ne connaît plus pour seul horizon ici que celui de la crypte, des cendres, et la paix des dépouilles, où se recueillir dans la lumière de la chute.
Ah, au fait : j'ai peut-être oublié de dire ? La tension à la façon d'Hipoxia en est une que l'on ne sent pas réellement monter, quoiqu'elle le fasse bien réellement - mais occultement, en sourdine, clandestinement ; une manière de tension molle, qui est aussi une usure, par le sentiment de la défaite reçue comme une grâce, et de la corruption intime, comme un sacrement ; une corrosion des artères. Une tension que l'on ne crée que pour la laisser de nouveau filer entre les doigts telle un limon de sa propre existence, au gré dolent des mols balancements d'ostensoir de cette cérémonie cancéreuse, que l'on comparera plus avantageusement au poison de Svartkonst, qu'à aucun des soporifiques sermons de Corrupted.
Hipoxia est, au-dessus de tout, une maladie du sang, une grandiose. Et lorsque, finalement, le disque tout en douceur se retire de vous, elle est inoculée. Vous êtes baptisé.

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